« Femmes, race et classe » d’Angela Davis.

essai féministe, Sciences humaines

Dans cet essai, Angela Davis propose une histoire lisible et incisive des intersections de la race (en particulier des Noirs), du sexe et de la classe à travers l’histoire américaine depuis l’esclavage. C’est une exposition de l’intersectionnalité près d’une décennie avant que le terme ne soit inventé. Quiconque s’intéresse à l’histoire du mouvement des femmes aux États-Unis, ou à l’histoire des noirs, devrait absolument lire ce livre.

Davis se concentre sur la manière dont les groupes marginalisés ont été opposés les uns contre les autres. Les femmes blanches du mouvement pour le suffrage des femmes, par exemple, se sont engagées dans une rhétorique raciste dans le but de garantir que les femmes (blanches) obtiennent le droit de vote avant les Noirs. C’était le cas même pour beaucoup, comme Susan B Anthony et Elizabeth Cady Stanton, qui avaient soutenu l’abolition. Afin de faire appel aux électeurs racistes, les suffragettes blanches ont même soutenu que donner aux femmes le droit de vote augmenterait la proportion de Blancs votant et limiterait le pouvoir politique des Noirs.


Frederick Douglass aux suffragettes blanches: « Quand on arrachera les femmes à leur maison, simplement parce que ce sont des femmes; quand on les pendra à des réverbères; quand on leurs enlèvera leurs enfants pour leur écraser la tête sur le trottoir; quand on les insultera à tous les coins de rue; quand elles risqueront à tout moment de voir leurs maisons incendiées s’effondrer sur leur tête; quand on interdira l’entrée des écoles à leurs enfants, alors il sera urgent de leur octroyer le droit de vote. »


Elle nous offre également une analyse sur le mouvement pour le contrôle des naissances qui se repose sur une idéologie raciste associé à l’eugénisme, « L’amendement Hyde de 1977 justifie davantage la pratique forcée de la stérilisation, concernant les femmes pauvres et racisées » une pratique qui ne défend en rien le droit individuel des gens de couleur, cela révèle une stratégie plus que douteuse sur les réels intentions du gouvernement. Cette campagne fut tout simplement utilisée pour appliquer la politique démographique raciste et impérialiste du gouvernement américain.

Mais Davis propose également de nouveaux héros à apprécier, pour la plupart ignorés par les histoires classiques, comme les sœurs Grimke ainsi que Sejourner Truth et Prudence Crandall. Et certaines figures bien-aimées, comme Frederick Douglass, Ida B.Wells et Mary C.Terrell en ressortent encore plus inspirantes.

Davis est certes communiste et même si ses positions politiques me mettent parfois mal à l’aise quant à sa complaisance à l’égard des régimes communistes telle que l’URSS et Cuba (des régimes répressifs à l’encontre des homosexuels et des mouvements féministes) j’étais tout de même intéressée d’apprendre à quel point elle n’est pas utopique. En parlant de l’économie des travaux ménagers, elle est beaucoup plus préoccupée par les possibilités réalisables pour améliorer la vie des femmes que par des solutions parfaites qui correspondent au dogme marxiste. Qui selon moi est une caractéristique sous-discutée de l’intersectionnalité (ainsi que d’autres analyses multidimensionnelles, comme le pluralisme des valeurs): s’engager à scruter le monde sous des angles multiples, parfois contradictoires, fournit un contrôle naturel sur toute tendance totalisante. Qu’on se le dise, Davis est une radicale par définition, mais son accent sur des questions concrètes mérite qu’on s’intéresse à ses écrits même en étant anti radical.

Finalement, vous ne savez jamais vraiment ce que signifie l’oppression jusqu’à ce que vous lisiez des histoires réelles de personnes qui ont traversé ces épreuves. J’ai aimé lire comment les femmes qui se battaient pour l’émancipation des femmes se sont également battues pour la liberté des personnes de couleurs , mais cela m’a aussi attristé de voir combien d’entre elles avaient été manipulées pour croire que la cause noire n’était que secondaire. Ce livre est révélateur et j’ai hâte de lire d’autres œuvres d’Angela Davis. Sa façon d’écrire est captivante et directe, elle vous montre la dure réalité de la vie dans un pays qui garde encore les stigmates d’un obscur passé.


« Femmes, race et classe » d’Angela Davis – des femmes Antoinette Fouque

« En finir avec la culture de viol » de Noémie Renard

essai féministe, Sciences humaines

Un livre que tout le monde devrait lire pour s’éduquer sur les comportements et les réflexions à ce sujet car malheureusement beaucoup de Français ont une réelle méconnaissance sur les mécanismes du viol et les conséquences graves que cela peut avoir sur la victime. Cet essai m’a fait comprendre qu’ont a encore beaucoup de travail à faire pour évoluer les mentalités et permettre aux victimes de ne plus avoir honte.(Cette même honte doit changer de camp)

Noémie renard nous propose une réflexion fondamentale pour alimenter le débat qui parcourt notre société, cette féministe a pris conscience des inégalités persistantes entre hommes et femmes, dans cet essai, elle nous livre des études sur le genre dans toutes les disciplines anthropologique, sociologique et historique. Elle nous aide à comprendre la culture du viol dans son ensemble, de par les stéréotypes de mythes, le laxisme judiciaire ou encore les nombreuses coercitions conjugales et économiques… elle démasque également les leviers de la domination masculine dans le domaine de la sexualité afin que notre société puisse combattre ce système patriarcal oppressif.

Le viol, c’est de la violence, de la domination, de l’humiliation, mais sous une forme sexualisée.

L’expression « culture du viol » est née dans les années 1970 aux États-Unis au sein du mouvement féministe radical. Il désigne une culture(dans le sens de l’ensemble des valeurs des modes de vie et des traditions d’une société) dans laquelle le viol et les autres violences sexuelles sont tolérés.

En France la culture du viol est assez présente notamment dans les stéréotypes et les mythes qui entourent la sexualité selon l’idée que les hommes ont une sexualité active et les femmes une sexualité passive « dominant-soumise » (qui n’a pas en tête le best-seller 50 nuances de grey) Or, l’idée que la sexualité féminine est intrinsèquement passive peut servir de justification aux violences et à la subordination sexuelles, ce phénomène n’est pas seulement présent dans les films mais aussi dans la pornographie et dans les nombreuses publicités ou clips musicaux. Malheureusement les images montrant les femmes en tant qu’objets sexuels suggèrent qu’elles peuvent avoir tendance à rendre davantage sexistes et tolérants aux violences sexuelles du moins chez une partie des consommateurs.

Évidemment dans ces circonstances, on peut se demander où se positionne le consentement. Le consentement est avant tout une réponse à une avance mais dans le cas de coercition graduelle où la victime est soumise au chantage par ex: le fait de profiter d’une personne dans le besoin pour obtenir un acte sexuel peut être qualifié de coercition économique. Beaucoup de femmes peuvent accepter un rapport sexuel non parce qu’elles le désirent mais pour éviter de subir les conséquences négatives d’un refus ou parce qu’elles s’y sentent obligées. (Peur d’être abandonnée par son compagnon, peur d’être virée…) il est donc urgent dans notre société de redéfinir le terme du consentement qui n’est pas seulement une acceptation mais l’expression de volonté et du désir. La France à la différence du Canada de l’Australie ou encore de la Nouvelle-Zélande est un pays en retard en ce qui concerne la reconnaissance du viol par le système judiciaire, car de nombreuses plaintes sont envoyées en correctionnelle et non aux assises. Cela veut dire que le viol est encore considéré comme un délit et non comme un crime . C’est pour cela que les féministes se battent pour veiller à ce que la qualification criminelle du viol soit retenue est poursuivie devant les cours d’assises.

Il est important de dire que les violences sexuelles ne peuvent être analysées que de manière indépendante, elles prennent aussi racine dans un système social inégalitaire(notamment entre les femmes et les hommes et entre enfants et adultes).

La lutte contre la culture du viol doit s’inscrire dans une bataille plus large contre les inégalités sociales et économiques, la valorisation des orientations sexuelles, la répartition des tâches domestiques, L’éducation des enfants…

vous l’aurez compris, il est important de s’éduquer sur le sujet, cela doit passer par les pouvoirs publics pour sensibiliser les jeunes à la sexualité et au consentement, cela passe également par chacun et chacune d’entre nous, Ressentir de l’empathie envers les victimes, ne fermer pas les yeux, Écoutez-les et renseignez-les en transmettant le bon numéro (SOS viols par exemple)… car c’est à nous de faire changer les choses et d’améliorer la situation pour un monde plus sûr.


« En finir avec la culture du viol » de Noémie Renard – éditions Les petits matins