« Manuel de guérilla à l’usage des femmes » de Sylvie Brunel .

Autobiographie

« Le manuel de guérilla à l’usage des femmes » est une ode à la liberté féminine de plus de 40 ans. 

Un essai qui sonne le glas de la revanche, ou du moins une volonté de raconter sa vérité. Elle nous explique ces 30 dernières années de bon et loyaux services aux côté de l’homme qui fut son mari. Sylvie Brunel alterne à la fois, épisodes autobiographiques et considérations générales sur le devenir de certains couples quand monsieur s’en va refaire sa vie avec une jeunette.

Il y a deux thèmes bien distincts dans ce livre.

D’une part, une description très intéressante de la psychologie et du parcours personnel d’Eric Besson l’ex-mari de l’autrice, un homme obnubilé par son action politique et totalement infidèle. 

D’autre part, une démonstration qui vise à s’intéresser sur nos sociétés occidentales soit disant évoluées mais qui pour le coup ont encore beaucoup de chemin à parcourir en termes d’égalité hommes femmes. Simplement nous ne nous en rendons pas compte car nous avons totalement intériorisé les traitements différenciés entre les deux sexes et cela depuis toujours. l’exemple du traitement de la ménopause par l’industrie pharmaceutique et du corps médical est très frappant, certains dialogues m’ont particulièrement choqué dans ce livre, notamment le discours d’une patiente pré-ménopausée avec son gynécologue.


« Réponse du médecin: Mieux vaut un cancer que la ménopause. Un cancer au moins, ça se soigne. »


Finalement, elle met les femmes en garde contre la dictature qui s’exerce insidieusement, à travers les diverses représentations d’elles même qu’on leur propose et qui tendent à les maintenir en position de faiblesse. Cependant ne vous attendez pas à un essai philosophique ou sociologique sur l’étude du féminisme car dans ce livre Sylvie Brunel ne fait qu’exprimer ses points de vue personnels et ses ressentis.


« Manuel de guérilla à l’usage des femmes » de Sylvie Brunel – Éditions Grasset .

« Hier, aujourd’hui et demain » de Sophia Loren

Autobiographie

« Le succès à son poids, qu’il faut s’habituer à porter. Et personne ne vous l’apprend : comme toujours, la réponse est en nous. »


Sophia Loren incarne bien plus que le « rêve américain », elle est pour nous, celle qui a propulsé le cinéma italien au devant de la scène internationale . Comment oublier 1962, la consécration, l’Oscar de la meilleure actrice pour le rôle de Cesira dans Ciociara.

Le titre de son livre est un hommage au film de Vittorio De Sica, dans lequel Sophia Loren a joué aux côtés de Marcello Mastroianni, et le sous-titre « Ma vie » fait clairement allusion à la volonté de l’actrice de se dire sans filtres. 

Ce livre est un cadeau incontournable pour sa famille mais également pour tous les admirateurs de l’actrice, qui ont toujours suivi sa carrière avec ferveur et passion, qui a commencé à Rome, où Loren est née sous le véritable nom de Sofia Scicolone. En fait, la mère de Sofi’ a accouché dans une clinique pour mères célibataires de la capitale et quelques jours plus tard, elle est revenue avec sa fille à Pozzuoli, dans le très aimé Naples.  Et c’est précisément dans les rues déchirées par la guerre, dans les ruelles et les quartiers dégradés, démolis par la faim et le désespoir que la jeune Sophia commence à faire ses premiers pas, aidée par une mère qui a son propre rêve: le cinéma. Son histoire sincère et profonde nous fait connaître non seulement le Naples de l’époque, mais aussi la Cinecittà;  puis les grands acteurs avec lesquels Sophia Loren a joué – Cary Grant, qui est tombé amoureux d’elle, Marlon Brando, John Wayne et bien d’autres …


« En vérité, mon enfance remontait sans cesse à la surface pour m’émouvoir. Même après avoir trouvé ma voie, je ne parvenais pas à oublier ce que j’avais été lorsque, prise entre la faim et la guerre, sans père pour me guider.»


Une autobiographie qui raconte non seulement des épisodes et des succès de la carrière de l’actrice, mais aussi des moments les plus intimes, ceux appartenant au cercle familiale, où elle a joué le rôle de mère et de grand-mère, elle qui a pu grandir et s’accomplir en tant que femme sans la présence d’un père. Loren est une icône du cinéma et de la vie elle-même;  une femme qui à partir de zéro et avec le seul soutien de sa mère, avec qui elle avait une relation fusionnel, est devenue une des plus grandes actrices du monde.  Ses amours, ses aventures, ses déceptions et surtout la volonté de ne jamais abandonner sont les points cruciaux de ce livre, qui implique le lecteur et nous ramène dans le temps, vers un passé où beaucoup d’entre nous n’étaient même pas nés. Pourtant, il est inévitable de ressentir cet étrange sentiment de nostalgie, en aspirant à quelque chose que vous n’avez pas et que vous n’avez jamais eu.


« Sans la vie, le conte de fées perd toute sa magie, et vice versa. Le plus beau, c’est de marcher à mi-chemin entre les deux, sans jamais renoncer ni à l’un ni à l’autre. »


Sophia Loren est une diva du passé, mais sa grandeur, son intensité et sa beauté frappent et attirent encore aujourd’hui, car elle-même est un symbole, un signe dont le véritable art peut s’imposer dans le cœur des gens sans jamais le quitter.  Hier, aujourd’hui, demain est l’histoire d’une femme qui a marqué notre histoire, qui nous emmène sans crainte avec un voile de timidité sur son visage dans son petit et grand monde, fait d’art, de cinéma, de famille et d’amour.  Le regard de Loren, comme tout ce qu’elle nous a laissé, est éternel. 


« Et comme l’a dit George Cukor, aucune beauté ne peut rivaliser avec la conscience et l’acceptation de ce qu’on est vraiment. »


« Hier, aujourd’hui et demain » de Sophia Loren – Editions Flammarion – Traduction Renaud Temperini

« Le consentement » de Vanessa Springora

Autobiographie

Dans le roman de Nabokov, Lolita n’intervient jamais, elle ne s’exprime pas, à aucun moment, il n’est question de ses sentiments. Mais Aujourd’hui Vanessa Springora a décidé de prendre sa plume pour enfermer son bourreau dans ce livre. Cela a assez duré, trois décennies ont passé et il est temps pour notre Lolita de se réapproprier son histoire.

Vanessa Springora confesse le mal-être d’une adolescente en manque de repères et le temps qu’a mis sa blessure non pas à cicatriser entièrement mais à être atténuée par les années et la maturité.

Tout d’abord, nous sommes en droit de nous poser la question de ce qu’est le consentement : domaine moral : acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Domaine juridique : autorisation de mariage donnée par les parents ou le tuteur d’un mineur. Cependant le « oui » peut se dire pour toutes sortes de raisons, cela n’en est pas moins un abus.

Le consentement est le récit d’une emprise, celle d’un homme de 50 ans sur une jeune fille de 14 ans. Pendant longtemps G. Se servira de sa notoriété pour corrompre son esprit afin d’asseoir son autorité et sa toute puissance. On s’aperçoit très vite, combien il a été facile pour lui d’enrôler sa victime, adolescente en manque de repères, V. est rapidement amoureuse de cet intellectuel encensé par le tout Paris.


« Vers la fin des années soixante-dix, un grand nombre de journaux et d’intellectuels de gauche ont en effet pris publiquement la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations « coupables » avec des adolescents. Et dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. »


V. l’ingénue tombe alors dans les griffes de cet homme charismatique, éloquent, malin et misogyne, c’est en cela qu’elle trouvera une figure paternelle. Oui mais voilà, G. est un manipulateur doté d’un instinct de prédation rare ; Elle le décrit dans son livre comme un stratège exceptionnel, un calculateur de chaque instant. Toute l’intelligence de cet homme est tourné vers la satisfaction de ses désirs, ce sont les seules motivations qui guide véritablement ses actes. Jouir et écrire.


« Trop jeune et inexpérimentée. Face à lui, l’écrivain et l’intellectuel, je manque cruellement de vocabulaire. Je ne connais ni le terme de « pervers narcissique », ni celui de « prédateur sexuel ». Et G. manie le verbe comme on manie l’épée. D’une simple formule, il peut me donner l’estocade et m’achever. Impossible de livrer un combat à armes égales. »


On ne peut que s’indigner qu’à l’époque, une certaine complaisance pour G.M. et ses écrits régnaient dans le beau monde de l’intelligentsia littéraire et médiatique ! Je découvre avec stupeur que beaucoup de nos écrivains contemporains avaient signé et soutenue une pétition en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes. (Deleuze, Simone de Beauvoir, Sartre, Aragon etc.). Oui car il était interdit d’interdire, mais voilà les questions que je me pose aujourd’hui : a-t-on le droit de tout écrire sans tomber dans la censure ? Peut-on vraiment différencier l’homme de l’écrivain ? Des questions à ce jour sans réponses.

Écrire a été sans doute le meilleur remède pour Vanessa Springora, en écrivant ce récit, elle redevient le sujet de sa propre existence, une histoire qui lui avait été confisqué depuis trop longtemps. Par son récit, celui d’une victime, elle met en lumière certaines problématiques, elle interroge sur le statut de l’artiste, sur son consentement et la complaisance de toute une société face à une pédocriminalité revendiquée dans le monde littéraire de l’époque. Vanessa Springora nous saisit par la puissance de son témoignage et met chacun de nous face à nos responsabilités.

Avec toute sa vérité, c’est un livre indispensable à lire et à faire lire.

Vanessa Springora Éditions Grasset