« Martin Eden » de Jack London

classique, Littérature étrangère

Le roman de Jack London, Martin Eden (1909), est centré sur le personnage de Martin Eden, un jeune marin pauvre qui a grandi dans une famille ouvrière sans recevoir aucune éducation. Martin rêve d’être écrivain et de gravir les échelons de la classe sociale pour montrer au monde ce qu’il peut faire.

Au début du roman, Martin, qui vit à Oakland, a du mal à sortir de sa situation actuelle de prolétaire sans ressources pour faire quelque chose de lui-même. Il a pour mission de s’éduquer, ce qui, selon lui, est la clé pour améliorer sa vie.

« Sur les rayons des bibliothèques je vis un monde surgir de l’horizon. »

Dans sa vie et son époque, les stéréotypes sociaux et les préjugés culturels abhorrent les interactions entre les pauvres et les riches. Martin lutte d’autant plus qu’il est amoureux de Ruth Morse; une jeune bourgeoise issue d’une famille aisée. Il perçoit sa beauté comme un miracle, comme un reflet de la divinité qu’il ne pourra jamais toucher, alors qu’elle le voit comme un jouet nouveau, étrange et vivant. Deux mondes différents s’affrontent, et c’est ainsi que London soulève la question et peut-être la plus importante de l’histoire: quelle est la valeur réelle des statuts sociaux dans le monde s’ils n’apportent pas le bonheur ?

Au lieu de cela, Eden a choisi de garder Ruth comme raison pour devenir meilleur, ce qui est une autre raison de son incapacité à accepter la réalité : l’amour pour Martin est extrême, et il le rend faible et dans ces conditions le sentiment qui les animait tous deux était plus une illusion que de l’amour.

Le destin de Martin reflète les expériences de la propre vie de l’auteur. Au cours des premières années d’écriture, Jack London a rencontré de nombreuses difficultés, qui ont également influencé cette œuvre littéraire.

On y retrace l’évolution du personnage principal: de sa vie dans les arrière-cours des quartiers populaires à la grande célébrité du jeune homme dans les événements sociaux. Martin Eden est l’hymne à la volonté humaine, à l’énergie, et à l’attachement tenace en dépit des difficultés.

Malheureusement, son échec amoureux a fortement contribué à lui faire prendre conscience du pouvoir néfaste que représenterait son inclinaison aux exigences de ce milieu auquel il se sent si étranger. Et vraisemblablement, il ne possède pas assez de vie en lui pour affronter son environnement. L’histoire est structurée de manière à résumer la vie d’un homme confronté à la quête de sens, ce qui est surprenant, c’est son échec à aller au-delà de la prise de conscience « qu’il ne faut pas chercher un sens à la vie, il faut la vivre, un point c’est tout. » Ce que Jack dépeint dans ce roman c’est que son personnage a décidé de mourir alors que lui-même a décidé de vivre. Pour un temps seulement puisque la fin de cet homme n’a rien de Nietzschéen.

Cela dit, Martin Eden est aussi une peinture de société américaine au début du XXème siècle avec l’idée révolutionnaire selon laquelle le travail acharné et le succès étaient autodestructeurs dans une société mécanique peu esthétique. Une bonne façon de réussir à briser la volonté d’un individu aussi puissant et à en faire un cynique, absolument apathique.

« Il était au désespoir. Là-haut personne ne tenait à Martin Eden pour lui-même, en bas il ne pouvait plus supporter ceux qui l’avaient accepté autrefois. »

La vie de Jack London et la vie de son héros Martin Eden sont une illustration brillante de l’idée que le succès ne vient pas tout seul, mais s’accompagne de chagrin et de détresse. Et comme dit Nietzsche « l’homme est quelque chose qui doit être surmonter. »

Dans ce roman, j’ai aimé cette passion, cette humilité et cette relation physique à l’écriture, une écriture vécue qui permet aux lecteurs d’être au plus près de la réalité.


« Martin Eden » de Jack London aux editions Libretto.

« Les carnets du sous-sol » de Fiodor Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« Les carnets du sous-sol » est un ouvrage qui a largement influencé la littérature du XXe siècle (On pense à Camus). Cette œuvre a également été saluée par Freud et Nietzsche, ce dernier s’est inspiré de ce récit pour faire naître le concept du ressentiment avec l’espoir d’en sortir par la volonté du surhomme.

C’est dans cette histoire, dont le héros, un fonctionnaire à la retraite, soumet sa confession au jugement du lecteur, dont les idées existentialistes ont été découvertes pour la première fois. Faisant preuve d’un esprit et d’un courage extraordinaire, cet anonyme de Saint-Pétersbourg examine sa propre conscience, sa propre âme.
Il est incapable de se réconcilier avec la réalité et éprouve de la « culpabilité » pour l’ordre mondial imparfait qui cause la souffrance. Vivant en enfer dans une complète aliénation, ravagé d’amour propre, il détruit consciemment le bonheur qu’il lui était offert.

« Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout: ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête – ni un héros ni un insecte. Maintenant que j’achève ma vie dans mon trou, je me moque de moi-même et je me console avec cette certitude aussi bilieuse qu’inutile: car quoi, un homme intelligent ne peut rien devenir – il n’y a que les imbéciles qui deviennent. »

Dans le sous-sol psychologique et méprisant du monde des vivants, il pose des questions existentielles: qu’est-ce qu’une personne et quel est son but? Il proteste contre la bonté et la connaissance, contre une croyance inconditionnelle dans le progrès de la science et de la civilisation, et aime se torturer et torturer les autres.

« D’où vient que vous êtes si fermement, si triomphalement persuadés que seul le positif et le normal – bref, en un mot, le bien-être – sont dans les intérêts des hommes ? Votre raison ne se trompe-t-elle pas dans ses conclusions ? Et si les hommes n’aimaient pas seulement le bien-être ? Et s’ils aimaient la souffrance exactement autant ? Si la souffrance les intéressait tout autant que le bien-être ? »

L’enfer du sous-sol est d’abord un enfer mental que l’auteur a vécu dans l’enfer du bagne en Sibérie, éloigné du monde, isolé du reste de l’humanité, il développe un intérêt pour les souffrances du peuple russe. Mais l’enfer de Dostoïevski c’est aussi le démon du jeu qui le conduit à s’endetter lourdement pendant de longues années échappant de peu à la prison.

Dans cette histoire philosophique, il y a également une approche sur l’essence humaine, la nature de nos désirs, sur la relation entre la raison et la volonté. Dans la première partie, le héros, un « homme souterrain », dépourvu de nom et de prénom, se dispute avec des adversaires imaginaires et réels, réfléchit sur les raisons profondes des actions humaines, sur le progrès et la civilisation. Dans la deuxième partie, la théorie cède la place à la pratique: le héros parle d’un dîner amical scandaleux et de son voyage dans un bordel, où il rencontre la prostituée Lisa.

Par un examen presque clinique de la conscience de cette homme, Dostoïevski nous pousse volontairement ou involontairement à questionner notre propre conscience. On ne peut qu’admirer l’habileté psychologique de Dostoïevski et sa connaissance de l’âme russe. En lisant la confession de ce fonctionnaire, nous sommes imprégnés d’une profonde hostilité à son égard, mais avec horreur nous reconnaissons en lui les traits qui se trouvent dans les lieux les plus sombres de notre esprit. Tout au long de la lecture, je me suis demandé si les lecteurs seraient horrifiés par cette personne ? Et pourtant malgré mon aversion pour le personnage, je me suis reconnue en partie en lui. Et cette constatation est assez effrayante.

Cette histoire pourrait être considérée comme une description d’un cas clinique avec des symptômes évidents et variés de manie de persécution. Mon intérêt pour elle se limite à la recherche de style. Les thèmes de Dostoïevski, ses stéréotypes et ses intonations sont présentés ici de la manière la plus vivante.

J’en conclus que ce livre vous donne matière à réfléchir sur l’image que vous avez de vous même et sur le monde, n’ayez pas peur de creuser, de pousser la réflexion, d’aller au plus profond de vous-même. Il sera absolument impossible de ne pas le faire après avoir lu ce livre.


« Les carnets du sous-sol » de F.Dostoïevski aux Éditions Actes Sud – Collection Babel

« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov

classique, Littérature étrangère

Le roman de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov « Le Maître et Marguerite » est le dernier livre de Boulgakov, qui est considéré comme son testament spirituel. Combinant en une seule œuvre le monde réel et la fantaisie, une description satirique de la vie et des réflexions philosophiques. 

L’auteur a commencé à écrire le livre à la fin des années 1920, mais n’a pas réussi à le terminer, l’édition du roman a été achevée par la veuve de l’écrivain après sa mort.

« Le Maître et Marguerite » est désormais reconnu comme l’une des plus belles réalisations de la littérature russe du XXe siècle . Les phrases du roman ont inspiré de nombreux proverbes russes; «Les manuscrits ne brûlent pas» et «La lâcheté est le plus terrible des vices» ont une résonance particulière pour les générations qui ont enduré le pire du totalitarisme soviétique.

« Le maître et Marguerite » est un point de vue sombre et comique de la société soviétique, une belle réécriture du mythe de Faust et de Ponce Pilate ainsi qu’une histoire d’amour passionnante.

Tout d’abord, il est important de souligner que l’histoire va et vient entre le Moscou des années 30 et l’ancienne Jérusalem. 

Le roman débute donc avec l’arrivée du diable à Moscou dans les années 1930 déguisé en l’éminent professeur Woland (consultant en magie noire). Avec sa suite de compagnons étranges dont un chat noir nommé Béhémoth. Woland n’est pas là par hasard, avec ses acolytes, il compte faire des ravages sur l’élite sociale moscovite. Au même moment, le maître (Auteur du roman de Ponce Pilate qui n’a guère plu aux censeurs soviétiques) languit dans un hôpital psychiatrique, incapable de partager son histoire. Mais c’est sans compter sans Marguerite sa maîtresse dévouée, qui accepte de vendre son âme au diable dans l’espoir de sauver le Maître de son destin.

« Suis-moi, lecteur! Qui t’a dit que l’amour véritable, fidèle, éternel, cela n’existait pas? Le menteur, qu’on lui coupe sa langue scélérate! Suis-moi, mon lecteur, et nul autre que moi, je te le montrerai, cet amour! »

Ce livre est une réelle découverte, où chacun de nous verra ce que sont la vérité et le mensonge, les vraies valeurs, le sacrifice au nom d’un sentiment honnête. L’ouvrage est rempli de réflexions philosophiques sur la religion, l’amour, le pardon et l’humilité. Boulgakov a décrit de nombreuses facettes des caractères humains, leur diversité et leur impact sur les valeurs et les fondements moraux de la société. C’est probablement pourquoi, après avoir lu plusieurs chapitres, on réfléchit involontairement au sens de l’être, de la vie et de la mort. À propos du fait que le mal dans notre monde n’est pas toujours quelque chose de mauvais.

« À quoi servirait ton bien, si le mal n’existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres? »

Le roman mystique captivant de Boulgakov change la vision habituelle de l’image du monde. Ici, Satan punit lui-même les habitants de la ville pour débauche et lâcheté, aide le pauvre Maître et la désespérée Marguerite à se trouver et à trouver la paix désirée. L’ouvrage décrit de manière colorée mais lucide la vie quotidienne de Moscou dans les années 1920.

Après ce court résumé, je ne peux que vous encouragez à lire ce chef d’œuvre de la littérature. Un must read au moins une fois dans sa vie.


« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Robert Laffont – Collection Pavillons Poche

« La fenêtre panoramique » de Richard Yates

contemporain, Littérature étrangère

« La fenêtre panoramique » est le premier et le plus grand roman de Richard Yates, qui n’a pas toujours été considéré comme un classique. Au cours de sa vie, Yates a vendu très peu de livres et au moment de sa mort en 1992, il avait été largement oublié. Ces dernières années, le livre a été redécouvert par une nouvelle génération de lecteurs attirés par un roman qui est un récit saisissant et poignant d’une famille en crise.

Situé dans une Amérique prospère dans les années 1950, le roman se concentre sur un jeune couple marié, Frank et April Wheeler, qui se sentent pris au piège dans leur mode de vie banal. Le couple cherche à sortir de leur quotidien, voulant abandonner leurs voisins, leurs amis et se rendre en France pour commencer une nouvelle vie, une sorte de quête à atteindre pour améliorer leur relation. Cependant, les circonstances conspirent contre eux, leurs tentatives pour recommencer un nouveau départ se heurtent à des complications inattendues et tragiques.  

Frank et April Wheeler, les protagonistes du roman de Richard Yates sont enfin de compte des gens ordinaires. Lui, travaille en ville dans ce qu’il appelle «un job désespérément ennuyeux»; elle, est mère de deux enfants. Ils vivent dans la rue « Revolutionary road« qui donne son titre au roman orignal, dans une banlieue à l’emporte-pièce de New York.

Dans un peu plus de 300 pages, rien d’extraordinaire ne leur arrive, du moins pas jusqu’à la fin: Frank et April traitent de l’insatisfaction et de la peur, de la maternité et de l’ambition, et du rêve d’évasion. Pourtant, malgré ce manque d’action, « La fenêtre panoramique » est un roman extrêmement émouvant, avec un témoignage essentiel de l’Amérique du milieu du XXe siècle.

La fenêtre panoramique est un roman indéniablement sombre et un portrait dévastateur de la vie moderne mais l’écriture de Yates nous sauve du désespoir. Les personnages ne sont jamais réduits à des victimes passives de leur sort; c’est précisément parce qu’on voit les différents chemins qu’ils auraient pu emprunter qui rend le livre tragique. 

Yates retrace chaque acte ou décision qui conduit à la chute des Wheelers, montrant non seulement une croyance en l’action humaine, mais une compréhension de la manière dont elle est compromise ou entravée. 

Il mérite d’être considéré comme un roman américain classique, non seulement comme une sorte d’accusation du rêve américain, mais aussi comme un commentaire intéressant sur l’institution de la famille.


« La fenêtre panoramique » de Richard Yates – aux Editions Robert Laffont – collection Pavillons poche.

« La cloche de détresse » de Sylvia Plath

classique, Littérature étrangère

Sylvia Plath est l’une des poétesses les plus vénérées du XXe siècle. En lisant son travail, vous remarquez comment elle est capable de capturer ce qui est parfois caché dans les profondeurs de notre esprit – les pensées et les croyances que nous déguisons souvent. En approfondissant un peu sa vie personnelle, vous ne pouvez pas ignorer ses problèmes de santé mentale et la façon dont certains de ces problèmes se reflètent dans ses écrits.

Ce roman écrit par Sylvia Plath est évidemment une histoire inspirée par sa propre vie sans être une autobiographie directe, les parallèles sont clairs si vous connaissez la vie de Plath.

L’intrigue tourne donc autour d’une jeune femme nommée Esther Greenwood qui travaille sur un court stage en tant que rédactrice en chef d’un magazine invité à New York dans les années 1950. Il est révélé tout au long du roman qu’Esther lutte contre la dépression et, après la fin de son stage, ne sachant pas quoi faire de son avenir, elle commence à essayer de se suicider de différentes manières. Finalement, Esther fait une overdose de somnifères et se réveille à l’hôpital. Elle est transférée dans un asile où elle décrit de façon glaçante le traitement de la dépression par électrochocs. À la fin du roman, Esther est sur le point de retourner à l’université mais bien consciente que la présence de sa maladie mentale pourrait se réaffirmer dans le futur.

« Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c’est le monde lui-même qui est le mauvais rêve. »

La complexité étrange des attentes imposées à Esther et la façon dont ces contraintes heurtent ses propres désirs allant même jusqu’à se conformer aux injonctions sociales dont les femmes d’hier et d’aujourd’hui sont les premières concernées, ce qui illustre extrêmement bien le stress, la tension et les dilemmes internes auxquelles elles doivent faire face. Les femmes qui ne veulent pas des choses «normales».

« Comme ça semblait simple pour les femmes autour de moi d’avoir des enfants ! Pourquoi n’étais-je pas maternelle du tout, pourquoi étais-je si à part? Devoir m’occuper toute la journée d’un enfant me rendrait dingue. »

Non seulement c’est un excellent commentaire sur le féminisme et son importance pour rendre la vie des femmes plus simple et plus égale à celle des hommes, en supprimant les pressions irréalistes que la société exerce sur elles, mais cela donne également un excellent aperçu de la façon dont de telles pressions peuvent entraîner une maladie mentale (et cela s’applique aux hommes et aux femmes bien évidemment). Cet aspect est d’autant plus poignant que Plath s’est suicidée quelques semaines après la publication de ce livre.

C’est une grande tragédie que ce soit son seul grand roman après son suicide cruellement inévitable à seulement 31 ans.

Mais cela dit, le roman est nostalgique de la meilleure des manières car il n’efface pas l’obscurité de l’époque. À la fois mélancolique et sarcastique, adoptant une narration non linéaire mais qui n’est en rien dérangeant dans la compréhension de la position de l’histoire. 

Ce livre aborde de fortes discussions sur les thématiques comme: la santé mentale, la féminité et les différences socio-économiques. Tout cela se passe alors que E.Greenwood vit pour la première fois hors de chez elle.

Ce roman est un rappel à ceux qui ont grandi en apprenant à naviguer dans le monde et une excellente lecture pour ceux qui sont sur le point de faire un pas important dans leur vie. Lire ceci dans une période de transition entre les écoles, les carrières, les déménagements vers les villes ou d’autres événements majeurs peut s’avérer être particulièrement encourageant et permet aux lecteurs de trouver du réconfort dans cette histoire. 

Un récit qui marque, des passages qui resteront gravés dans ma mémoire, tant par l’écriture que la sensibilité omniprésente dans ce livre qui vous rend inévitablement mélancolique.

Si vous vous intéressez à la santé mentale et à sa représentation dans la littérature, ce livre est à lire absolument.


« La cloche de détresse » de Sylvia Plath – Éditions DENOËL .

« Le général du roi » de Daphné Du Maurier.

classique, Littérature étrangère

Chaque fois que je lis un livre de Daphné Du Maurier, j’ai l’envie frénétique d’acheter tous les ses livres actuellement disponible en librairie. J’avais d’ailleurs lu quelque part un commentaire sur l’autrice, quelqu’un disait que « quand il se mettait à lire un roman de Daphné du Maurier, Il ne pouvait s’arrêter de lire jusqu’à qu’il ne tombe de sommeil ». Je partage également ce sentiment.

Ses livres se divisent généralement en deux catégories: le suspense (comme « Rebecca » ou en fiction historique comme « le général du roi » ou quelque chose entre les deux. Dans les œuvres de du Maurier, il y a aussi un côté assez vintage que j’affectionne où le sentiment d’incertitude se ressent dans tous ses romans.


Honor Harris, 18 ans, a hâte de passer le reste de sa vie avec l’homme qu’elle aime, mais lorsqu’une tragédie survient à la veille de son mariage, le mariage n’a alors jamais lieu. Quinze ans plus tard, alors que l’Angleterre est divisée par une guerre civile qui oppose les royalistes et les parlementaires, Honor est envoyée à Menabilly où elle rencontre son amour perdu, Richard Grenvile.

Malgré ses efforts pour rester à l’écart de Richard, Honor se retrouve une fois de plus attirée par lui, mais la guerre complique les choses car la position de Richard en tant que général du roi lui a fait de nombreux ennemis. Pleinement consciente de sa position d’infirme, Honor choisit de l’aimer de toute façon et leur relation menace de devenir scandaleuse.

La relation entre Honor et Richard n’est pas ce à quoi vous pourriez vous attendre. C’est tendre et passionné, mais à aucun moment du roman ils ne consomment leur amour ni le vivent au grand jour. Au lieu de cela, tout est plus ou moins enfoui, et aucun d’eux ne veut évoquer les souvenirs douloureux du passé.


Les sequences historiques du roman sont très bien documentées, bien qu’il y ait eu des moment où je trouvais que l’intrigue tournait trop souvent autour des conflits entre royalistes et rebelles. Cela dit, a aucun moment l’autrice prend un parti pris vis-à-vis de l’un des deux camps.

D’ailleurs, j’ai vite compris que beaucoup des personnages cités dans ce livre sont inspirés de faits réels et pour le coup, j’ai eu une véritable leçon d’histoire, et dans ce cas précis, une leçon sur la guerre civile anglaise qui a sévi au XVIIe siècle.

Avec « le général du roi » nous sommes donc plongés dans la guerre civile anglaise qui met en lumière la guerre, la perte, l’amour, les désillusions et les scènes d’un point de vue cornique(origine de cornouilles).

Bien différente des autres que j’ai lues, cette perspective apporte une vision claire du décor et des horreurs de la guerre, ainsi que du chagrin et de la terreur des citoyens. 

On ne peut imaginer à quel point les temps étaient difficile à cette époque. À chaque instant, je me suis imaginée être une héroïne de cette histoire vivant avec eux les nombreux obstacles, les décisions difficiles, les émotions difficiles. Lorsque vous ajoutez à cela les combats politiques, les guerres, votre vie devient presque insupportable, quand bien même ils doivent vivre, doivent se battre, ils le font avec brio . Mes respects.

Un style impeccable, fluide et sophistiqué ! Encore un sans fautes pour daphné Du Maurier.


Merci aux éditions « Le livre de poche » pour cet envoi . De Daphné Du Maurier.

« Dracula » de Bram Stoker

classique, Littérature étrangère

Dracula est, bien sûr, l’une des histoires d’horreur les plus connues et le roman de vampire le plus adulé. Bram Stoker a établi les règles de base de ce que devrait être un vampire et a ensuite influencé de nombreux écrivains dans le genre. En effet, si les méchants tyranniques sont une nécessité à ce courant littéraire, le comte Dracula est le père de tous les méchants gothiques, bien qu’il soit l’un des derniers romans de fiction gothique.

Le roman est composé d’une multitude de revues, de lettres et d’articles. Car c’est ainsi que Bram Stoker a choisi de façonner son célèbre roman (sous forme épistolaire) ce qui permet de donner des informations sur les aspects historiques, politiques et littéraires. Un choix astucieux puisque les différents points de vue à travers chaque journal servent à créer un suspense qui convient parfaitement au ton gothique du roman. 

Ce livre raconte l’histoire du comte Dracula et sa tentative de déménager de son château en Transylvanie à un manoir en Angleterre d’où il prévoit de répandre la malédiction des « non-mort ». Les personnages principaux incluent l’avocat britannique de Dracula, Jonathan Harker qui se rend en Transylvanie pour aider le comte Dracula à acheter un domaine en Angleterre.  Pendant qu’il est au château, beaucoup de choses étranges se produisent. Au même moment sa fiancée Mina et son amie Lucy échangent sur leur projet de mariage, cependant après une escapade nocturne lors d’un séjour à Whitby, Lucy commence à agir bizarrement et son ami le docteur Seward l’examine. Étant totalement dans le flou sur l’état de santé de Lucy, il fait appel à son ami, un célèbre médecin, Van Helsing.  Van Helsing croit finalement que Lucy a été mordue par un vampire… tout ce qui se passera par la suite se construira à partir de ces deux événements…

Dracula possède des thèmes sous-jacents de race, de religion, de superstition, de science et de sexualité. J’ai remarqué qu’une grande partie du roman est une exploration sur le thème de la santé mental qui parcours beaucoup de ses personnages, qui ne concerne pas seulement Renfield. À un moment donné, chaque personnage se demande si leurs relations avec le comte sont nées d’une déficience mentale plutôt que d’une rencontre paranormale avec le vampire. Cela heurte la vision du réalisme victorien avec les événements paranormaux qui se produisent dans le roman.

Ce livre crée une atmosphère d’horreur qui a été constamment copiée au fil des ans mais jamais tout à fait capturée. Vous vivrez avec Harker dans ce château maudit. Vous combattez le comte en Angleterre … sans oublier le sentiment de terreur sur le navire qui a transporté ses boîtes de terre à travers la mer, tout restera avec vous à chaque fois que vous penserez à Dracula. Un must read en cette période…


« Dracula » de Bram Stoker – Éditions J’ai Lu

« Attachement Féroce » de Vivian Gornick.

contemporain, Littérature étrangère

Bien qu’il n’y ait rien de plus vrai que l’amour entre une mère et une fille, la vérité est que leurs relations ne sont pas toujours faciles. Si l’amour entre une mère et sa fille peut être harmonieux et équilibré, il existe parfois des sentiments contradictoires et contrastés qui s’invitent et déteignent sur l’histoire des deux femmes: inconsciente, fusion, projection, incompréhension, crispation voire mésentente.

Entre mère et fille se noue une relation singulière tissée de multiples liens. Cet ouvrage tiré de la véritable histoire personnelle de l’autrice, analyse l’évolution des mœurs et des liens entre une mère et son enfant : jeux de miroir, de double, de mise en abyme.

La façon dont Vivian Gornick a réussi à compiler ses souvenirs ont vraiment fait de ce livre une excellente lecture qui en tant que lectrice, vous fait réfléchir sur le lien que vous entretenez avec votre propre mère. Le style m’a fait un petit peu penser à celui de Woolf et je suis d’accord avec beaucoup de lecteurs, Vivian Gornick a bien des égards est la V.Woolf moderne.

S’il vous arrive d’avoir une relation d’amour / haine avec votre mère, ce livre peut vous faire penser qu’il est tiré de votre propre vie. La relation mère-fille décrite tout au long de ce mémoire prend un voyage dans le temps rythmé par la vie quotidienne et l’amour.

L’autrice dépeint si bien sa mère qu’on a l’impression qu’elle nous est familière. Elle est animée, ardente, passionnée, opiniâtre et surtout une femme forte et volontaire. Les mémoires décrivent la vie de la mère et de la fille en basculant du présent au passé. Tissée avec élégance, chaque histoire détaillée du passé, chargée d’émotions, est liée à la vie actuelle de l’autrice au moyen de rencontres quotidiennes avec sa mère.

Vous pouvez voir clairement, et l’autrice n’hésite pas à admettre que les qualités propres à sa mère qu’elle a observées, admirées et même détestées toute sa vie sont profondément enracinées en elle-même. La lutte entre la fille adulte qui trouve sa propre identité et se sépare de celle de sa mère est illustrée dans toutes les parties du récit.

L’histoire va de la période où la jeune fille vivait avec sa famille juive dans un vieil appartement dans les années 50 jusqu’à sa vie réussie dans les années 80 tout en maintenant une relation étroite avec sa mère, malgré leurs échanges tendus. J’ai vraiment admiré la façon dont l’histoire a été conçue dans le sens où la chronologie n’était pas complètement linéaire, mais le lecteur a toujours une compréhension claire et concise de la position de l’histoire. Tout cela a donné à l’autrice une chance de montrer comment sa relation avec sa mère s’est développée (et parfois effacée) tout en illustrant comment elle se rapporte à leur vie actuelle.

Dans son ensemble, ce livre est féministe car il catalyse de façon évidente les problématiques rencontrées par de nombreuses femmes au milieu du XXe siècle dans le monde occidental.

Tout au long du récit tandis qu’elle se concentre sur les sentiments et les expériences de la femme qui l’entoure, mais pas tant des hommes. La protagoniste mène certainement une vie indépendante en tant que femme en raison des valeurs et des croyances de sa mère. Le véritable amour, la dévotion et la détestation qui accompagnent une relation mère-fille sont visibles dans tout le texte. Bien sûr, cette relation est tout sauf idyllique mais pouvons-nous dire que toutes les relations sont parfaites ?

Et même si elle a sciemment rejeté presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde, elle a également absorbé presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde. Elle garde en elle les souvenirs du passé, ceux qui ont fait d’elle la femme qu’elle est.

Si je dois conclure, je dirais que ce livre est finalement la définition: d’être l’enfant d’un parent et d’être soi-même en dehors de ce parent, de se séparer de sa source d’origine tout en héritant également d’une grande partie de cette même source.


« Attachement Féroce » de Vivian Gornick – Éditions Rivages.

« L’amour aux temps du choléra » de Gabriel García Márquez.

classique, Littérature étrangère

L’amour aux temps du choléra de Gabriel García Márquez est une histoire d’amour qui s’étend sur des décennies et explore le sentiment dans ses nombreuses variations. Situé dans une ville des Caraïbes au cours des 50 dernières années, il s’agit de l’histoire de deux personnes dont la vie s’entrelace à travers l’amour qui les habite.

Nous sommes présentés aux personnages principaux du livre dans la première partie. Le livre nous montre le vieux docteur Juvenal Urbino retrouvant son ami décédé et se met à expliquer son caractère et ses antécédents. Cela conduit à présenter sa femme, Fermina Daza, qui est au centre de l’histoire malgré sa position apparemment périphérique par rapport à son mari. Mais à la suite d’un malheureux accident, Juvenal Urbino décède et peu de temps après les funérailles, Fermina Daza reçoit un visiteur improbable: Florentino Ariza.

Florentino Ariza est inattendu en raison du fait que Fermina Daza n’a pas pensé à lui pendant les nombreuses décennies depuis leur première rencontre. Il est révélé que Fermina Daza et Florentino Ariza ont eu une sorte de liaison à travers des lettres d’amour quand ils étaient jeunes. Bien que leur amour soit fougueux, il a été ignoré en raison de leur jeunesse et de l’enivrante passion pour Fermina. Bien que les jeunes amants étaient amoureux, elle a finalement rencontré et épousé Juvenal Urbino, laissant Florentino porter sa peine pendant plus de 50 ans sans jamais perdre espoir de la revoir.

La romance dans le roman va au delà de l’admiration qu’à Florentino envers Fermina. La passion et l’intimité sont aussi présentes entre les époux Fermina et Juvenal. Florentino Ariza cherche à oublier Fermina Daza par la promiscuité sexuelle et les affaires clandestines avec les femmes qu’il rencontre . Bien que leurs chemins se croisent en raison du chevauchement des cercles sociaux, ils n’évoquent le passé que lorsque Juvenal Urbino n’est plus présent.

Florentino suppose qu’il sait comment la vie de Fermina Daza s’est déroulée jusqu’à ce qu’ils se reconnectent dans leur vieillesse, mais nous voyons comment elle s’est réellement passée; les années de fidélité et d’infidélité (de la part de son mari), les disputes et la vie avec sa belle-mère difficile, et les éclats de bonheur momentanés sont tous cachés derrière la façade publique d’un couple heureux.

Malgré une réunion initialement mouvementée, Florentino Ariza et Fermina Daza commencent à passer du temps ensemble après la mort de son mari; il l’aime toujours et elle aime sa compagnie, mais ils sont inquiet car ils ont plus de 70 ans et à ce stade, elle se demande comment deux personnes en fin de vie peuvent être ensemble.

Comme son titre l’indique, le choléra joue un rôle dans l’histoire. Mais les thèmes de l’amour à travers les différents âges se retrouvent tout au long de ce livre. L’amour se manifeste à travers ses différentes incarnations: le jeune amour entre les adolescents, la passion physique entre ceux dans la vingtaine et la trentaine, l’infidélité, le mariage et le déclin de la passion dans la vieillesse.

La langue de García Márquez est intensément poétique et cela embellit la nature romantique de Florentino Ariza dans la quête perpétuelle de la femme qu’il aime. J’ai été extrêmement impressionnée par l’écriture de García Márquez et je ne pense pas être la premiere à admettre que j’avais une appréhension à lire ce qui pourrait être qualifié de roman d’amour (car comme vous le savez, je ne suis pas fan de ce genre d’histoire.) Après l’avoir mis longtemps de côté, j’ai sauté le pas, les nombreuses vidéos YouTube et chroniques sur bookstagram m’ont aidé à changer d’avis. Cela étant dit, je suis heureuse de l’avoir lu parce que « l’Amour aux temps du choléra » est une merveilleuse contribution au monde de la littérature.


« L’amour au temps du choléra » de Gabriel García Márquez – Éditions Grasset .

« Les Napolitains » de Marcelle Padovani

Sciences humaines, socio-économique

Dans cet essai, Marcelle Padovani nous emmène en voyage et il a choisi d’étudier les stéréotypes qui collent à la peau des Napolitains mais pas que . Elle nous rappelle que cette superbe terre bouillonnante de créativité mais atomisée par de nombreux dysfonctionnements liés à une mauvaise gestion politique,(ex: par l’épidémie de choléra de 1973 sans parler de la crise des déchets de 2011). Construite sur le flanc du Vésuve, avant de devenir la capitale de la pizza et de la Camorra, cette republique parthénopéenne a longtemps été un centre culturel rayonnant dans toute l’Europe. Pour s’imprégner de la Naples contemporaine, Marcelle Padovani s’y est installé quelque temps.

Au fil des pages, l’auteur part à la rencontre de plusieurs intervenants: sociologue au cinéaste, curé au patron anti-mafia, montrent que ce peuple est traversé par une multitude d’influences étrangères, croit aux miracles des saints et se méfie de son propre État comme de la peste. C’est un essai saisissant et objectif, cette ville nous dévoile l’envers du décor, celle qu’on ne préfère pas montrer aux touristes, cependant les Napolitains sont avant tout un peuple de passionnés, convaincus que « la mort est simplement la fin de la douleur de vivre. »

Quand on pense à Naples, on entend le célèbre « voir Naples et mourir » . Cette ville est le produit du plus formidable métissage culturel, les napolitains vivent dans un melting-pot acoustique où se rencontrent les musiques héritées de Scarlatti, du port, les cris des marchands et les traditionnelles paroles de « Feniculì, Feniculà » ils ont même appris à métisser leur cuisine. Ils ont la capacité d’assimiler et de réinterpréter l’Occident à leur façon. Avec leur funèbre sagesse, leur ironique science du savoir-vivre et leur faculté innée à transformer la souffrance en culture.

Parmi les nombreux préjugés, on imagine à tort que le napolitain est le farniente méridionale or il y a autant de gens industrieux, inventifs, sérieux, laborieux, tendus, stressés et surtout obsédés par le travail qui malheureusement fait défaut dans la métropole, encore aujourd’hui, beaucoup de jeunes partent vers le nord pour essayer de trouver un emploi .

Bien que Naples possède un magnifique bagage culturel, par son histoire, son architecture, son art… il ne faut pas nier les dysfonctionnements liés à la Camorra dont les conséquences donne l’image d’une société fragmentée .

Le napolitain ne fait plus confiance aux rouages de la citoyenneté, il évolue en « cliques». C’est d’ailleurs dans cette esprit de méfiance vis-à-vis de l’État que mûrit le « familisme amoral » (terrain de culture de l’illégalité).

« Le familisme » est une conception de la vie qui consiste à se sentir membre d’un clan, d’une famille,d’une loge, d’une mafia… mais pas membre d’une collectivité qui est, elle, vécue comme « abstraite » et qui peut s’appeler l’État.

Malgré ce sinistre bilan, certains résistent, dans le quartier de la Sanita par exemple avec ses 50 000 habitants, plusieurs dispositifs sont mis en place pour lutter de la meilleure des façons contre l’illegalisme, avec des gestes concrets plutôt qu’avec de la répression. Les arts et notamment la musique sont une manière de se réapproprier leur territoire, c’est une revanche pour beaucoup de jeunes dont la souffrance, la prison et la mort ont longtemps été le seul horizon.

Mais la question qu’on peut se poser: c’est pourquoi la capitale du Sud abrite-t-elle la plus cruelle et efficace organisation criminelle ? D’après le patron antimafia Giovanni Melillo, c’est la démographie qui offre la meilleure clé de compréhension.

« une démographie galopante qui se traduit par une offre de main-d’œuvre inépuisable et capable d’assurer un taux de rechange élevé au sein du leadership mafieux. »

Malgré le malaise social, les napolitains avec leur franc-parler, leur sens de la formule, leur façon d’être humainement et profondément du côté des humbles, convaincus que cela sont une ressource décisive pour la communauté, le véritable caractère des napolitains et leur capacité innée à transformer la souffrance en culture.

Encore un essai qui m’a beaucoup plu et m’a rapprochée de cette ville que j’aime tant. Je le conseille à tous les amoureux de Naples et qui sont désireux de connaître un petit peu plus le caractère des napolitains.


« Les Napolitains » de Marcelle Padovani – Éditions HD ateliers Henry dougier.