« Les démons » de Fiodor Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« Les démons » est le sixième roman de Fiodor Dostoïevski publié en 1871 – 1872. Ce livre est l’un des romans les plus politisés de Dostoïevski, il a été écrit sous l’impression des germes de mouvements terroristes et radicaux parmi les intellectuels russes… L’idée initiale de l’intrigue était le cas du meurtre de l’étudiant Ivan Ivanov qui a provoqué une grande résonance dans la société, conçu par S.G Netchaïev afin de renforcer son pouvoir dans le cercle terroriste révolutionnaire. Cette histoire reflète le phénomène de la vie politique du pays, qui a étonné tout le monde et qu’on appelle le «néchaevisme».

La situation de l’intrigue de ce roman est donc basée sur un fait historique réel. Le 21 novembre 1869, près de Moscou, S. G. Netchaïev le chef de l’organisation révolutionnaire secrète « Répression du peuple », et quatre de ses complices – P. G. Uspensky, A. K. Kuznetsov, I. G. Pryzhov et N. N. Nikolaev – ont décidé d’assassiner I. Ivanov, un étudiant de l’Académie agricole de Petrovsk.

Au cours du processus d’écriture, l’idée et l’intrigue de l’œuvre sont devenues beaucoup plus compliquées. La polémique des héros-idéologues a poursuivi la ligne amorcée dans le roman « Crime et châtiment » Les Démons sont devenus l’une des œuvres les plus importantes de Dostoïevski, un roman de prédiction, un roman d’avertissement.

« Les Démons » est l’un des nombreux romans anti-nihilistes russes , qui examine de manière critique les idées libérales, y compris athées, qui occupaient l’esprit des jeunes de cette époque.

Dostoïevski habille ses réflexions sur le sort de la Russie et de l’Occident, du symbolisme évangélique. La maladie de la folie qui a balayé la Russie est avant tout une maladie de l’intelligentsia russe, emportée par le faux européisme et ayant perdu les liens du sang avec son sol natal, son peuple, sa foi et sa moralité.

Cependant, Dostoïevski croit fermement que la maladie qui touche la Russie est temporaire. La Russie renouvellera moralement l’humanité européenne malade avec la « vérité russe » Ces idées sont clairement exprimées dans l’épigraphe évangélique aux Démons, dans l’interprétation de son auteur, du texte évangélique.

La première moitié consiste en un long monologue sur un homme âgé, Stepan Verkhovensky, deux fois veuf et sa riche patronne, Varvara Petrovna Stavrogina, vivant une relation ambiguë de vingt ans, tour à tour humoristique et curieuse. Le narrateur sans nom dit au lecteur que cela mène à quelque chose qui, compte tenu de la longueur, est une bonne chose, mais cela semblait tout de même long.

La seconde moitié du roman ne pourrait pas être plus différente de la première et c’est une bonne raison de persister. Deux générations opposées presque polaires sont présentées. Celui de Stepan et Varvara et celui de leurs enfants, Piotr Stepanovich Verkhovensky, fils de Stephan et Nikolai Vsevolodovich Stavrogine fils de Varvara. Ici, l’intrigue passe de la narration à l’action. Il y a de la violence et beaucoup de sang versé. On apprend aussi la raison du titre. Comme souvent avec Dostoïevski, cela vient de l’Écriture. Dans ce cas, de l’histoire de Jésus guérissant l’homme possédé. Marc 5:1-20

Dostoïevski cherche à révéler ses héros principalement dans les disputes idéologiques et les polémiques ; ainsi, des scènes entières sont esquissées sous forme de dialogues illustrant des affrontements idéologiques entre l’occidentalisateur Granovsky, ce « libéral qui a involontairement inspiré une génération de nihilistes » et l’étudiant Chatov, le religieux souverainiste.

Dostoïevski voit ici les raisons de l’immaturité mentale et morale de la jeunesse d’aujourd’hui dans une mauvaise éducation familiale, où « l’insatisfaction, l’impatience, la vulgarité de l’ignorance, le manque de respect ou l’indifférence à la patrie et dans le mépris moqueur du peuple. »

« pourquoi y a-t-il eu tant de meurtres, de scandales, d’infamies ? Il répondit, j’ai d’une voix brûlante, précipitée : pour ébranler systématiquement les bases: ruiner systématiquement la société et les principes; pour démoraliser les gens, tout transformer en masse informe… »p362

Son message politique dans ce livre était assez clair « méfiez-vous des groupes organisés qui aspirent à la destruction » surtout quand il y a des hommes qui feront tout leur possible pour atteindre leur objectif. Un roman plus que prémonitoire par rapport au monde d’aujourd’hui, en particulier l’individu face aux systèmes corrompus, le mouvement vers l’anarchie et la rébellion, et les réseaux de pouvoir qui lient tous les individus à leurs sociétés oppressives, peu importe à quel point ils s’efforcent de se libérer de ces restrictions.

Un incontournable pour tous les amoureux de la littérature et un véritable témoignage du talent de Dostoïevski, non seulement pour divertir mais provoquer sa conscience à plonger dans un tourbillon d’idées. Je recommande vivement la traduction faite par André Markowicz.


« Les démons » de Fiodor Dostoïevski – aux Éditions Actes Sud, collection Babel.

« Dostoïevski » Virgil Tanase

biographie

Dostoïevski, dont la biographie révèle les secrets de la formation de sa pensée littéraire particulière, est l’un des meilleurs romanciers du monde. Féru de l’âme humaine, penseur profond, romancier sincère, Dostoïevski a écrit sur le spirituel et l’obscurité chez l’homme. Ses romans ont été influencés par sa propre vie mais aussi par la presse relatant des complots criminels.

Car Dostoïevski est avant tout un conteur de la réalité, tous ce qu’il voit, entend et lit est une source d’inspiration. Notamment les faits divers qui lui inspirent des personnages torturés et complexes.

Le moins que l’on puisse dire en effet est que ses personnages n’incarnent pas la modération: cynisme, outrancier, suicide, folie, militantisme révolutionnaire exacerbé et terrorisme.

Des êtres navigant entre sainteté et folies ayant pour but de développer des débats intellectuels d’une Russie politiquement déchirée.

« S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ce qui l’ignorent pour un de ses romans. Tant le héros, paradoxal et aux agissements surprenants se trouve pris dans la tourmente d’histoires si invraisemblables qu’elles semblent inventées. »

C’est peu dire, la vie de Dostoïevski est loin d’être un long fleuve tranquille. Un destin hors du commun. La mort prématurée de sa mère qu’il avait tant aimé, l’assassinat de son père. Les déboires de son adolescence et les humiliations que lui avaient fait subir ses confrères. Les mois passés au bagne dans les geôles de la forteresse Saint-Pierre et Paul, de sa condamnation à mort et du simulacre d’exécution. Les souffrances et les amertumes de la déportation expliquent en partie son premier mariage incongru avec une femme méchante et capricieuse qui rendait la vie de Dostoïevski insupportable. Sans compter, les décès prématurés de son frère adoré et de ses deux enfants. On pourrait épiloguer longtemps sur la vie de l’auteur, un homme qui a également souffert d’addiction – le démon du jeu l’a habité pendant une longue période de sa vie.

Dostoïevski a supporté au cours de sa vie les souffrances les plus atroces et les plus insurmontables. Le bagne a pour lui était un événement traumatique qui a entièrement changé sa vision des choses et notamment sa vision du libéralisme et de l’Occident. Il a des mots très durs envers la jeunesse occidentalisée qui selon lui agite des idées nihilistes: il la qualifie « d’inculte, veule, concupiscente et mondaine », il n’épargne pas non plus les révolutionnaires, il les accuse de vouloir détruire la paix universelle par le feu et la violence. Qui selon lui est la définition même du nihilisme et du vide.

« il est indispensable et inévitable d’avoir la conviction de l’immortalité de l’âme humaine… faute de foi en son âme et en l’immortalité de cette âme l’existence de l’homme est contre nature, inconcevable et intolérable. »

Il se définie comme un socialiste traditionnel russe. Une sorte d’union sacrée du politique et du religieux, L’autocratie et de l’orthodoxie, bannissant les idées nauséabondes du libéralisme occidental.

On peut dire aujourd’hui avec objectivité que le travail de l’écrivain a eu un impact énorme sur toute la littérature mondiale, de nombreux philosophes et écrivains ont par la suite reconnu l’influence du travail de Fiodor Dostoïevski sur leur vision du monde. Presque personne d’autre ne pouvait révéler et montrer si habilement la mystérieuse âme humaine. Dans ses œuvres, l’auteur considère que les questions morales ne peuvent devenir obsolètes au fil des siècles. Parce que certaines questions de choix moral se posent à toute personne au cours de sa vie. Les œuvres et les héros de Dostoïevski peuvent servir, sinon de miroir direct de sa propre âme.

Je le répète, la vie de Fiodor Dostoïevski a été pleine d’événements tristes et tragiques, l’écrivain a dû endurer beaucoup de chagrin et de perte. Malgré toutes les difficultés de la vie, Dostoïevski a réussi à devenir un écrivain célèbre même de son vivant. Malheureusement, il n’a jamais réussi à s’enrichir de son métier et a vécu plutôt modestement jusqu’à la fin de ses jours. La grande particularité de cet homme était le dévouement. Cela s’est reflété dans tous les domaines de sa vie. Des opinions politiques prononcées (modifiées à plusieurs reprises), des histoires d’amour et, surtout, la littérature, son art le plus précieux. Cette biographie présente des faits intéressants de la vie de Dostoïevski mais aussi des détails croustillants du destin et du chemin créatif de l’écrivain.

Après cette lecture, je me suis sentie plus proche de l’homme et de l’écrivain, je ne lirai plus ses œuvres de la même façon. Si comme moi vous êtes fan de Dostoïevski, je vous recommande ce livre .

« Les carnets du sous-sol » de Fiodor Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« Les carnets du sous-sol » est un ouvrage qui a largement influencé la littérature du XXe siècle (On pense à Camus). Cette œuvre a également été saluée par Freud et Nietzsche, ce dernier s’est inspiré de ce récit pour faire naître le concept du ressentiment avec l’espoir d’en sortir par la volonté du surhomme.

C’est dans cette histoire, dont le héros, un fonctionnaire à la retraite, soumet sa confession au jugement du lecteur, dont les idées existentialistes ont été découvertes pour la première fois. Faisant preuve d’un esprit et d’un courage extraordinaire, cet anonyme de Saint-Pétersbourg examine sa propre conscience, sa propre âme.
Il est incapable de se réconcilier avec la réalité et éprouve de la « culpabilité » pour l’ordre mondial imparfait qui cause la souffrance. Vivant en enfer dans une complète aliénation, ravagé d’amour propre, il détruit consciemment le bonheur qu’il lui était offert.

« Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout: ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête – ni un héros ni un insecte. Maintenant que j’achève ma vie dans mon trou, je me moque de moi-même et je me console avec cette certitude aussi bilieuse qu’inutile: car quoi, un homme intelligent ne peut rien devenir – il n’y a que les imbéciles qui deviennent. »

Dans le sous-sol psychologique et méprisant du monde des vivants, il pose des questions existentielles: qu’est-ce qu’une personne et quel est son but? Il proteste contre la bonté et la connaissance, contre une croyance inconditionnelle dans le progrès de la science et de la civilisation, et aime se torturer et torturer les autres.

« D’où vient que vous êtes si fermement, si triomphalement persuadés que seul le positif et le normal – bref, en un mot, le bien-être – sont dans les intérêts des hommes ? Votre raison ne se trompe-t-elle pas dans ses conclusions ? Et si les hommes n’aimaient pas seulement le bien-être ? Et s’ils aimaient la souffrance exactement autant ? Si la souffrance les intéressait tout autant que le bien-être ? »

L’enfer du sous-sol est d’abord un enfer mental que l’auteur a vécu dans l’enfer du bagne en Sibérie, éloigné du monde, isolé du reste de l’humanité, il développe un intérêt pour les souffrances du peuple russe. Mais l’enfer de Dostoïevski c’est aussi le démon du jeu qui le conduit à s’endetter lourdement pendant de longues années échappant de peu à la prison.

Dans cette histoire philosophique, il y a également une approche sur l’essence humaine, la nature de nos désirs, sur la relation entre la raison et la volonté. Dans la première partie, le héros, un « homme souterrain », dépourvu de nom et de prénom, se dispute avec des adversaires imaginaires et réels, réfléchit sur les raisons profondes des actions humaines, sur le progrès et la civilisation. Dans la deuxième partie, la théorie cède la place à la pratique: le héros parle d’un dîner amical scandaleux et de son voyage dans un bordel, où il rencontre la prostituée Lisa.

Par un examen presque clinique de la conscience de cette homme, Dostoïevski nous pousse volontairement ou involontairement à questionner notre propre conscience. On ne peut qu’admirer l’habileté psychologique de Dostoïevski et sa connaissance de l’âme russe. En lisant la confession de ce fonctionnaire, nous sommes imprégnés d’une profonde hostilité à son égard, mais avec horreur nous reconnaissons en lui les traits qui se trouvent dans les lieux les plus sombres de notre esprit. Tout au long de la lecture, je me suis demandé si les lecteurs seraient horrifiés par cette personne ? Et pourtant malgré mon aversion pour le personnage, je me suis reconnue en partie en lui. Et cette constatation est assez effrayante.

Cette histoire pourrait être considérée comme une description d’un cas clinique avec des symptômes évidents et variés de manie de persécution. Mon intérêt pour elle se limite à la recherche de style. Les thèmes de Dostoïevski, ses stéréotypes et ses intonations sont présentés ici de la manière la plus vivante.

J’en conclus que ce livre vous donne matière à réfléchir sur l’image que vous avez de vous même et sur le monde, n’ayez pas peur de creuser, de pousser la réflexion, d’aller au plus profond de vous-même. Il sera absolument impossible de ne pas le faire après avoir lu ce livre.


« Les carnets du sous-sol » de F.Dostoïevski aux Éditions Actes Sud – Collection Babel

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski

classique, Littérature étrangère


« Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. »

La description par Dostoïevski des tragiques frères Karamazov et du meurtre de leur père suscite des questions sur la souveraineté de Dieu, la place de la souffrance dans notre monde, la dépravation humaine et la rédemption par la douleur.(ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de l’auteur qui se retrouve dans à peu près tous ses livres.)

J’avais décidé de lire ce livre en 2015 après avoir lu « crime et châtiment » qui a été pour moi une révélation, j’ai développé par la suite un grand intérêt pour la littérature post-révolutionnaire Russe (mais ça tout le monde le sait). Je dirais pour commencer, qu’il y a des sections de ce livre où les questions théologiques sont si profondes et si bien traitées que le lecteur sent qu’il doit les lire plusieurs fois pour en ressentir pleinement leur force.

« Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »

Qui, après avoir lu ce livre, peut oublier Fiodor Karamazov, l’irresponsable père ? Ou Ivan, le fils rationaliste froid qui a abandonné sa croyance en Dieu? Ou Dmitri, le fils bien intentionné, prisonnier de ses propres désirs ? Et bien sûr, Aliocha, le bon fils qui a confiance en Dieu mais qui est impuissant à arrêter le meurtre de son père? Et ce ne sont que les Karamazov. Les descriptions de Dostoïevski de Katerina, Grushenka, Père Zosima et Smerdyakov: le serviteur de Fyodor et qui serait son enfant illégitime.

Le meurtre de Fyodor, et le procès subséquent de son fils aîné Dmitri (« Mitya »), est l’intrigue principale, mais le meurtre ne se produit en fait qu’à mi-chemin, et le procès, à l’apogée, n’est pas vraiment un mystère , parce que Dostoïevski nous a déjà dit qui était le meurtrier et a télégraphié quel serait le résultat du procès. Donc, appeler les frères Karamazov un « mystère du meurtre » n’est pas vraiment exact. Le meurtre est la partie la moins intéressante du livre – Dostoïevski passe la première moitié à construire tous les personnages, à établir leurs relations et à rendre le meurtre presque inévitable.


« Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles.
»

Les frères Karamazov ne sont pas pour les faibles de cœur. Il est parfois difficile à lire. À d’autres moments, son histoire est captivante. Et, comme toujours dans les œuvres de Dostoïevski, la profondeur de la pensée derrière le questionnement philosophique est ce qui distingue le livre. Si vous avez le temps de lire et que vous aimez la littérature classique, achetez le et lisez tout. « Le joueur » peut aussi être une bonne entrée pour commencer Dostoievski.

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski – Éditions (le classique de poche) Le livre de poche .

« Le joueur » de Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« L’âme russe, excessive, tourmentée, idéaliste, qui l’incarne mieux que Dostoïevski, cette œuvre fut un parie contre le temps, lui qui joua toute sa vie sur un tapis vert et rouge . »


Dostoïevski, joueur lui-même nous livre à travers son alter ego Alexei, un excellent récit sur l’addiction : il aborde avec clairvoyance et cruauté l’univers du jeu au XIX siècles. « Le joueur » est un court roman qui mêle le goût du risque et l’amour à en perdre la raison.

L’histoire se passe à Roulettenbourg ville imaginaire d’Allemagne. Dans cette ville thermale nous suivons un jeune précepteur russe Alexei travaillant pour le compte d’un général et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina.

Autour de cette famille gravite : mademoiselle Blanche une femme vénale, qui n’a qu’une seule idée en tête : le mariage avec le général, le timide Astley, jeune et riche anglais amoureux de Paulina in fine ami d’Alexei et sans oublier le soi-disant aristocrate français « Des Grieux » qui s’avérera être un redoutable usurier.

Alexei est éperdument amoureux de Paulina. Une relation ambiguë oscillant entre amour et haine ; Mais celle-ci ne cesse de le manipuler et de le mépriser, de plus elle semble par ailleurs éprise du jeune marquis français n’ayant pas de bonne intention à l’égard de la jeune femme.

Le récit devient réellement intéressant avec l’arrivée de la grand-mère de Paulina, bien loin de la mort qu’on lui pressentait, elle ira jouer tout son argent et perdra tous ses gains par la suite. Un revers de situation bien ironique qui mettra en doute toutes les perspectives de cette famille.

Dans cette tension diabolique, Alexei sera lui aussi entraîné par l’emprise des jeux d’argent, d’abord pour les autres et après pour lui-même, il cultivera cette fascination du hasard qui finira par faire vaciller son avenir.

« Le joueur » c’est finalement la confession d’un homme tiraillé entre deux folies : l’argent et l’amour, un roman autobiographique qui nous entraîne dans la frénésie du jeu.

Encore une fois, Dostoïevski nous surprend par la force de son écriture, il hypnotise.

En dépit de la radicalité de ses idées, Dostoïevski est tout sauf un auteur dogmatique. À l’image de Raskolnikov dans « Crime et Châtiment », sa vie a été marquée par des étapes spirituelles contradictoires et déchirantes.

Un livre à lire absolument pour tous ceux qui veulent débuter avec Dostoïevski.

Dostoïevski « le joueur » Éditions : Le Livre de Poche Traduction: C.Andronikof et A de Couriss

« Crime et châtiment » de Dostoievski

classique, Littérature étrangère

Je commencerai ce tout premier article en vous parlant « non sans humilité » de ma plus grande histoire d’amour littéraire. Le premier livre qui m’a donné le goût de la littérature post-révolutionnaire russe.

Je m’étais attaquée à ce monstre sacré de la littérature «  Crime et châtiment » il y a de cela plus de 6 ans ; Ce livre est un classique, un indispensable, une anthologie même.

Par ailleurs, Nietzsche disait de lui [F. Dostoievski] « qu’il était le seul à lui avoir appris sur la psychologie humaine ». Il va vous falloir une bonne dose de motivation, remonter les manches, inspirer un bon coup et préparer le café car vous allez faire face à la plus belle œuvre littéraire jamais écrite.

Au cours de cette lecture, l’auteur nous imprègne dans l’histoire d’un homme tourmenté [Raskolnikov] et d’une époque sous tension, celle d’avant la révolution russe. D’ailleurs, la question sociale est omniprésente dans ce livre, l’injustice, la pauvreté, le dérangement psychique et la prostitution avérée. Dostoïevski a vraiment tenu à nous dépeindre chaque détail comme si cela avait toute son importance.

Cela est une évidence car comment pourrait-on comprendre un tel geste, celui de la déraison.

Une existence d’étudiant misérable qui peine à vivre dignement jour après jour et qui petit à petit se construit une personnalité et une théorie dans laquelle tous ses délires sont permis même le meurtre. 

« La conviction que tout, même la mémoire, même la simple faculté de raisonner était en train de l’abandonner. »

L’absence totale de réalité qui fera de lui un homme vaniteux, insensible, manipulateur, nihiliste. 

« Le seul fondement d’une morale vraie est l’intérêt bien compris ; la conduite de l’individu ne dépend que des conditions qui lui sont faites : proposez à quiconque un avantage, et il est capable d’agir loyalement et noblement. »

Dans ce récit, vous remarquerez que les personnages masculins ont été beaucoup plus travaillés que les personnages féminins (un choix astucieux selon moi), c’est donc avec beaucoup d’attention et de suspense qu’on assistera à un duel entre Rodia et le juge d’instruction Porphyre.

Par chance, il échappera à de nombreuses reprises aux recherches de la police. 

Noyer dans ses tourments Rodia pourra compter sur Sonia, la jeune prostituée, tout aussi maudite que lui sauf que Sonia est une sainte qui vit dans une réalité bien vivante. Elle lui ordonnera par la suite d’aller se livrer après lui avoir lu « l’Évangile de la résurrection de Lazare. »

Plus tard dans le récit, il acceptera d’aller se rendre non sans remords.

« La conclusion que le crime n’avait pu être commis que dans un état de dérangement mental temporaire, dans une sorte de monomanie maladive du meurtre et du vol, sans but plus lointain et sans calcul intéressé. »

Il s’était décidé au crime par suite de son caractère faible et irréfléchi, irrité, de plus, par les privations et les échecs.

S’il avait honte, c’était que lui, Raskolnikov, se fût perdu si aveuglément et sottement, qu’il dût s’humilier et se soumettre devant « l’absurdité » de cette sentence. »

Le crime a été rapide, le châtiment va être complexe et long. Raskolnikov, va connaître le remords et la renaissance seulement parce que le jour où il a demandé publiquement pardon à la terre et au peuple, il a accepté de souffrir.

Quand Sonia lui rendit visite au bagne (Sibérie) :

« un bonheur infini brilla dans ses yeux ; Elle avait compris, il ne pouvait plus y avoir de doute pour elle : il l’aimait, il l’aimait sans bornes, enfin était arrivé cette minute…

Ils auraient voulu parler, mais ne le pouvaient point. Des larmes briller dans leurs yeux. Ils étaient tous deux pâles et maigres ; mais dans ces visages pâles et malades rayonnait déjà l’aube d’un avenir rénové, d’une résurrection totale à une nouvelle vie. L’amour les avait ressuscités. Le cœur de l’un renfermait des sources infinies de vie pour le cœur de l’autre. »

Sans nul doute, Dostoïevski a le don de creusé au plus profond de l’âme humaine.

Vous l’aurez compris, j’ai été très admirative sur les questionnements philosophiques que pose cette œuvre. Celui de la morale et de la notion du bien et du mal, le nihilisme, la culpabilité et l’importance du pardon…

C’est pour moi une grande satisfaction d’avoir eu l’opportunité de lire ce livre dans la grande famille des plus beaux classiques.

« crime et châtiment » de Dostoievski.
Editions Flammarion.
Traduction et présentation
par Pierre Pascal.