« En tenue d’Ève » de Delphine Horvilleur

essai féministe, Non classé, Sciences humaines

Dans « En tenue d’Éve », Delphine Horvilleur, femme rabbin.e développe une analyse intéressante sur le féminin dans la religion et plus précisément dans le judaïsme. Des sujets comme la pudeur, la nudité et l’obsession du corps y sont décortiqués.

Il est très rare de voir ce genre d’analyse venant d’un.e rabbin.e, ce qui rend cet essai plus captivant et légitime. Elle ose remettre en cause les textes sacrés en insistant sur le fait que le modèle de « la femme d’intérieur ou domestique » n’est pas celui qui habite les pages de la Bible. De nombreuses héroïnes bibliques s’illustrent au contraire par leur capacité à jouer un rôle public et politique. Plusieurs sont décrites comme des prophétesses dont la parole, les actes et les chants guident le peuple.

Malheureusement la littérature juive et chrétienne éditées aux premiers siècles de notre ère changent radicalement de ton à l’égard des femmes, la femme est soudain décrite autrement: comme la fauteuse de trouble, la responsable de la transgression originel.

Elle souligne le fait que pendant longtemps les textes des trois religions monothéistes n’ont été lus, édités et commentés que par des hommes, on peut imaginer ou se demander si leurs métaphores et leur langage auraient été différents si l’activité de lecture avait été mixte.


« La sacralisation du féminin est toujours un prélude élégant à sa marginalisation sociale. »


Il ne faut d’ailleurs pas oublier que dans la littérature rabbinique la première femme n’est pas Ève comme le prétend la bible, la première femme n’est autre que Lilith et pour des raisons obscures la Bible l’a répudiée. Son divorce avec Adam et sa sortie de la genèse fait d’elle une féministe revendicatrice avant l’heure.

Delphine Horvilleur évoque également sont point de vue sur le voile, pour elle, la volonté de voiler les femmes dans de nombreuses cultures sans leur consentement naît précisément de l’érotisation de leur visage et de leur tête. Il constitue surtout un marqueur social qui informe autrui de la non disponibilité de la femme couverte. Il viendrait ainsi réglementer la tentation des autres hommes. Un discours bien loin des dogmes religieux fondamentalistes. Dans sa logique, «la genèse de la pudeur véritable est une culture de la rencontre et non de l’effacement. »


« En cela, voiler l’autre pour étouffer le désir plutôt que de le susciter, et non seulement insensé mais coupable. »


La question du genre est également abordée et il est aujourd’hui essentiel d’encourager une réflexion sérieuse sur le genre au sein des traditions religieuses. Telle est la volonté de D. Horvilleur.

Dans ce livre, l’autrice porte un message courageux et non dogmatique, elle souligne le fait que les textes sacrés doivent être lus avec prudence et interpelle sur les dangers des interprétations littérales car un verset ne signifie jamais simplement ce qu’il semble signifier, et jamais il ne se réduit à son sens explicite. Pour D. Horvilleur, « il conviendrait de recouvrir les versets du voile d’une exégèse humaine capable d’évolution et de renouvellement. »

Elle nous démontre qu’il est tout à fait possible d’être féministe et religieuse car nous pouvons épouser une croyance tout en réfutant les dogmes. De continuer à véhiculer une idéologie qui constitue la voix de sortie d’une pensée religieuse monolithique. Les voix de subversion sont peut-être les meilleurs remparts contre la perversion d’un discours fondamentaliste impudent et impudique dont nous sommes encore si souvent témoins ou victimes.


« En tenue d’Ève » de Delphine Horvilleur – Éditions Grasset.

.

« Femmes, race et classe » d’Angela Davis.

essai féministe, Sciences humaines

Dans cet essai, Angela Davis propose une histoire lisible et incisive des intersections de la race (en particulier des Noirs), du sexe et de la classe à travers l’histoire américaine depuis l’esclavage. C’est une exposition de l’intersectionnalité près d’une décennie avant que le terme ne soit inventé. Quiconque s’intéresse à l’histoire du mouvement des femmes aux États-Unis, ou à l’histoire des noirs, devrait absolument lire ce livre.

Davis se concentre sur la manière dont les groupes marginalisés ont été opposés les uns contre les autres. Les femmes blanches du mouvement pour le suffrage des femmes, par exemple, se sont engagées dans une rhétorique raciste dans le but de garantir que les femmes (blanches) obtiennent le droit de vote avant les Noirs. C’était le cas même pour beaucoup, comme Susan B Anthony et Elizabeth Cady Stanton, qui avaient soutenu l’abolition. Afin de faire appel aux électeurs racistes, les suffragettes blanches ont même soutenu que donner aux femmes le droit de vote augmenterait la proportion de Blancs votant et limiterait le pouvoir politique des Noirs.


Frederick Douglass aux suffragettes blanches: « Quand on arrachera les femmes à leur maison, simplement parce que ce sont des femmes; quand on les pendra à des réverbères; quand on leurs enlèvera leurs enfants pour leur écraser la tête sur le trottoir; quand on les insultera à tous les coins de rue; quand elles risqueront à tout moment de voir leurs maisons incendiées s’effondrer sur leur tête; quand on interdira l’entrée des écoles à leurs enfants, alors il sera urgent de leur octroyer le droit de vote. »


Elle nous offre également une analyse sur le mouvement pour le contrôle des naissances qui se repose sur une idéologie raciste associé à l’eugénisme, « L’amendement Hyde de 1977 justifie davantage la pratique forcée de la stérilisation, concernant les femmes pauvres et racisées » une pratique qui ne défend en rien le droit individuel des gens de couleur, cela révèle une stratégie plus que douteuse sur les réels intentions du gouvernement. Cette campagne fut tout simplement utilisée pour appliquer la politique démographique raciste et impérialiste du gouvernement américain.

Mais Davis propose également de nouveaux héros à apprécier, pour la plupart ignorés par les histoires classiques, comme les sœurs Grimke ainsi que Sejourner Truth et Prudence Crandall. Et certaines figures bien-aimées, comme Frederick Douglass, Ida B.Wells et Mary C.Terrell en ressortent encore plus inspirantes.

Davis est certes communiste et même si ses positions politiques me mettent parfois mal à l’aise quant à sa complaisance à l’égard des régimes communistes telle que l’URSS et Cuba (des régimes répressifs à l’encontre des homosexuels et des mouvements féministes) j’étais tout de même intéressée d’apprendre à quel point elle n’est pas utopique. En parlant de l’économie des travaux ménagers, elle est beaucoup plus préoccupée par les possibilités réalisables pour améliorer la vie des femmes que par des solutions parfaites qui correspondent au dogme marxiste. Qui selon moi est une caractéristique sous-discutée de l’intersectionnalité (ainsi que d’autres analyses multidimensionnelles, comme le pluralisme des valeurs): s’engager à scruter le monde sous des angles multiples, parfois contradictoires, fournit un contrôle naturel sur toute tendance totalisante. Qu’on se le dise, Davis est une radicale par définition, mais son accent sur des questions concrètes mérite qu’on s’intéresse à ses écrits même en étant anti radical.

Finalement, vous ne savez jamais vraiment ce que signifie l’oppression jusqu’à ce que vous lisiez des histoires réelles de personnes qui ont traversé ces épreuves. J’ai aimé lire comment les femmes qui se battaient pour l’émancipation des femmes se sont également battues pour la liberté des personnes de couleurs , mais cela m’a aussi attristé de voir combien d’entre elles avaient été manipulées pour croire que la cause noire n’était que secondaire. Ce livre est révélateur et j’ai hâte de lire d’autres œuvres d’Angela Davis. Sa façon d’écrire est captivante et directe, elle vous montre la dure réalité de la vie dans un pays qui garde encore les stigmates d’un obscur passé.


« Femmes, race et classe » d’Angela Davis – des femmes Antoinette Fouque

«Un féminisme décolonial» de Françoise Vergès.

essai féministe, Sciences humaines

Françoise Vergès est une militante anticoloniale et antiraciste, qui affirme une fidélité aux luttes des femmes du Sud, tout en soutenant l’idée qu’il faut dépatriarcaliser les luttes révolutionnaires, une lutte entrepris depuis des siècles par une partie de l’humanité pour affirmer son droit à l’existence.

Plus généralement on peut confirmer que le féminisme décolonial appartient à la branche plus connue sous le nom de « Un féminisme intersectionnel. »

L’intersectionnalité permet d’intégrer les différences entre les femmes, permettant d’aller au delà de la notion même de féminisme. Ce prisme offre aussi un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme et le racisme et par extension, le sexisme et le classisme, le sexisme et l’homophobie, le sexisme et la transphobie au sein du féminisme.

Cet essai sociologique est une critique des féministes du sud globale et de leurs alliées du Nord sur le genre. Elle pointe le doigt sur le féminisme civilisationnel (féministe universaliste) qui selon elle entreprend la mission d’imposer au nom d’une idéologie des droits des femmes une pensée unique qui contribue à la perpétuation d’une domination de classe, de genre et de race.

Pour ce faire, elle fait défiler une série d’événements qui, depuis le prisme de son regard décolonial, acquièrent de nouvelles dimensions interprétatives. L’autrice met ainsi en lumière le revers d’une histoire révélant la structuration de ce capitalisme impérialiste, qui ne peut être qu’à la fois et simultanément raciste et patriarcal.

Ce que les féministes intersectionnelles(féminisme décolonial) reprochent aux féministes universalistes(féminisme blanc) sont qu’elles sont non seulement complices mais actrices de l’impérialisme, du «capitalisme racial», du néolibéralisme, du «racisme structurel», de la xénophobie, de l’islamophobie, du néocolonialisme, aveugle à la «colonialité» indifférent aux «racisé.es» dans le meilleur des cas, agent de leur oppression le plus souvent.

Dans cet essai on peut retrouver également plusieurs exemples dont: une analyse de l’usure des corps des femmes racisées assignées au nettoyage des centres impérialistes – invisibilisées en dépit de leur rôle central dans la reproduction du capitalisme occidental – et de l’externalisation des dégâts corporels et écologiques (et des inégalités de santé et environnementales).

Le but d’un féminisme décolonial n’est pas d’intégrer certaines femmes dans un système néolibéral qui exploite les individus et décide des conditions plus ou moins vivables de leurs existences : le but est une critique et un combat contre ce système au nom de relations effectivement justes pour toutes et tous. Un essai très instructif qui m’a permis de déconstruire certaines idées préconçues du féminisme ou d’une partie du féminisme.


« Un féminisme décolonial » de Françoise Vergès – Éditions La fabrique .

« En finir avec la culture de viol » de Noémie Renard

essai féministe, Sciences humaines

Un livre que tout le monde devrait lire pour s’éduquer sur les comportements et les réflexions à ce sujet car malheureusement beaucoup de Français ont une réelle méconnaissance sur les mécanismes du viol et les conséquences graves que cela peut avoir sur la victime. Cet essai m’a fait comprendre qu’ont a encore beaucoup de travail à faire pour évoluer les mentalités et permettre aux victimes de ne plus avoir honte.(Cette même honte doit changer de camp)

Noémie renard nous propose une réflexion fondamentale pour alimenter le débat qui parcourt notre société, cette féministe a pris conscience des inégalités persistantes entre hommes et femmes, dans cet essai, elle nous livre des études sur le genre dans toutes les disciplines anthropologique, sociologique et historique. Elle nous aide à comprendre la culture du viol dans son ensemble, de par les stéréotypes de mythes, le laxisme judiciaire ou encore les nombreuses coercitions conjugales et économiques… elle démasque également les leviers de la domination masculine dans le domaine de la sexualité afin que notre société puisse combattre ce système patriarcal oppressif.

Le viol, c’est de la violence, de la domination, de l’humiliation, mais sous une forme sexualisée.

L’expression « culture du viol » est née dans les années 1970 aux États-Unis au sein du mouvement féministe radical. Il désigne une culture(dans le sens de l’ensemble des valeurs des modes de vie et des traditions d’une société) dans laquelle le viol et les autres violences sexuelles sont tolérés.

En France la culture du viol est assez présente notamment dans les stéréotypes et les mythes qui entourent la sexualité selon l’idée que les hommes ont une sexualité active et les femmes une sexualité passive « dominant-soumise » (qui n’a pas en tête le best-seller 50 nuances de grey) Or, l’idée que la sexualité féminine est intrinsèquement passive peut servir de justification aux violences et à la subordination sexuelles, ce phénomène n’est pas seulement présent dans les films mais aussi dans la pornographie et dans les nombreuses publicités ou clips musicaux. Malheureusement les images montrant les femmes en tant qu’objets sexuels suggèrent qu’elles peuvent avoir tendance à rendre davantage sexistes et tolérants aux violences sexuelles du moins chez une partie des consommateurs.

Évidemment dans ces circonstances, on peut se demander où se positionne le consentement. Le consentement est avant tout une réponse à une avance mais dans le cas de coercition graduelle où la victime est soumise au chantage par ex: le fait de profiter d’une personne dans le besoin pour obtenir un acte sexuel peut être qualifié de coercition économique. Beaucoup de femmes peuvent accepter un rapport sexuel non parce qu’elles le désirent mais pour éviter de subir les conséquences négatives d’un refus ou parce qu’elles s’y sentent obligées. (Peur d’être abandonnée par son compagnon, peur d’être virée…) il est donc urgent dans notre société de redéfinir le terme du consentement qui n’est pas seulement une acceptation mais l’expression de volonté et du désir. La France à la différence du Canada de l’Australie ou encore de la Nouvelle-Zélande est un pays en retard en ce qui concerne la reconnaissance du viol par le système judiciaire, car de nombreuses plaintes sont envoyées en correctionnelle et non aux assises. Cela veut dire que le viol est encore considéré comme un délit et non comme un crime . C’est pour cela que les féministes se battent pour veiller à ce que la qualification criminelle du viol soit retenue est poursuivie devant les cours d’assises.

Il est important de dire que les violences sexuelles ne peuvent être analysées que de manière indépendante, elles prennent aussi racine dans un système social inégalitaire(notamment entre les femmes et les hommes et entre enfants et adultes).

La lutte contre la culture du viol doit s’inscrire dans une bataille plus large contre les inégalités sociales et économiques, la valorisation des orientations sexuelles, la répartition des tâches domestiques, L’éducation des enfants…

vous l’aurez compris, il est important de s’éduquer sur le sujet, cela doit passer par les pouvoirs publics pour sensibiliser les jeunes à la sexualité et au consentement, cela passe également par chacun et chacune d’entre nous, Ressentir de l’empathie envers les victimes, ne fermer pas les yeux, Écoutez-les et renseignez-les en transmettant le bon numéro (SOS viols par exemple)… car c’est à nous de faire changer les choses et d’améliorer la situation pour un monde plus sûr.


« En finir avec la culture du viol » de Noémie Renard – éditions Les petits matins

« No Kid » de Corinne Maier

essai féministe, Sciences humaines

Aujourd’hui on aborde un sujet un peu « touchy » celui de la non maternité, c’est ce qu’a entrepris Corinne Maier dans son essai « No kid » écrit en 2007. Toujours dans une volonté de l’émancipation féminine et de l’avancée du féminisme  voici 40 raisons qui décomplexe les personnes qui n’ont pas d’enfant et qui ont toutes les bonnes raisons de ne pas en vouloir. 

« Je ne veux pas d’enfants ». Voilà, c’est dit. J’ai lâché le dossier, me voilà devenue aux yeux du monde une vieille aigrie qui refuse de profiter du miracle de la vie, qui n’est pas capable de donner de l’amour ou de supporter quelqu’un plus de trois heures de suite. Paraît-il que d’après « Mona Chollet », je suis une sorcière.

On demande toujours aux gens qui n’ont pas d’enfant pourquoi ? Mais jamais à ceux qui en ont, pourquoi ils en ont eux? Hein ? « Vous avez 4h ! »

En France être « sans enfant » est une tare ; jugés en permanence, on est alors confronté à toutes les problématiques des pressions de la famille et de la société (amis, collègues, entourage plus ou moins proche), ceux qui ont osé ne pas en vouloir suscite la commisération : « il a gâché sa vie »  « des égoïstes »  « instables »… 

Qu’on se le dise ne pas avoir d’enfant est un choix, pas un handicap. Malheureusement cette France nataliste et autosatisfaite donne l’image de la famille qui n’existe que dans les magazines et gare aux mères qui prétendent le contraire. On vous traitera de « mère indigne » Bah oui car c’est chez nous que le diktat de la maternité est le plus fort, encouragé par une politique familiale vigoureuse (crèche, allocations, école maternelle…) sans parler des pressions sociales qu’exerce la société sur les familles et notamment envers les mères.

Il y a également les réflexions de celles et ceux qui sont parents qui diront « tu verras c’est trop génial« . De plus quand on a la chance d’être un homme, on n’a pas à subir les « tant qu’il est encore temps, l’horloge biologique tourne ». Être une femme et faire le choix de la non-parentalité, c’est donc quelque chose qui est loin d’être facile. Toutes ces réflexions montrent bien la pression de la Société sur les personnes qui ont décidées de faire un choix différent de la norme. Un choix personnel devrait-il être valider par les autres ?

Cela dit avec la montée du féminisme, la décision de ne pas avoir d’enfants représente l’un des changements les plus remarquables dans la famille moderne: au cours des dernières décennies, le nombre de couples qui ne veulent pas volontairement devenir parents (généralement appelés « childfree ») a considérablement augmenté dans le monde entier, devenant un enjeu important pour la géographie culturelle. Cet essai présente un point de vue abordé de façon caustique sur le choix de ne pas avoir d’enfant afin de mettre à jour la littérature en tenant particulièrement compte de l’incidence des aspects sociologiques, des stéréotypes traditionnels généralement attribués aux personnes ayant des enfants et de la véritable psychologie, aspects qui semblent être à la base une décision de rester sans enfants.

Vous retrouverez les 40 raisons qui vous feront changer d’avis ou qui d’une certaine façon, désacralise la maternité pour en finir une bonne fois pour toute avec la culpabilité maternelle. Parce que non, les mères ne sont pas toutes des Housewives, une pensée pour toutes les girls boss et celles qui chaque jour font de leur mieux (Le plus dure métier du monde c’est le votre) SVP, à prendre au second voir au troisième degré, ce livre se veut drôle et piquant, rempli de vérité trop dure à accepter, pour une fois que quelqu’un ose écrire ce que la plupart des parents pensent tout bas… Et on dit Merci Corinne !


« No Kid » de Corinne maier – Éditions Michalon

« Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

essai féministe, Sciences humaines

À mes sœurs, chères sorcières, 

C’est un livre que toutes les femmes devraient lire pour se rappeler quelles ont la liberté de choisir leur vie. De s’affranchir de toutes les conditions sociales et d’assumer leur choix sans avoir besoin de les justifier. En tant que féministe, ce livre n’a fait que confirmer mes idéologies et ma vision du monde. Je savais pertinemment que j’étais dans le vrai mais parfois la société a le pouvoir de remettre toutes vos certitudes en questions, au point même de me demander si en tant que femme, « je suis à la hauteur ». Avoir un peu d’ambition et aspirer à quelque chose de différent, vous me direz c’est quelque chose de normal et pourtant, nous vivons dans une société où la femme n’a pas beaucoup de place. Cependant, aujourd’hui le mouvement #Metoo a bousculé les codes sociaux, il remet l’égalité des femmes sur la table et il est temps pour nous mes sœurs de nous réapproprier notre espace et faire entendre nos voix.

Dans cet essai, Mona chollet fait le lien entre les sorcières d’antan et les femmes actuelles, elle démontre à quel point s’affranchir des constructions sociales est une tache ardue. Celles qui s’opposent aux schémas habituelles de la femme-mère est jugée, condamnée à l’humiliation, l’exil ou pire encore la mort ! Finalement qu’est-ce qui différencie les femmes libres d’aujourd’hui aux sorcières de l’histoire? Absolument rien, de nos jours, l’état n’organise plus d’exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libre s’est en quelque sorte privatisée.

La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations; Elle est un idéal vers lequel tendre, Elle montre la voie. Elle est celle qui terrifie le patriarcat, celle qui ne se marie pas, qui n’a pas d’enfants et qui est socialement indépendante. En bref c’est d’être l’égale de l’homme. Pendant longtemps les sorcières étaient représentées comme de vieilles femmes laides, sales… De par leur isolement et leur indépendance ont leur reprochés d’user de (pouvoirs maléfiques qui seraient responsables de tous les maux de la société). Tous les prétextes étaient bons pour justifier les pires ignominies (lynchages, viols, tortures, condamnations à mort) ces années de terreur et de propagande témoignent clairement d’une aliénation psychologique profonde des hommes envers les femmes.


« Des siècles de haine et d’obscurantisme semblent avoir culminé dans ce déchaînement de violence, né d’une peur devant la place grandissante que les femmes occupaient alors dans l’espace social. »


On se rend bien compte que peu de chose ont changé. Entre la société mainstream d’aujourd’hui et celle des chasses aux sorcières, il n’y a qu’un pas. Parmi les accusées de sorcellerie, on révèle une sur présentation des célibataires et des veuves, c’est-à-dire de toutes celles qui n’étaient pas subordonnées à un homme ce qui a permis de préparer la division sexuée du travail requise par le capitalisme, en réservant le travail rémunéré aux hommes et en assignant les femmes à la mise au monde et à l’éducation de leur future main-d’œuvre. D’ailleurs cette assignation dure jusqu’à aujourd’hui: Les femmes sont libres d’avoir des enfants ou pas… à condition de choisir d’en avoir. Celles qui n’en souhaitent pas sont parfois assimilées à des créatures sans cœur, obscurément mauvaises, malveillantes à l’égard de ceux des autres.

Finalement on nous dit que « la liberté de choix dont nous sommes censées disposer est ainsi largement illusoire ». Cette légitimité fragile, nous poussera à nous demander, dès que quelque chose ira de travers dans notre vie si la cause de notre infortune ne tient pas à notre absence de descendance. Le fameux « tu le regretteras un jour » ou « tu es égoïste » comme si on faisait un enfant par altruisme,c’est du délire, je n’ai jamais compris ce genre de raisonnement.

De plus, Mona Chollet révèle une bien triste vérité, celle du dégoût qu’on a pour la femme vieillissante. On dit souvent que le vieillissement et la mort sont tabous dans notre société; sauf que c’est seulement le vieillissement des femmes qui est cachés. De plus les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir, d’autant plus, on observe que la différence d’âge est en faveur des hommes dans les couples, cette conception est profondément inscrite dans les mœurs ce qui pousse les femmes à paraître éternellement jeune (teintures capillaires, chirurgie esthétique…) Finalement, les femmes sont condamnées à vivre dans les faux-semblants et la honte d’elles-mêmes .


« De même, une amie me suggérait il y a peu que, si elle ne supportait pas l’idée de voir sa mère avec les cheveux blancs, c’était peut-être parce que cela l’amenait à penser à la mort. Mais qui pense à la mort en voyant Richard Gere ou Harrison Ford ?».


On remarque également que dans cette société, les capacités intellectuelles sont paralysées. On assigne aux femmes et aux hommes des domaines de compétences très différents, (le savoir pour les hommes et les taches subalternes pour les femmes) là encore le sexisme se manifeste sur tous les bouts de l’échelle sociale. Il faut savoir que la médecine était détenue par les femmes qui par la suite a été réquisitionné de force par les hommes. Cependant ces dernières années, en France, les blogs et les réseaux sociaux ont fait marcher la question de la maltraitance médicale notamment dans le milieu gynécologique. On commence tout doucement à mesurer à quel point les préjugés sur les femmes nuisent à leur prise en charge médicale. Et malheureusement j’en sais quelque chose, ayant une endométriose, il m’a fallu des années pour être prise au sérieux par le corps médical, une double peine qui démontre encore une fois la domination des hommes sur les femmes.

À lire absolument, de même que les femmes, les hommes sont également invités à lire ce livre pour comprendre les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la société, d’évaluer la place qu’ils prennent et celle qu’ils laissent aux femmes.


« Sorcières: La puissance invaincue des femmes – Editions Zones

« Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine » de Mona Chollet (concours sur mon insta)

essai féministe, Sciences humaines

« Non,décidément, il n’y a pas de mal à vouloir être belle mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal non plus à vouloir être. »


Dans cet essai divisé en plusieurs parties dont chacune représente les visages de l’aliénation féminine, Mona Chollet dénonce l’instrumentalisation du corps de la femme via des méthodes insidieuses et malsaines au profit de grandes marques comme les secteurs du luxe et du cosmétique (Magazines de mode, marketing d’influence, séries télévisées…).

Pour renforcer ses théories, elle s’appuie sur des exemples concrets dont les références sont connues de tous (la presse féminine, les séries télévisées : Mad men, gossip girl, sex & the city…). Elle décrypte également l’actualité comme les affaires Polanski – Strauss-kahn et nous démontre comment notre société consent au dictat de l’apparence féminine la plus stéréotypée.

Cette quête de la perfection absolue qui conduit inlassablement les femmes à adopter une haine de soi et envers son corps (la peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux normes de beauté, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour de soi et d’autrui), traduisent et amplifient une insécurité psychique et une auto-dévalorisation qui élargissent leurs effets dans tous les domaines de la vie d’une femme.


« L’objectif ultime n’est pas de se distinguer par son talent, mais par son potentiel de femme-sandwich, en entrant dans le moule d’une certaine vision de la féminité. »


Cette emprise passe bien évidemment par la puissance économique dont les marques maîtrisent les rouages à la perfection et de l’habilité culturelle des relais (presse féminine, publicité et divertissement), ils jouent sur les ressorts très profonds pour stimuler de façon obsessionnelle la pulsion d’achat et pour emprisonner les femmes dans une image qu’ils présentent comme l’essence de la féminité. « Comme si acheter le dernier sac à la mode (1000€) pouvait nous apporter le bonheur »

On peut se demander d’ailleurs si la surconsommation qui hante la féminité traditionnelle ne serait pas un désir de fuite (souffrance au travail, peur du chômage ou celle de vieillir) Or là encore, il faut constater que seuls la culture de masse et le discours publicitaire prennent au sérieux ce besoin humain d’évasion. Et ils apportent bien sûr, des réponses en proposant des satisfactions individualistes et consuméristes.

En quête d’investissements sûrs, les grandes marques de luxe misent d’ailleurs en priorité sur des actrices (un cercle très fermé de personnes bien-nées ) qui ont acquis une notoriété internationale grâce aux clichés liés à une autre culture exotique,archaïque et patriarcale – du moins d’un point de vue américain : c’est la culture française .

En parlant d’acteurs, on pense notamment au héros de la série « Gossip Girl » des adolescents qui excellent dans l’art de faire la fête et de courir après les boutiques tout en ayant de très bons résultats scolaires, des jeunes filles au corps parfait sans souffrir de troubles alimentaires, jouer les mannequins, trôner au premier rang sur le catwalk d’un défilé de mode, s’envoler en jet privé pour un week-end en Espagne… De quoi faire rêver les plus jeunes d’entre nous. Le succès de la série est tel que la chaîne a ouvert une boutique en ligne proposant les vêtements et les bijoux portés par les actrices . 

Une méthode insidieuse qu’on appelle « le placement de produit » un processus très connu des influenceuses beauté qui ne cessent de promouvoir le corps parfait avec une légère tendance pour l’obsession de la minceur. Fort de ce succès, le magazine  Elle  appelle ça « la Fashion démocratisation » Mona Chollet la qualifie plutôt « d’aliénation participative ». Dont les marques et les réseaux sociaux ont fait de ses héroïnes à la fois des figures de proue et des modèles à suivre.

Entre autre , Mona Chollet évoque également l’abus de la chirurgie esthétique qui n’est que les révélateurs d’une fragilité qui engendre la peur de vieillir. Comble de l’ironie, certains médecins affirment que leur activité est féministe car elle permet aux femmes d’acquérir une meilleure estime d’elles-mêmes. Mona Chollet dit d’ailleurs que:

« c’est confondre l’estime de soi avec le soulagement que procure le fait de prouver sa loyauté à l’ordre dominant. Faisant de la richesse et de l’apparence les critères essentiels de la valeur humaine, professant un darwinisme social agressif, le milieu de la mode exsude la haine de la faiblesse. »

On parle aussi « d’eugénisme banalisé » qui concentre une certaine uniformisation du genre, une valorisation et une recherche de la blancheur, la blondeur, la minceur et la jeunesse qui vise à se rapprocher le plus possible du modèle esthétique dominant. Cependant ce n’est pas seulement la diversité des couleurs de peau qui manque dans notre environnement culturel: ce sont aussi tout simplement les représentations d’une manière générale d’être une femme.


« Les vedettes qui émergent, en France ou aux États-Unis, sont dorénavant toutes calibrées sur le même modèle: extrême minceur – ou rondeurs tolérables -, Teint diaphane, garde-robe sophistiquée le plus souvent élaborée par une styliste personnelle. »


Dans cet essai Mona Chollet nous démontre à quel point il est dur d’être une femme, quoi que nous fassions nous serons toujours confrontés au spectre de la beauté parfaite et des dogmes imposés par la dictature des industries (mode-beauté). Cette société qui pousse les femmes à scruter chaque physique aux exigences toujours plus irréalistes, ce qui dénote en outre une pauvreté d’esprit pathétique qui annihile toutes les relations humaines et nous éloigne de la simple vérité : Toutes les femmes sont belles et authentiques car la conclusion c’est qu’il n’y a pas de joie dans la perfection.


« Beauté fatale: les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona chollet – Editions Zones