«Un féminisme décolonial» de Françoise Vergès.

essai féministe, Sciences humaines

Françoise Vergès est une militante anticoloniale et antiraciste, qui affirme une fidélité aux luttes des femmes du Sud, tout en soutenant l’idée qu’il faut dépatriarcaliser les luttes révolutionnaires, une lutte entrepris depuis des siècles par une partie de l’humanité pour affirmer son droit à l’existence.

Plus généralement on peut confirmer que le féminisme décolonial appartient à la branche plus connue sous le nom de « Un féminisme intersectionnel. »

L’intersectionnalité permet d’intégrer les différences entre les femmes, permettant d’aller au delà de la notion même de féminisme. Ce prisme offre aussi un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme et le racisme et par extension, le sexisme et le classisme, le sexisme et l’homophobie, le sexisme et la transphobie au sein du féminisme.

Cet essai sociologique est une critique des féministes du sud globale et de leurs alliées du Nord sur le genre. Elle pointe le doigt sur le féminisme civilisationnel (féministe universaliste) qui selon elle entreprend la mission d’imposer au nom d’une idéologie des droits des femmes une pensée unique qui contribue à la perpétuation d’une domination de classe, de genre et de race.

Pour ce faire, elle fait défiler une série d’événements qui, depuis le prisme de son regard décolonial, acquièrent de nouvelles dimensions interprétatives. L’autrice met ainsi en lumière le revers d’une histoire révélant la structuration de ce capitalisme impérialiste, qui ne peut être qu’à la fois et simultanément raciste et patriarcal.

Ce que les féministes intersectionnelles(féminisme décolonial) reprochent aux féministes universalistes(féminisme blanc) sont qu’elles sont non seulement complices mais actrices de l’impérialisme, du «capitalisme racial», du néolibéralisme, du «racisme structurel», de la xénophobie, de l’islamophobie, du néocolonialisme, aveugle à la «colonialité» indifférent aux «racisé.es» dans le meilleur des cas, agent de leur oppression le plus souvent.

Dans cet essai on peut retrouver également plusieurs exemples dont: une analyse de l’usure des corps des femmes racisées assignées au nettoyage des centres impérialistes – invisibilisées en dépit de leur rôle central dans la reproduction du capitalisme occidental – et de l’externalisation des dégâts corporels et écologiques (et des inégalités de santé et environnementales).

Le but d’un féminisme décolonial n’est pas d’intégrer certaines femmes dans un système néolibéral qui exploite les individus et décide des conditions plus ou moins vivables de leurs existences : le but est une critique et un combat contre ce système au nom de relations effectivement justes pour toutes et tous. Un essai très instructif qui m’a permis de déconstruire certaines idées préconçues du féminisme ou d’une partie du féminisme.


« Un féminisme décolonial » de Françoise Vergès – Éditions La fabrique .