« Dostoïevski » Virgil Tanase

biographie

Dostoïevski, dont la biographie révèle les secrets de la formation de sa pensée littéraire particulière, est l’un des meilleurs romanciers du monde. Féru de l’âme humaine, penseur profond, romancier sincère, Dostoïevski a écrit sur le spirituel et l’obscurité chez l’homme. Ses romans ont été influencés par sa propre vie mais aussi par la presse relatant des complots criminels.

Car Dostoïevski est avant tout un conteur de la réalité, tous ce qu’il voit, entend et lit est une source d’inspiration. Notamment les faits divers qui lui inspirent des personnages torturés et complexes.

Le moins que l’on puisse dire en effet est que ses personnages n’incarnent pas la modération: cynisme, outrancier, suicide, folie, militantisme révolutionnaire exacerbé et terrorisme.

Des êtres navigant entre sainteté et folies ayant pour but de développer des débats intellectuels d’une Russie politiquement déchirée.

« S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ce qui l’ignorent pour un de ses romans. Tant le héros, paradoxal et aux agissements surprenants se trouve pris dans la tourmente d’histoires si invraisemblables qu’elles semblent inventées. »

C’est peu dire, la vie de Dostoïevski est loin d’être un long fleuve tranquille. Un destin hors du commun. La mort prématurée de sa mère qu’il avait tant aimé, l’assassinat de son père. Les déboires de son adolescence et les humiliations que lui avaient fait subir ses confrères. Les mois passés au bagne dans les geôles de la forteresse Saint-Pierre et Paul, de sa condamnation à mort et du simulacre d’exécution. Les souffrances et les amertumes de la déportation expliquent en partie son premier mariage incongru avec une femme méchante et capricieuse qui rendait la vie de Dostoïevski insupportable. Sans compter, les décès prématurés de son frère adoré et de ses deux enfants. On pourrait épiloguer longtemps sur la vie de l’auteur, un homme qui a également souffert d’addiction – le démon du jeu l’a habité pendant une longue période de sa vie.

Dostoïevski a supporté au cours de sa vie les souffrances les plus atroces et les plus insurmontables. Le bagne a pour lui était un événement traumatique qui a entièrement changé sa vision des choses et notamment sa vision du libéralisme et de l’Occident. Il a des mots très durs envers la jeunesse occidentalisée qui selon lui agite des idées nihilistes: il la qualifie « d’inculte, veule, concupiscente et mondaine », il n’épargne pas non plus les révolutionnaires, il les accuse de vouloir détruire la paix universelle par le feu et la violence. Qui selon lui est la définition même du nihilisme et du vide.

« Il est indispensable et inévitable d’avoir la conviction de l’immortalité de l’âme humaine… faute de foi en son âme et en l’immortalité de cette âme l’existence de l’homme est contre nature, inconcevable et intolérable. »

Il se définie comme un socialiste traditionnel russe. Une sorte d’union sacrée du politique et du religieux, L’autocratie et de l’orthodoxie, bannissant les idées nauséabondes du libéralisme occidental.

On peut dire aujourd’hui avec objectivité que le travail de l’écrivain a eu un impact énorme sur toute la littérature mondiale, de nombreux philosophes et écrivains ont par la suite reconnu l’influence du travail de Fiodor Dostoïevski sur leur vision du monde. Presque personne d’autre ne pouvait révéler et montrer si habilement la mystérieuse âme humaine. Dans ses œuvres, l’auteur considère que les questions morales ne peuvent devenir obsolètes au fil des siècles. Parce que certaines questions de choix moral se posent à toute personne au cours de sa vie. Les œuvres et les héros de Dostoïevski peuvent servir, sinon de miroir direct de sa propre âme.

Je le répète, la vie de Fiodor Dostoïevski a été pleine d’événements tristes et tragiques, l’écrivain a dû endurer beaucoup de chagrin et de perte. Malgré toutes les difficultés de la vie, Dostoïevski a réussi à devenir un écrivain célèbre même de son vivant. Malheureusement, il n’a jamais réussi à s’enrichir de son métier et a vécu plutôt modestement jusqu’à la fin de ses jours. La grande particularité de cet homme était le dévouement. Cela s’est reflété dans tous les domaines de sa vie. Des opinions politiques prononcées (modifiées à plusieurs reprises), des histoires d’amour et, surtout, la littérature, son art le plus précieux. Cette biographie présente des faits intéressants de la vie de Dostoïevski mais aussi des détails croustillants du destin et du chemin créatif de l’écrivain.

Après cette lecture, je me suis sentie plus proche de l’homme et de l’écrivain, je ne lirai plus ses œuvres de la même façon. Si comme moi vous êtes fan de Dostoïevski, je vous recommande ce livre .


« Dostoïevski » de Virgil Tanase – aux Éditions Gallimard – Collection Folio.

« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig

biographie

Zweig nous mène sur les traces du plus grand médecin de l’âme, vers des zones inexplorées et obscures de l’esprit. Freud pour qui il a une grande admiration, homme froid, distant mais sincère consacrera 50 ans de sa vie à la recherche psychanalytique.

Dans les premières lignes, Zweig entreprend une exploration de la morale au XIXe siècle et comment toute une société se cantonnait à une médecine traditionnelle, rationnelle et archaïque. Une science emplit de morale qui refoule le désir sexuel et par conséquent provoque une grande partie des névroses selon Freud. Selon lui: 

« les névroses naissent là ou des obstacles extérieurs ou intérieurs entravent la satisfaction réelle des besoins exotiques. »

Dès son arrivée à Paris, Freud est impressionné par Charcot, tant par ses qualités d’orateur que par les nouvelles interrogations que ses interventions suscitent. Notamment les découvertes sur les causes traumatiques de l’hystérie chez l’homme…

Fort de ce savoir, il continuera par la suite à concentrer ses recherches dans lesquelles Freud et Breuer présentent les succès obtenus par eux dans le traitement des symptômes hystériques et leurs premières hypothèses. En partant de l’hystérie, Freud et Breuer avaient trouvé  une formule révélatrice: les névroses et la plupart des troubles psychiques naissent un désir non satisfait, entravé et refoulé dans l’inconscient.

L’inconscient qui se définit très généralement comme l’ensemble des représentations refoulées par le moi parce qu’elles sont incompatibles avec les valeurs « morales » du surmoi.

Chez Freud, la conscience n’est que la surface d’un iceberg entièrement immergé et constitué par le pouvoir de l’inconscient. La conscience n’est que ce qui est connu de soi-même : il se passe dans le psychisme bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience. -interprétation des rêves (le sommeil décharge les tensions et les désirs non assouvis.)

Freud en s’intéressant à « la psychologie abyssale » à remédier à une lacune, celle d’une science inexplorée. Il a assigné la psychanalyse à une science nouvelle et moderne dont on ne voit pas encore les limites. Et nous comprenons grâce a Stefan Zweig que c’est une médecine qui dépasse la simple analyse de l’âme, cette discipline exige une connaissance de l’âme humaine, de la faculté de s’introduire par la pensée et le sentiment dans les destins les plus inconnus.

« la rareté de ses vrais maîtres de l’âme me paraît être la raison pour laquelle la psychanalyse restera toujours une vocation à la portée de quelques-uns et ne pourra jamais être considérée comme un métier et une affaire. »

Toujours dans cette idée de comprendre l’inconscient tout en contrecarrant la vanité du siècle, il se penche sur la science sexuelle. Il théorise la libido, dans la première théorie des pulsions, en tant qu’énergie psychique employée dans une dialectique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d’autoconservation, puis entre les pulsions sexuelles et les «  pulsions du Moi« . Freud présente la libido en tant que manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion sexuelle.

Stefan Zweig aborde également le complexe dit d’œdipe, que Freud présente comme un des piliers fondamentaux de son édifice psychanalytique.

Dans une vision générale , Zweig apporte une portée philosophique à son propos, en particulier lorsqu’il décrit et explicite l’antagonisme entre la civilisation et l’instinct. Qui personnellement me fait penser également aux travaux de Nietzsche car le philosophe en s’intéressant à la morale aborde la logique de comprendre l’homme à partir de ses racines et de ses instincts élémentaires. 

En fin psychologue, Zweig adhère pleinement aux thèses freudiennes et il en mesure précisément l’impact sur la société en 1930.

« Celui qui a appris à comprendre l’être humain en lui-même le comprend en tous les hommes. »


« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig – éditions Le livre de Poche.