« Le général du roi » de Daphné Du Maurier.

classique, Littérature étrangère

Chaque fois que je lis un livre de Daphné Du Maurier, j’ai l’envie frénétique d’acheter tous les ses livres actuellement disponible en librairie. J’avais d’ailleurs lu quelque part un commentaire sur l’autrice, quelqu’un disait que « quand il se mettait à lire un roman de Daphné du Maurier, Il ne pouvait s’arrêter de lire jusqu’à qu’il ne tombe de sommeil ». Je partage également ce sentiment.

Ses livres se divisent généralement en deux catégories: le suspense (comme « Rebecca » ou en fiction historique comme « le général du roi » ou quelque chose entre les deux. Dans les œuvres de du Maurier, il y a aussi un côté assez vintage que j’affectionne où le sentiment d’incertitude se ressent dans tous ses romans.


Honor Harris, 18 ans, a hâte de passer le reste de sa vie avec l’homme qu’elle aime, mais lorsqu’une tragédie survient à la veille de son mariage, le mariage n’a alors jamais lieu. Quinze ans plus tard, alors que l’Angleterre est divisée par une guerre civile qui oppose les royalistes et les parlementaires, Honor est envoyée à Menabilly où elle rencontre son amour perdu, Richard Grenvile.

Malgré ses efforts pour rester à l’écart de Richard, Honor se retrouve une fois de plus attirée par lui, mais la guerre complique les choses car la position de Richard en tant que général du roi lui a fait de nombreux ennemis. Pleinement consciente de sa position d’infirme, Honor choisit de l’aimer de toute façon et leur relation menace de devenir scandaleuse.

La relation entre Honor et Richard n’est pas ce à quoi vous pourriez vous attendre. C’est tendre et passionné, mais à aucun moment du roman ils ne consomment leur amour ni le vivent au grand jour. Au lieu de cela, tout est plus ou moins enfoui, et aucun d’eux ne veut évoquer les souvenirs douloureux du passé.


Les sequences historiques du roman sont très bien documentées, bien qu’il y ait eu des moment où je trouvais que l’intrigue tournait trop souvent autour des conflits entre royalistes et rebelles. Cela dit, a aucun moment l’autrice prend un parti pris vis-à-vis de l’un des deux camps.

D’ailleurs, j’ai vite compris que beaucoup des personnages cités dans ce livre sont inspirés de faits réels et pour le coup, j’ai eu une véritable leçon d’histoire, et dans ce cas précis, une leçon sur la guerre civile anglaise qui a sévi au XVIIe siècle.

Avec « le général du roi » nous sommes donc plongés dans la guerre civile anglaise qui met en lumière la guerre, la perte, l’amour, les désillusions et les scènes d’un point de vue cornique(origine de cornouilles).

Bien différente des autres que j’ai lues, cette perspective apporte une vision claire du décor et des horreurs de la guerre, ainsi que du chagrin et de la terreur des citoyens. 

On ne peut imaginer à quel point les temps étaient difficile à cette époque. À chaque instant, je me suis imaginée être une héroïne de cette histoire vivant avec eux les nombreux obstacles, les décisions difficiles, les émotions difficiles. Lorsque vous ajoutez à cela les combats politiques, les guerres, votre vie devient presque insupportable, quand bien même ils doivent vivre, doivent se battre, ils le font avec brio . Mes respects.

Un style impeccable, fluide et sophistiqué ! Encore un sans fautes pour daphné Du Maurier.


Merci aux éditions « Le livre de poche » pour cet envoi . De Daphné Du Maurier.

« En tenue d’Ève » de Delphine Horvilleur

essai féministe, Non classé, Sciences humaines

Dans « En tenue d’Éve », Delphine Horvilleur, femme rabbin.e développe une analyse intéressante sur le féminin dans la religion et plus précisément dans le judaïsme. Des sujets comme la pudeur, la nudité et l’obsession du corps y sont décortiqués.

Il est très rare de voir ce genre d’analyse venant d’un.e rabbin.e, ce qui rend cet essai plus captivant et légitime. Elle ose remettre en cause les textes sacrés en insistant sur le fait que le modèle de « la femme d’intérieur ou domestique » n’est pas celui qui habite les pages de la Bible. De nombreuses héroïnes bibliques s’illustrent au contraire par leur capacité à jouer un rôle public et politique. Plusieurs sont décrites comme des prophétesses dont la parole, les actes et les chants guident le peuple.

Malheureusement la littérature juive et chrétienne éditées aux premiers siècles de notre ère changent radicalement de ton à l’égard des femmes, la femme est soudain décrite autrement: comme la fauteuse de trouble, la responsable de la transgression originel.

Elle souligne le fait que pendant longtemps les textes des trois religions monothéistes n’ont été lus, édités et commentés que par des hommes, on peut imaginer ou se demander si leurs métaphores et leur langage auraient été différents si l’activité de lecture avait été mixte.


« La sacralisation du féminin est toujours un prélude élégant à sa marginalisation sociale. »


Il ne faut d’ailleurs pas oublier que dans la littérature rabbinique la première femme n’est pas Ève comme le prétend la bible, la première femme n’est autre que Lilith et pour des raisons obscures la Bible l’a répudiée. Son divorce avec Adam et sa sortie de la genèse fait d’elle une féministe revendicatrice avant l’heure.

Delphine Horvilleur évoque également sont point de vue sur le voile, pour elle, la volonté de voiler les femmes dans de nombreuses cultures sans leur consentement naît précisément de l’érotisation de leur visage et de leur tête. Il constitue surtout un marqueur social qui informe autrui de la non disponibilité de la femme couverte. Il viendrait ainsi réglementer la tentation des autres hommes. Un discours bien loin des dogmes religieux fondamentalistes. Dans sa logique, «la genèse de la pudeur véritable est une culture de la rencontre et non de l’effacement. »


« En cela, voiler l’autre pour étouffer le désir plutôt que de le susciter, et non seulement insensé mais coupable. »


La question du genre est également abordée et il est aujourd’hui essentiel d’encourager une réflexion sérieuse sur le genre au sein des traditions religieuses. Telle est la volonté de D. Horvilleur.

Dans ce livre, l’autrice porte un message courageux et non dogmatique, elle souligne le fait que les textes sacrés doivent être lus avec prudence et interpelle sur les dangers des interprétations littérales car un verset ne signifie jamais simplement ce qu’il semble signifier, et jamais il ne se réduit à son sens explicite. Pour D. Horvilleur, « il conviendrait de recouvrir les versets du voile d’une exégèse humaine capable d’évolution et de renouvellement. »

Elle nous démontre qu’il est tout à fait possible d’être féministe et religieuse car nous pouvons épouser une croyance tout en réfutant les dogmes. De continuer à véhiculer une idéologie qui constitue la voix de sortie d’une pensée religieuse monolithique. Les voix de subversion sont peut-être les meilleurs remparts contre la perversion d’un discours fondamentaliste impudent et impudique dont nous sommes encore si souvent témoins ou victimes.


« En tenue d’Ève » de Delphine Horvilleur – Éditions Grasset.

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« Chez soi » de Mona Chollet.

Sciences humaines, sociologie

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité, et qui avec le temps, apprennent à s’accommoder stoïquement des sarcasmes de leurs proches. »


Pour certaines personnes, il peut être difficile d’être casanier.e. En plus de ne pas vous sentir à l’aise lorsque vous sortez, vous devez aussi résister à la pression de vos amis qui vous invitent à sortir en permanence. Ainsi, les personnes casanières se sentent souvent honteuses ou ont l’impression qu’elles ont un problème.

Dans cet essai, Mona Chollet a décidé de revaloriser l’espace domestique, c’est en quelques sorte « une ode à l’entre-soi ou au quant-à soi ». Une lecture qui décomplexe sur le fait d’être casanier.e et de s’en satisfaire.

Aimer rester chez soi c’est s’affranchir du regard des autres, cependant cette façon de s’esquiver du contrôle social suscite chez beaucoup de gens même «ouvert d’esprit » une inquiétude obscure qui s’accompagne de réflexions malvenues.

Elle prend l’exemple du lecteur a qui l’on rétorque « arrête de lire! Sors et vis! » Un certains mépris qui nous a valu d’être catégorisé comme « des rats de bibliothèque ». Un fond irréductible d’intolérance et d’anti-intellectualisme .

Notre intérieur est notre refuge. Il contient tous nos biens et nos souvenirs. C’est un espace personnalisé dans lequel on se repose, on se nourrit et on s’aime. Qu’il soit petit ou grand, notre intérieur est à notre image. Pour toutes ces raisons, notre logement est notre point de repère dans notre quotidien et dans nos vies, et certaines personnes ont besoin de cette stabilité au quotidien.

Et dans la vision où nous sommes enfermés, Notre maison doit nous protéger, nous dissimuler, nous assurer du bien-être et nous offrir un minimum de surface sociale qui permet une forme d’expression, cependant ce n’est pas le cas pour grand nombre de Français qui compte 200 000 de sans-abri (2019).

En France, on considère le temps comme une chose inerte, et préjudiciable, il faut qu’il soit rempli, occupé ou utilisé. Et c’est totalement l’incompréhension à laquelle se heurte les casanier.e.s. Nous vivons donc dans une société qui favorise la mentalité utilitariste dont le temps doit être rentabilisé, cela donne naissance à une sorte d’obsession de l’utilité systématique. L’obsession de la rentabilité, le repli sur soi, l’amertume, dominent majoritairement les relations sociales.

En fait, ce qui pourrait permettre de mieux vivre et donc de se libérer de ces injonctions extérieures ce heurte aux intérêts de ce qui tirent profit du système actuel.

Elle aborde aussi le fait que Les femmes subissent une stigmatisation particulière. Selon laquelle une femme seule est « incomplète et inachevée », de plus dans notre société patriarcale, les taches ménagères sont souvent associées aux femmes au foyer, une sorte de « culture du ménage » qui est transmise de mère en fille… Connaissant les écrits de Mona Chollet, il était évident qu’elle étudie l’espace domestique sous son angle féministe.

Dans ce livre on retrouve une exploration de toutes les dimensions de notre relation à notre habitat, selon le plan que voici :

La mauvaise réputation : « Sors donc un peu de cette chambre ! »

Une foule dans mon salon : de l’inanité des portes à l’ère d’internet

La grande expulsion : pour habiter, il faut de l’espace

A la recherche des heures célestes : pour habiter, il faut du temps

Métamorphoses de la boniche : la patate chaude du ménage

L’hypnose du bonheur familial : habiter, mais avec qui ?

Des palais plein la tête : imaginer la maison idéale

Encore un essai extrêmement bien documenté et sourcé qui étudie avec justesse des sujets engagés et universels. Mona Chollet, une valeur sure.


« Chez soi » de Mona Chollet – éditions Zones.

« La vie devant soi » de Romain Gary – Émile Ajar

classique, Littérature française

En 1975, Romain Gary était un auteur glamour bien connu, mais vieillissant. Gary avait envie d’un nouveau départ et a décidé de publier un roman sous le nom d’emprunt d’Émile Ajar. « La vie devant soi » a remporté le Prix Goncourt et pour la deuxième fois, il fut récompensé par ce prix, ce qui en vertu des règles de ce concours est officiellement impossible. Pour mettre un visage sur le pseudonyme, il a fait appel à un proche qui n’est autre que son cousin, Paul Pavlowitch, Ce n’est que des années plus tard, lorsque la note de suicide de Gary a été trouvée, que la vérité sur l’un des plus grands canulars littéraires a émergé.

« La vie devant soi » de Romain Gary ou plutôt d’Émile Ajar est une histoire déchirante racontée par Momo, un immigré arabe âgé de dix ans vivant en France. Momo, qui vit chez Madame Rosa(ex prostituée reconvertie en nounou), a vu des choses qu’aucun enfant de dix ans ne devrait voir, un enfant bien trop mature pour son âge. Un roman Sombrement comique et merveilleusement émouvant.

C’est dans un appartement au dernier étage dans un quartier ombragé de Paris, que Madame Rossa s’occupe d’enfants démunis, tous enfants de prostituées. Les règles du chaos. «Quand nous étions nerveux ou que nous avions des pensionnaires sérieusement dérangés», explique Momo, Madame Rosa prenait simplement des tranquillisants. «Elle était morte pour le monde en ces jours tranquilles, et je serais chargé de les empêcher de mettre le feu aux rideaux.»

Le monde vu à travers les yeux de Momo est un endroit déroutant, mais il n’est pas naïf loin de là et, d’une manière charmante et enfantine, il a sa propre vision de voir le monde qui l’entoure.

Ce que Momo, âgé de 10 ans, n’a pas dans l’éducation formelle, il le compense largement par sa sagesse.

Momo passe ses journées à errer dans les rues à rêver, à voler si nécessaire, mais surtout à essayer de survivre. Les trafiquants de drogue et les proxénètes l’entourent comme des requins. Lentement, Madame Rosa commence à perdre ses cheveux et son esprit, et son fidèle Momo va mettre tout en œuvre pour lui donner un peu de joie et de bonheur.

La vie devant soi est parsemée de personnages colorés tels que Monsieur N’Da Amédée, le plus grand proxénète noir de tout Paris  », le sage et attentionné vendeur de tapis Monsieur Hamil qui a appris à Momo tout ce qu’il sait  » et Madame Lola la voisine travestie qui travaille au bois de Boulogne.

En plus d’être un portrait sombre et drôle d’un enfant immigré orphelin , « La vie devant soi » est une critique cinglante du traitement que la France a réservé aux immigrés, aux pauvres et aux personnes âgées. C’est un livre qui traite des questions de l’intégration, la précarité des minorités et de l’acharnement thérapeutique, un récit à la fois déchirant et réconfortant; , une lecture insolite, drôle et émouvante, où l’on passe du fou rire aux larmes.

Je comprends aujourd’hui pourquoi la vie devant soi est un classique très apprécié par la communauté bookstagram. Il fait partie des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois.


« La vie devant soi » de Romain Gary – Emile Ajar – éditions Folio

« Le combat continue » de Roberto Saviano

Sciences humaines, Sociologie

Les récits de ce livre sont le fruit du travail de l’auteur pour une émission de télévision italienne . Des années d’investigations et de dénonciations sur les malversations et la criminalité organisée dans un état qui prône l’omerta.

Cependant, malgré des audiences encourageantes, malgré les retombées financières inespérées , la chaîne publique RAI, n’a pas reconduit la deuxième édition, c’est donc sur une chaîne privée que « vieni via con me » sera diffusée.

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est de comprendre à quel point les pouvoirs publics ont un impact sur la télévision italienne, finalement elle reflète le malheur du pays, elle est forte pour nous proposer des programmes médiocres « style la télé réalité » mais quand il s’agit de traiter les problèmes de fond, elle préfère utiliser le mécanisme de la censure et de la diffamation.

Il nous explique combien il lui a été difficile en tant qu’écrivain de passer à la télévision. Il a pourtant réussi à relever ce défi, tant son rôle de journaliste lui tient à cœur.

Ce sont 8 chapitres, correspondant à 8 thèmes choisis, qui affligent l’Italie d’aujourd’hui, le tout illustré par l’histoire de personnes courageuses et honnêtes, qui se battent continuellement contre ce système corrompu.

De plus, Ce que j’ai découvert et qui ne m’a absolument pas surprise, est que la France joue un rôle essentiel dans le crime organisé, elle est devenue un carrefour de la drogue. C’est un pays qui est inondé par l’argent de la drogue mais malheureusement pour des raisons difficiles à comprendre, elle investit très peu dans la lutte contre les organisations criminelles. Les politiques se focalisent sur la micro criminalité ou une criminalité organisée mais non mafieuse sur le problème des banlieues par exemple, une société complètement aveugle qui ignore le problème criminel car elle ne le perçoit pas comme une urgence sociale. Un certain laxisme où il n’existe aucun contrôle sur l’argent recycler, qui est part la suite introduit dans le système bancaire.

L’Italie en revanche est depuis longtemps déchirée entre ceux qui veulent éradiquer la Mafia et ceux qui la protègent. C’est un combat féroce.

Depuis le début Saviano a l’ambition de raconter une Italie rarement montrée en télévision, qui en réalité est majoritaire, celle qui a envie de redessiner cette terre et de la reconstruire et de dire au monde qu’ils ne sont pas tous pareils, que la différence consiste à savoir se tromper sans être corrompu. posséder des faiblesses tout en refusant le chantage et les pressions. De retrouver confiance en cette démocratie et en la justice.

On a d’ailleurs souvent accusé Roberto Saviano de diffamer sa terre natale simplement parce qu’il parle de ses contradictions. Or comme il le dit si bien: « celui qui raconte son propre pays ne se livre pas à la diffamation il le défend. Raconter signifie redessiner c’est un premier pas vers l’action, car les mots ont des conséquences, vouloir empêcher les mots signifie vouloir empêcher l’action. » Finalement, c’est peut-être la meilleure façon de lutter et de ne pas subir un système oppressif et corrompu.

Et à ce jour, il n’a toujours pas abandonné, courageux et agissant avec beaucoup d’abnégation pour continuer son combat.


« Le combat continue » de Roberto Saviano – Éditions Robert Laffont.

« Attachement Féroce » de Vivian Gornick.

contemporain, Littérature étrangère

Bien qu’il n’y ait rien de plus vrai que l’amour entre une mère et une fille, la vérité est que leurs relations ne sont pas toujours faciles. Si l’amour entre une mère et sa fille peut être harmonieux et équilibré, il existe parfois des sentiments contradictoires et contrastés qui s’invitent et déteignent sur l’histoire des deux femmes: inconsciente, fusion, projection, incompréhension, crispation voire mésentente.

Entre mère et fille se noue une relation singulière tissée de multiples liens. Cet ouvrage tiré de la véritable histoire personnelle de l’autrice, analyse l’évolution des mœurs et des liens entre une mère et son enfant : jeux de miroir, de double, de mise en abyme.

La façon dont Vivian Gornick a réussi à compiler ses souvenirs ont vraiment fait de ce livre une excellente lecture qui en tant que lectrice, vous fait réfléchir sur le lien que vous entretenez avec votre propre mère. Le style m’a fait un petit peu penser à celui de Woolf et je suis d’accord avec beaucoup de lecteurs, Vivian Gornick a bien des égards est la V.Woolf moderne.

S’il vous arrive d’avoir une relation d’amour / haine avec votre mère, ce livre peut vous faire penser qu’il est tiré de votre propre vie. La relation mère-fille décrite tout au long de ce mémoire prend un voyage dans le temps rythmé par la vie quotidienne et l’amour.

L’autrice dépeint si bien sa mère qu’on a l’impression qu’elle nous est familière. Elle est animée, ardente, passionnée, opiniâtre et surtout une femme forte et volontaire. Les mémoires décrivent la vie de la mère et de la fille en basculant du présent au passé. Tissée avec élégance, chaque histoire détaillée du passé, chargée d’émotions, est liée à la vie actuelle de l’autrice au moyen de rencontres quotidiennes avec sa mère.

Vous pouvez voir clairement, et l’autrice n’hésite pas à admettre que les qualités propres à sa mère qu’elle a observées, admirées et même détestées toute sa vie sont profondément enracinées en elle-même. La lutte entre la fille adulte qui trouve sa propre identité et se sépare de celle de sa mère est illustrée dans toutes les parties du récit.

L’histoire va de la période où la jeune fille vivait avec sa famille juive dans un vieil appartement dans les années 50 jusqu’à sa vie réussie dans les années 80 tout en maintenant une relation étroite avec sa mère, malgré leurs échanges tendus. J’ai vraiment admiré la façon dont l’histoire a été conçue dans le sens où la chronologie n’était pas complètement linéaire, mais le lecteur a toujours une compréhension claire et concise de la position de l’histoire. Tout cela a donné à l’autrice une chance de montrer comment sa relation avec sa mère s’est développée (et parfois effacée) tout en illustrant comment elle se rapporte à leur vie actuelle.

Dans son ensemble, ce livre est féministe car il catalyse de façon évidente les problématiques rencontrées par de nombreuses femmes au milieu du XXe siècle dans le monde occidental.

Tout au long du récit tandis qu’elle se concentre sur les sentiments et les expériences de la femme qui l’entoure, mais pas tant des hommes. La protagoniste mène certainement une vie indépendante en tant que femme en raison des valeurs et des croyances de sa mère. Le véritable amour, la dévotion et la détestation qui accompagnent une relation mère-fille sont visibles dans tout le texte. Bien sûr, cette relation est tout sauf idyllique mais pouvons-nous dire que toutes les relations sont parfaites ?

Et même si elle a sciemment rejeté presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde, elle a également absorbé presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde. Elle garde en elle les souvenirs du passé, ceux qui ont fait d’elle la femme qu’elle est.

Si je dois conclure, je dirais que ce livre est finalement la définition: d’être l’enfant d’un parent et d’être soi-même en dehors de ce parent, de se séparer de sa source d’origine tout en héritant également d’une grande partie de cette même source.


« Attachement Féroce » de Vivian Gornick – Éditions Rivages.

« Le choc amoureux » de Francesco Alberoni.

Sciences humaines, sociologie

Le choc amoureux du sociologue Francesco Alberoni est un essai qui vous fait réfléchir. Une lecture intelligente et cultivée.

Il apporte des expériences, des pistes de réflexions sur les mécanismes de l’état amoureux en posant l’hypothèse audacieuse qu’il s’agit d’une révolution collective à deux.

On sait que la sociologie est parfois faite d’hypothèses plus ou moins bizarres. Sur ce coup-ci, on planche sur la question suivante.

« Qu’est-ce que tomber amoureux? C’est l’état naissant d’un mouvement collectif à deux. » Tomber amoureux- comme tous les mouvements collectifs, se joue dans le registre de l’extraordinaire « L’ordinaire lui s’apparente à la faim et à la soif, une relation uniforme et qui dure dans le temps de façon linéaire. »

Eh bien oui: tomber amoureux est assimilé à un mouvement révolutionnaire. Paraphrasant un passage de Durkheim présent dans le premier chapitre du livre, dans un mouvement collectif, l’homme s’abandonne au joug des forces extérieures qui l’amènent à épouser pleinement une cause, désintéressée de lui-même.


« L’eros est une forme révolutionnaire même si elle se limite à deux personnes. »


Le livre examine non seulement les raisons de l’association dans le mouvement amoureux-collectif, mais rapporte également une représentation précise de l’amour, avec de nombreuses références à l’expérience concrète d’un couple. En fait, la transformation de tomber amoureux se reconstruit, c’est-à-dire le passage de l’émotion irrépressible des premiers mois à l’institution (la consolidation du couple) à travers un projet partagé, mais aussi les renoncements qui sont faits pour continuer même lorsque qu’une relation s’est dégradée . Et une fois n’est pas coutume, nous parlons bien entendu de passion, de jalousie … et tout ce qui peut venir à l’esprit sur le sujet.

L’aspect que je trouve le plus intéressant est la certitude avec laquelle Alberoni affirme ses vérités. Cette façon de traiter les sujets rend l’introspection plus convaincante ou douloureuse. Parfois, vous sentez que vous soutenez pleinement sa thèse, d’autres fois, vous souhaitez le contredire, dans d’autres situations, vous interprétez, effectuez, recherchez ou simplement endurez.

L’idée la plus audacieuse se révèle peut-être dans le rétablissement d’une vision romantique de l’amour, qui ne peut se matérialiser sans un amour ivre à la base. Un amour tout sauf utilitaire et fonctionnel, et en synthèse extrême qui ne vise pas d’abord à une volonté de fonder une famille. (Ce qui est une vision très manichéenne de l’amour à mon sens).L’amour devient une intuition dangereuse qui s’affirme comme une sorte de révolution sociale.

Alberoni nie la chute de l’amour décrite comme « une sorte de folie » (Erich Fromm) ou « un état d’imbécillité temporaire » (Ortega y Gasset), qui soutient la composante émotionnelle, mais la dépouillant de tout sens péjoratif.

L’explosion de sentiments et de passion se déroule en présence d’un obstacle, avec des références littéraires qui suscitent une grande fascination: Roméo et Juliette, séparés des familles dans un conflit amer, ou le très malchanceux Werther del Goethe, submergé par un amour impossible. Les obstacles se trouvent souvent dans le caractère et les différences expérientielles.

En conclusion, la chute de l’amour du grand professeur Alberoni allie érudition et « romantisme », dans une lecture convaincante et stimulante.


« Le choc amoureux de Francesco Alberoni – Éditions Pocket.

« Anima » de Wadji Mouawad.

contemporain, Littérature française

Anima est un livre d’une grande originalité qui regroupe de courts chapitres dont les noms sont énigmatiques car ils sont représentés par des noms d’animaux sous la forme latine et scientifique. Chaque passage est raconté par le prisme de l’animal qui se retrouve sur toutes les scènes du roman.

La narration n’est donc pas établie par des humains. Les animaux sont des témoins décrivant les scènes de façon objective, sans savoir réellement les interpréter, sans savoir par quoi les personnages sont passés précédemment et sans savoir ce qu’il va leur arriver par la suite. Le protagoniste n’est donc vu qu’à travers leurs yeux, épisode après épisode, animal après animal.

L’intrigue commence lorsqu’un soir, wahhch Debch découvre le corps de sa femme, assassinée dans d’horribles circonstances et de façon ignoble. En état de choc, il décide par la suite de savoir qui est à l’origine de ce meurtre. Renseigné par la police sur l’identité du tueur, wahhch décide de se lancer à sa poursuite. Une quête qui débute dans une réserve indienne au Canada et qui se poursuivra aux États-Unis.

En somme ce petit extrait peut vous faire penser à un simple thriller contemporain et bien détrompez-vous. Je n’ai jamais lu un thriller où l’omniprésence de la violence est si forte (violences physiques, pulsions meurtrières, bestialité, cruauté…). Une lecture lourde et oppressante accompagnée d’une légère perversion. Cela dit, j’ai été surprise par la qualité du texte, une belle écriture séduisante avec beaucoup de poésie dans chaque chapitre.

J’ai compris en lisant ce roman que wahhch n’a aucune connaissance sur ce qu’il est, notamment sur son identité. Il a pendant longtemps procédé par un évitement de ses souvenirs en mobilisant une énergie incroyable pour oublier son enfance, comme si ça n’avait jamais existé. À bien des égards, le meurtre de sa femme Leonie a au contraire renforcé ses traumatismes, la douleur du passé s’est mêlée à celle du présent en créant une dissociation, au point qu’il est presque délibérément schizophrène pour endurer la douleur qu’il s’inflige. C’est précisément cette peine qu’il traîne avec lui, une douleur quasi animale, silencieuse, imprégnée depuis l’enfance, cette émotion qui ne sera comprise que par les créatures qu’il rencontre (chat,chien,corbeau, moufette…).

Plus qu’un simple roman, ce livre dénonce la marchandisation des animaux, il interroge notre rapport avec eux. N’oublions pas que l’histoire a montré les ravages que l’être humain a pu faire autrefois sur les espèces animales, dont certaines étant menacées sont désormais considérées comme protégées.

Suite à la montée du capitalisme et de la mondialisation, nous avons vu l’émergence d’une véritable société de consommation, mais plus généralement l’appropriation d’entités naturelles et d’espèces animales, faisant des animaux-exotiques des animaux-objets, les privant de leur liberté dans leur état naturel.

Ce livre m’a aussi encouragée à m’enquérir sur la situation politique et sociale des autochtones dans cette partie de l’Amérique. J’ai appris ce qu’était la loi d’intégration canadienne. Visant clairement à assimiler les amérindiens entre 1879 et 1996. Des dizaines de milliers d’enfants amérindiens ont fréquenté des pensionnats qui visait à leur faire oublier leur langage et leur culture, certains, parfois nombreux ont subi des sévices, de plus, le terme de « génocide culturel » a souvent été prononcé.

Pour conclure, c’est un roman que j’ai reposé à plusieurs reprises tant les scènes de violences étaient insoutenable.

Dans ce livre on explore la noirceur de l’âme humaine et tout ce qu’il y a de pire en nous. L’histoire du protagoniste est dure à lire car elle fait référence aux massacres de sabra et Chatila (Deux camps de réfugiés palestiniens).

En bref cette lecture n’est pas pour les âmes sensibles, vous voilà maintenant prévenus.


« Anima » de Wadji Mouawad – Éditions Actes Sud.

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé.

contemporain, Littérature française

Appelez-le « roman historique » ou tout ce que vous voulez, c’est l’un des plus grands livres que j’ai lu qui paralyse de manière concrète la condition des esclaves noirs et surtout des femmes noires au XVIIe siècle.

Maryse Conde est une écrivaine noire guadeloupéenne qui a vécue dans un certain nombre d’îles des Antilles, de pays d’Afrique de l’Ouest, d’Angleterre, de France et des États-Unis. Elle a donné des conférences dans des universités prestigieuses sur la littérature antillaise et des sujets qui s’y rapportent, de plus elle a écrit un certain nombre de romans et de pièces de théâtre.

Dans les années 1980, Condé a trouvé des documents sur les nombreux et sordides procès des sorcières conduits dans la Nouvelle-Angleterre puritaine à la fin du XVIIe siècle, parmi eux une mention plutôt laconique d’une esclave noire Tituba de la Barbade qui était accusée de sorcellerie à Salem, puis vendu pour le prix de ses frais de prison… On en savait très peu sur Tituba.

L’histoire de Tituba commence de nombreuses années avant que l’hystérie de la sorcellerie n’atteigne le village de Salem et nous emmène bien plus loin que le Massachusetts. Dans le livre de Condé, la figure historique de Tituba est nécromanciée en un narrateur audacieux, racontant son histoire de l’enfance à sa mort. En tant que fille d’une esclave ashanti et sous-produit du viol, le ton de l’injustice est donné dès la première phrase. Avec l’assaut qui a lieu sur le pont d’un navire baptisé « Christ The King », nous pensons que nous sommes préparés à l’hypocrisie religieuse, prêts à entendre l’iniquité exécutée sous le couvert du christianisme puritain. En toute honnêteté, nous ne sommes pas prêt . Condé nous montre la vie au 17e siècle à travers de nouveaux yeux; nous oublions ce que nous savons de la vie à une telle époque et nous sommes aussi vulnérables que notre protagoniste à chaque torsion du récit.

Maryse Conde a décidé de donner vie à Tituba, comme elle l’a dit: « une réalité qui lui a été refusée en raison de sa couleur et de son sexe » et « parce qu’un Noir est censé ne pas avoir d’autre histoire que le colonialisme. Dans un fil conducteur fascinant, par endroits ironique mais toujours très compatissant, Maryse Condé recrée l’histoire de vie complètement injuste de Tituba comme une interprétation fictive dans le meilleur format du rêve Condean sur une base historique, qui comporte une lourde composante de réalité. D’une manière presque surréaliste mais toujours très terre-à-terre, le livre propose un rappel de l’histoire américaine, « moi, Tituba sorcière… » emmène ses lecteurs dans un voyage unique à travers les yeux d’une Afro-américaine qui est la proie de l’amour, de la luxure et de la religion. Certaines des «punitions» que Tituba subit sont surprenantes et, souvent énervantes mais c’est une lecture incontournable pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemblait la vie d’une Afro-américaine pendant les procès de Salem. Ce manifeste est lié à l’injustice ou à ses formes actuelles; parallèles historiques d’exploitation, de répression et de folie pure; racisme; misogynisme; féminisme noir; spiritualité; Histoire culturelle; éthique sociale.

Moi, Tituba sorcière … est un roman féministe postcolonial qui intègre de véritables archives historiques, de conversations et d’interrogatoires, souvent dans la mesure où nous, en tant que lecteurs, oublions que l’histoire de Tituba post-Salem reste non documentée. Maryse Condé romance de nombreux aspects de la vie de Tituba, afin de lui accorder une fin satisfaisante et heureuse. Le goût de Tituba pour l’amour et la romance ne fait pas oublier les liens de sororité qu’elle établit avec les femmes de son histoire, des femmes à la fois blanches et de couleur. Elle est pourtant souvent trahie par ceux en qui elle a confiance, mais cela n’endurcit pas son cœur. Cette femme est une inspiration pour nous toutes. Tituba nous rappelle que nous ne devons pas nous permettre de devenir comme ceux qui chercheraient à nous détruire au lieu de cela, nous aurons la capacité de regarder à l’intérieur de nous meme et nous nous élèverons au-dessus et, ce faisant, nous saurons que la bonté prévaudra toujours.

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé – éditions Gallimard – collection Folio.

« Le Prince » de Nicolas Machiavel.

classique, Littérature étrangère

Vous devez tuer le renard, brûler la rose, assassiner l’homme d’affaires au cas où l’un d’eux essaie de prendre le contrôle de votre principauté. Il n’y a pas de temps pour être gentil! À la fin de la journée, sachez qu’il vaut mieux être craint qu’aimé si vous ne pouvez pas être les deux. Néanmoins, gardez à l’esprit le chapitre 23.

L’Italie des années 1500 était une terre triste et découragée de guerres constantes, de morts, de destructions, de trahisons politiques, d’aristocrates avides essayant d’agrandir leurs petits États italiens mais aussi d’invasion par des troupes étrangères venant de France, d’Espagne, et de Suisses, des dirigeants renversés et tués, des armées qui marchent continuellement, des villes pillées, des incendies flamboyants, des mercenaires massacrant des innocents, la peste se propageant, seuls les sages, les forts et les chanceux peuvent demeurer …, à la Renaissance Niccolò Machiavelli était un homme politique prospère et un diplomate astucieux de la Florence volatile, jusqu’à ce qu’il y perde du pouvoir et de l’influence dans un pays qu’il aimait tant. 500 ans après la publication de ce petit livre brillant mais controversé, des aspects de son contenu seront reconnus par le public moderne, un nouvel adjectif vient le jour, celui de: machiavélique … « pour tromper les gens par des méthodes insidieuses et manipulatrices. » Et sachant à quel point les hommes sont perfides, ses écrits deviennent célèbre, Le Prince se base sur l’histoire vraie du rusé César Borgia, le fils illégitime du pape Alexandre VI mais pas que…

« Les hommes sont des créatures misérables »… « Il vaut mieux être craint qu’aimé »… « N’essayez jamais de gagner par la force ce qui peut être gagné par la tromperie »… a déclaré Machiavel.

Il connaissait le cœur des princes mieux que personne. Après avoir vu César Borgia et discuté longuement avec lui, il est devenu un de ses admirateurs (bien conscient de tout son mal, de l’homme sanglant qu’il était, cela pouvait être pardonné en ces temps) … il pensait que cet homme pouvait apporter la paix dans son pays natal notamment par la conquête … chasser la faute, les soldats étrangers, unir à nouveau l’Italie …

Le Prince, encore largement lu est un livre assez important sur les voies du monde, raconté par un homme qui a été impliqué pendant cette époque turbulente … cet écrivain voulait donner au lecteur italien l’espoir d’un avenir meilleur et plus prospère …

C’est un traité majeur qui a influencé plusieurs dirigeants politiques à travers l’histoire. Machiavel est encore largement considéré comme le père de la politique moderne à condition d’enlever toute trace de théologie et de moralité à ses œuvres.

Donc, il y a beaucoup de concepts qui devraient rester dans le livre et quelques-uns que vous pouvez appliquer aux circonstances quotidiennes. Il fournit ce que vous attendez, si vous voulez savoir comment avoir et garder le pouvoir pour vous, peu importe la personne que vous écrasez, et tout cela en utilisant un langage assez simple. C’est un petit livre facile à comprendre, la notion d’atteindre la gloire, le pouvoir et la survie, peu importe à quel point vous devez être immoral … ce n’est pas difficile à comprendre.

Cruauté, méchanceté, immoralité; toutes ces choses apparemment nécessaires pour atteindre la grandeur, toutes imprimées il y a longtemps sous la forme d’un petit livre, juste comme ça … D’un point de vue tordu, parfois, c’est presque un peu drôle.

En bref, c’était une excellente re lecture

« Le prince » de Machiavel – Éditions Gallimard, collection Folio classique