« Le combat continue » de Roberto Saviano

Sciences humaines, Sociologie

Les récits de ce livre sont le fruit du travail de l’auteur pour une émission de télévision italienne . Des années d’investigations et de dénonciations sur les malversations et la criminalité organisée dans un état qui prône l’omerta.

Cependant, malgré des audiences encourageantes, malgré les retombées financières inespérées , la chaîne publique RAI, n’a pas reconduit la deuxième édition, c’est donc sur une chaîne privée que « vieni via con me » sera diffusée.

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est de comprendre à quel point les pouvoirs publics ont un impact sur la télévision italienne, finalement elle reflète le malheur du pays, elle est forte pour nous proposer des programmes médiocres « style la télé réalité » mais quand il s’agit de traiter les problèmes de fond, elle préfère utiliser le mécanisme de la censure et de la diffamation.

Il nous explique combien il lui a été difficile en tant qu’écrivain de passer à la télévision. Il a pourtant réussi à relever ce défi, tant son rôle de journaliste lui tient à cœur.

Ce sont 8 chapitres, correspondant à 8 thèmes choisis, qui affligent l’Italie d’aujourd’hui, le tout illustré par l’histoire de personnes courageuses et honnêtes, qui se battent continuellement contre ce système corrompu.

De plus, Ce que j’ai découvert et qui ne m’a absolument pas surprise, est que la France joue un rôle essentiel dans le crime organisé, elle est devenue un carrefour de la drogue. C’est un pays qui est inondé par l’argent de la drogue mais malheureusement pour des raisons difficiles à comprendre, elle investit très peu dans la lutte contre les organisations criminelles. Les politiques se focalisent sur la micro criminalité ou une criminalité organisée mais non mafieuse sur le problème des banlieues par exemple, une société complètement aveugle qui ignore le problème criminel car elle ne le perçoit pas comme une urgence sociale. Un certain laxisme où il n’existe aucun contrôle sur l’argent recycler, qui est part la suite introduit dans le système bancaire.

L’Italie en revanche est depuis longtemps déchirée entre ceux qui veulent éradiquer la Mafia et ceux qui la protègent. C’est un combat féroce.

Depuis le début Saviano a l’ambition de raconter une Italie rarement montrée en télévision, qui en réalité est majoritaire, celle qui a envie de redessiner cette terre et de la reconstruire et de dire au monde qu’ils ne sont pas tous pareils, que la différence consiste à savoir se tromper sans être corrompu. posséder des faiblesses tout en refusant le chantage et les pressions. De retrouver confiance en cette démocratie et en la justice.

On a d’ailleurs souvent accusé Roberto Saviano de diffamer sa terre natale simplement parce qu’il parle de ses contradictions. Or comme il le dit si bien: « celui qui raconte son propre pays ne se livre pas à la diffamation il le défend. Raconter signifie redessiner c’est un premier pas vers l’action, car les mots ont des conséquences, vouloir empêcher les mots signifie vouloir empêcher l’action. » Finalement, c’est peut-être la meilleure façon de lutter et de ne pas subir un système oppressif et corrompu.

Et à ce jour, il n’a toujours pas abandonné, courageux et agissant avec beaucoup d’abnégation pour continuer son combat.


« Le combat continue » de Roberto Saviano – Éditions Robert Laffont.

« Gomorra » de Roberto Saviano

Littérature étrangère, socio-économique

« Connaître n’est donc pas un engagement moral : savoir, comprendre, est une nécessité. La seule chose qui permet de sentir qu’on est encore un homme digne de respirer. »

Paru pour la première fois en 2006, Gomorra est un livre surprenant écrit par un journaliste et écrivain italien. Roberto Saviano a consacré sa vie à enquêter sur les organisations criminelles et les passerelles du pouvoir, ce qui l’oblige aujourd’hui à vivre sous protection judiciaire.

Je peux vous assurer qu’après cette lecture, la mozzarella n’a plus tout à fait la même saveur comme un arrière-goût de sang au fond de la gorge.

C’est avec un aplomb déconcertant et un certain courage que Roberto a décidé de briser L’omerta, personne avant lui n’avait osé s’attaquer à la mafia napolitaine qu’on appelle « la Camorra ». C’est dans un style cru mais tellement bien écrit qu’il nous embarque dans les rouages de l’invisible pieuvre.

Loin des pleplums californiens et du mythe romantique qu’on prête au « mafioso » de Scorsese. Les « padrini » de Saviano, eux, sont biens réels, ils sont impitoyables, en véritables business men, ils combinent le marketing capitalisme aux méthodes du gangstérisme. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l’obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le reste ne compte pas. Le reste n’existe pas. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte.


« La logique de l’entre-partenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d’un ultra-libéralisme radical.  »


Il dépeint la ville de Naples comme un monde gangrené, pourri des racines aux branches et comme si cela ne suffisait pas, la camorra a marqué son emprise sur toute la vie économique du Sud et même du nord.

On est en droit de se poser la question de savoir où se positionne la France dans tout ça ? Saviano met en garde tous ceux qui se croient à l’abri, même si la France n’a pas les mêmes origines Sicilo-Napolitaines, l’organisation mafieuse est avant tout un contrôle capillaire du territoire (French connection : trafics d’héroïne à travers l’Europe par exemple …) . Cependant, aujourd’hui par manque d’intérêt pour la question on ne peut pas définir avec certitude ces phénomènes.

Étant moi-même italienne, je n’avais pas réalisé l’ampleur de ce mal qui ronge mon pays d’origine, au prix de sa vie, Saviano a fait explosé une vérité que tout le monde refuse de voir, à la suite de ce récit on n’en ressort bousculé, incrédule mais pourtant pleinement convaincu, encore aujourd’hui, il continue son travail d’investigation, plusieurs livres ont vu le jour dont une série à succès issu du livre lui-même, la preuve qu’il ne baisse pas les bras. Bravo à lui !

« Gomorra » de Roberto Saviano Editions Gallimard Traduction Vincent Raynaud