« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé.

contemporain, Littérature française

Appelez-le « roman historique » ou tout ce que vous voulez, c’est l’un des plus grands livres que j’ai lu qui paralyse de manière concrète la condition des esclaves noirs et surtout des femmes noires au XVIIe siècle.

Maryse Condé est une écrivaine noire guadeloupéenne qui a vécue dans un certain nombre d’îles des Antilles, de pays d’Afrique de l’Ouest, d’Angleterre, de France et des États-Unis. Elle a donné des conférences dans des universités prestigieuses sur la littérature antillaise et des sujets qui s’y rapportent, de plus elle a écrit un certain nombre de romans et de pièces de théâtre.

Dans les années 1980, Condé a trouvé des documents sur les nombreux et sordides procès des sorcières conduits dans la Nouvelle-Angleterre puritaine à la fin du XVIIe siècle, parmi eux une mention plutôt laconique d’une esclave noire Tituba de la Barbade qui était accusée de sorcellerie à Salem, puis vendu pour le prix de ses frais de prison… Bref, on en savait très peu sur Tituba.

L’histoire de Tituba commence de nombreuses années avant que l’hystérie de la sorcellerie n’atteigne le village de Salem et nous emmène bien plus loin que le Massachusetts. Dans le livre de Condé, la figure historique de Tituba est nécromanciée en une narratrice audacieuse, racontant son histoire de l’enfance à sa mort. En tant que fille d’une esclave ashanti et sous-produit du viol, le ton de l’injustice est donné dès la première phrase. Avec l’assaut qui a lieu sur le pont d’un navire baptisé « Christ The King », nous pensons que nous sommes préparés à l’hypocrisie religieuse, prêts à entendre l’iniquité exécutée sous le couvert du christianisme puritain. En toute honnêteté, nous ne sommes pas prêt . Condé nous montre la vie au 17e siècle à travers de nouveaux yeux; nous oublions ce que nous savons de la vie à une telle époque et nous sommes aussi vulnérables que notre protagoniste à chaque torsion du récit.

Maryse Conde a décidé de donner vie à Tituba, comme elle l’a dit: « une réalité qui lui a été refusée en raison de sa couleur et de son sexe » et « parce qu’un Noir est censé ne pas avoir d’autre histoire que le colonialisme. Dans un fil conducteur fascinant, par endroits ironique mais toujours très compatissant, Maryse Condé recrée l’histoire de vie complètement injuste de Tituba comme une interprétation fictive dans le meilleur format du rêve Condean sur une base historique, qui comporte une lourde composante de réalité. D’une manière presque surréaliste mais toujours très terre-à-terre, le livre propose un rappel de l’histoire américaine, « moi, Tituba sorcière… » emmène ses lecteurs dans un voyage unique à travers les yeux d’une Afro-américaine qui est la proie de l’amour, de la luxure et de la religion. Certaines des «punitions» que Tituba subit sont surprenantes et, souvent énervantes mais c’est une lecture incontournable pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemblait la vie d’une Afro-américaine pendant les procès de Salem. Ce manifeste est lié à l’injustice ou à ses formes actuelles; parallèles historiques d’exploitation, de répression et de folie pure; racisme; misogynie; féminisme noir; spiritualité; Histoire culturelle; éthique sociale.

Moi, Tituba sorcière … est un roman féministe postcolonial qui intègre de véritables archives historiques, de conversations et d’interrogatoires, souvent dans la mesure où nous, en tant que lecteurs, oublions que l’histoire de Tituba post-Salem reste non documentée. Maryse Condé romance de nombreux aspects de la vie de Tituba, afin de lui accorder une fin satisfaisante et heureuse. Le goût de Tituba pour l’amour et la romance ne fait pas oublier les liens de sororité qu’elle établit avec les femmes de son histoire, des femmes à la fois blanches et de couleur. Elle est pourtant souvent trahie par ceux en qui elle a confiance, mais cela n’endurcit pas son cœur. Cette femme est une inspiration pour nous toutes. Tituba nous rappelle que nous ne devons pas nous permettre de devenir comme ceux qui chercheraient à nous détruire au lieu de cela, nous aurons la capacité de regarder à l’intérieur de nous même et nous nous élèverons au-dessus et, ce faisant, nous saurons que la bonté prévaudra toujours.


« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé – éditions Gallimard – collection Folio.

« Mamma Maria » de Serena Giuliano

contemporain, Littérature française

Des jupes qui virevoltent, une chaleur humide, le murmure des vagues, le son des couverts qui s’entrechoquent, un café en terrasse, les rires d’une soirée d’été… Vous y êtes ? Bienvenue au cœur de la Dolce Vita Italienne. Bienvenue Chez Mamma Maria !


« Il faut des pâtes pour vivre. Il faut des lasagnes, de la friture,du gras, de l’eau de mer et du soleil. Sinon, la vie ne vaut même pas la peine d’être vécue. »


C’est dans cette ambiance « molto calda » que Maria la mamma italienne tient le bar du coin depuis plus de 40 ans, celle qui a la capacité d’écouter Celentano en boucle et de prendre soin de chacun de ses clients.

Sofia habitait Paris mais elle est rentrée au pays, depuis sa rupture avec Jérôme qui n’a jamais voulu découvrir ses racines napolitaines , à tous ces gens avec lesquels elle a grandit, à son petit coin de paradis qui lui permet d’écrire pendant des heures. La dolce vita, le Spritz, les bons petits plats italiens, tout respire le bonheur et la sérénité retrouvée pour Sofia. Jusqu’au jour où deux « invités surprise » pas vraiment attendus apparaissent au cœur de ce village, dans leurs vies à tous.


« Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est le café ? Le café est une excuse. Une excuse pour dire à un ami que tu l’aimes. »


C’est un voyage en Italie. Un roman sur le don de soi, l’amitié, la perte d’un être cher et un message fort sur la situation des migrants dans un pays où plane la montée du parti nationaliste…

Un livre chaleureux et généreux, optimiste, tendre qui dans les circonstances actuelles fait beaucoup de bien au moral, j’ai même l’impression d’être en Italie, cette Italie que j’aime tant. Parce qu’à plusieurs kilomètres de son Italie à elle, se trouve mon Italie à moi. On y trouve les mêmes vieux qui jouent en terrasse à la scopa durant des heures, les mêmes mentalités qu’on ne comprend pas toujours, des personnes aux cœurs tendre, débordent de gentillesse et de générosité. 

Une lecture tout en légèreté où vous en prendrez plein les yeux et plein le cœur et que je vous recommande pour fuir la morosité ambiante ! 

« Et puis, pour le reste, c’est à vous de partir en voyage. »


« Mamma Maria » de Serena Giuliano – Éditions Cherche mide

« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier

Littérature française, Thriller

Je ne t’oublie pas…

Il y a longtemps qu’un thriller ne m’avait pas autant captivée, il m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page. Dès les premières lignes de ce roman, on est totalement immergé dans l’intrigue et il est impossible d’en décrocher « même pas pour aller manger un bout. » L’histoire est brillamment ficelée et rédigée. L’auteur développe un style très accrocheur et donne un vrai rythme au récit , notamment en alternant brillamment les flashbacks avec le présent.

« Connaît on vraiment les personnes qui nous entourent ? »  Cette même question subsistera tout au long du récit et quand Marc Vasseur, jeune et brillant chef d’entreprise spécialisé dans la gestion de protocoles , par ailleurs socialement aisé et heureux en ménage, doit faire face à la disparition brutale et inexpliquée de son épouse, c’est tout un monde de certitudes qui s’effondre.


« Contourner, biaiser, se cacher, piéger. Porter le masque. Il ne comptait plus ces moments de solitude dans lesquels il s’enfonçait dans une profondeur si abyssale des tourments de son âme qu’il pensait bien ne plus jamais pouvoir remonter à la surface. »


Un SMS de rupture douteux, une photographie à l’expéditeur mystérieux, trois mois passés à échafauder toutes sortes d’hypothèses, le doute qui s’installe insidieusement quant au passé de Sandra, et l’univers hyper cadré de Marc va basculer dans un cauchemar sans nom.

Animé par la soif de vérité, désemparé par le désarroi grandissant de sa fille Lisa , mais épaulé par son père et par un enquêteur privé aux motivations incertaines, Marc devra remonter le fil du temps, et Au fur et à mesure les pièces du puzzle commencerons par s’assembler pour reconstituer la réalité des faits, un réel plongeon aux origines inconnues qui vont mettre en danger son intégrité physique comme celle de ses proches.

Ce roman est un véritable page-turner, je ne t’oublie pas est une histoire tellement terrifiante et malsaine que l’on se dit que ce n’est pas possible. Des scènes parfois oppressantes, mais nécessaires à l’intrigue. Un livre qui laisse des traces, et auquel on repense bien après sa lecture. 600 pages qui se dévorent en deux jours, ça va tellement vite, on s’en prend plein la tête et on en redemande en enchaînant les pages. « Juste au cas où vous hésitez encore. »


« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier – Éditions Hugo Poche.