« Manuel de guérilla à l’usage des femmes » de Sylvie Brunel .

Autobiographie

« Le manuel de guérilla à l’usage des femmes » est une ode à la liberté féminine de plus de 40 ans. 

Un essai qui sonne le glas de la revanche, ou du moins une volonté de raconter sa vérité. Elle nous explique ces 30 dernières années de bon et loyaux services aux côté de l’homme qui fut son mari. Sylvie Brunel alterne à la fois, épisodes autobiographiques et considérations générales sur le devenir de certains couples quand monsieur s’en va refaire sa vie avec une jeunette.

Il y a deux thèmes bien distincts dans ce livre.

D’une part, une description très intéressante de la psychologie et du parcours personnel d’Eric Besson l’ex-mari de l’autrice, un homme obnubilé par son action politique et totalement infidèle. 

D’autre part, une démonstration qui vise à s’intéresser sur nos sociétés occidentales soit disant évoluées mais qui pour le coup ont encore beaucoup de chemin à parcourir en termes d’égalité hommes femmes. Simplement nous ne nous en rendons pas compte car nous avons totalement intériorisé les traitements différenciés entre les deux sexes et cela depuis toujours. l’exemple du traitement de la ménopause par l’industrie pharmaceutique et du corps médical est très frappant, certains dialogues m’ont particulièrement choqué dans ce livre, notamment le discours d’une patiente pré-ménopausée avec son gynécologue.


« Réponse du médecin: Mieux vaut un cancer que la ménopause. Un cancer au moins, ça se soigne. »


Finalement, elle met les femmes en garde contre la dictature qui s’exerce insidieusement, à travers les diverses représentations d’elles même qu’on leur propose et qui tendent à les maintenir en position de faiblesse. Cependant ne vous attendez pas à un essai philosophique ou sociologique sur l’étude du féminisme car dans ce livre Sylvie Brunel ne fait qu’exprimer ses points de vue personnels et ses ressentis.


« Manuel de guérilla à l’usage des femmes » de Sylvie Brunel – Éditions Grasset .

« Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

essai féministe, Sciences humaines

À mes sœurs, chères sorcières, 

C’est un livre que toutes les femmes devraient lire pour se rappeler quelles ont la liberté de choisir leur vie. De s’affranchir de toutes les conditions sociales et d’assumer leur choix sans avoir besoin de les justifier. En tant que féministe, ce livre n’a fait que confirmer mes idéologies et ma vision du monde. Je savais pertinemment que j’étais dans le vrai mais parfois la société a le pouvoir de remettre toutes vos certitudes en questions, au point même de me demander si en tant que femme, « je suis à la hauteur ». Avoir un peu d’ambition et aspirer à quelque chose de différent, vous me direz c’est quelque chose de normal et pourtant, nous vivons dans une société où la femme n’a pas beaucoup de place. Cependant, aujourd’hui le mouvement #Metoo a bousculé les codes sociaux, il remet l’égalité des femmes sur la table et il est temps pour nous mes sœurs de nous réapproprier notre espace et faire entendre nos voix.

Dans cet essai, Mona chollet fait le lien entre les sorcières d’antan et les femmes actuelles, elle démontre à quel point s’affranchir des constructions sociales est une tache ardue. Celles qui s’opposent aux schémas habituelles de la femme-mère est jugée, condamnée à l’humiliation, l’exil ou pire encore la mort ! Finalement qu’est-ce qui différencie les femmes libres d’aujourd’hui aux sorcières de l’histoire? Absolument rien, de nos jours, l’état n’organise plus d’exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libre s’est en quelque sorte privatisée.

La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations; Elle est un idéal vers lequel tendre, Elle montre la voie. Elle est celle qui terrifie le patriarcat, celle qui ne se marie pas, qui n’a pas d’enfants et qui est socialement indépendante. En bref c’est d’être l’égale de l’homme. Pendant longtemps les sorcières étaient représentées comme de vieilles femmes laides, sales… De par leur isolement et leur indépendance ont leur reprochés d’user de (pouvoirs maléfiques qui seraient responsables de tous les maux de la société). Tous les prétextes étaient bons pour justifier les pires ignominies (lynchages, viols, tortures, condamnations à mort) ces années de terreur et de propagande témoignent clairement d’une aliénation psychologique profonde des hommes envers les femmes.


« Des siècles de haine et d’obscurantisme semblent avoir culminé dans ce déchaînement de violence, né d’une peur devant la place grandissante que les femmes occupaient alors dans l’espace social. »


On se rend bien compte que peu de chose ont changé. Entre la société mainstream d’aujourd’hui et celle des chasses aux sorcières, il n’y a qu’un pas. Parmi les accusées de sorcellerie, on révèle une sur présentation des célibataires et des veuves, c’est-à-dire de toutes celles qui n’étaient pas subordonnées à un homme ce qui a permis de préparer la division sexuée du travail requise par le capitalisme, en réservant le travail rémunéré aux hommes et en assignant les femmes à la mise au monde et à l’éducation de leur future main-d’œuvre. D’ailleurs cette assignation dure jusqu’à aujourd’hui: Les femmes sont libres d’avoir des enfants ou pas… à condition de choisir d’en avoir. Celles qui n’en souhaitent pas sont parfois assimilées à des créatures sans cœur, obscurément mauvaises, malveillantes à l’égard de ceux des autres.

Finalement on nous dit que « la liberté de choix dont nous sommes censées disposer est ainsi largement illusoire ». Cette légitimité fragile, nous poussera à nous demander, dès que quelque chose ira de travers dans notre vie si la cause de notre infortune ne tient pas à notre absence de descendance. Le fameux « tu le regretteras un jour » ou « tu es égoïste » comme si on faisait un enfant par altruisme,c’est du délire, je n’ai jamais compris ce genre de raisonnement.

De plus, Mona Chollet révèle une bien triste vérité, celle du dégoût qu’on a pour la femme vieillissante. On dit souvent que le vieillissement et la mort sont tabous dans notre société; sauf que c’est seulement le vieillissement des femmes qui est cachés. De plus les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir, d’autant plus, on observe que la différence d’âge est en faveur des hommes dans les couples, cette conception est profondément inscrite dans les mœurs ce qui pousse les femmes à paraître éternellement jeune (teintures capillaires, chirurgie esthétique…) Finalement, les femmes sont condamnées à vivre dans les faux-semblants et la honte d’elles-mêmes .


« De même, une amie me suggérait il y a peu que, si elle ne supportait pas l’idée de voir sa mère avec les cheveux blancs, c’était peut-être parce que cela l’amenait à penser à la mort. Mais qui pense à la mort en voyant Richard Gere ou Harrison Ford ?».


On remarque également que dans cette société, les capacités intellectuelles sont paralysées. On assigne aux femmes et aux hommes des domaines de compétences très différents, (le savoir pour les hommes et les taches subalternes pour les femmes) là encore le sexisme se manifeste sur tous les bouts de l’échelle sociale. Il faut savoir que la médecine était détenue par les femmes qui par la suite a été réquisitionné de force par les hommes. Cependant ces dernières années, en France, les blogs et les réseaux sociaux ont fait marcher la question de la maltraitance médicale notamment dans le milieu gynécologique. On commence tout doucement à mesurer à quel point les préjugés sur les femmes nuisent à leur prise en charge médicale. Et malheureusement j’en sais quelque chose, ayant une endométriose, il m’a fallu des années pour être prise au sérieux par le corps médical, une double peine qui démontre encore une fois la domination des hommes sur les femmes.

À lire absolument, de même que les femmes, les hommes sont également invités à lire ce livre pour comprendre les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la société, d’évaluer la place qu’ils prennent et celle qu’ils laissent aux femmes.


« Sorcières: La puissance invaincue des femmes – Editions Zones