« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski

classique, Littérature étrangère


« Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. »

La description par Dostoïevski des tragiques frères Karamazov et du meurtre de leur père suscite des questions sur la souveraineté de Dieu, la place de la souffrance dans notre monde, la dépravation humaine et la rédemption par la douleur.(ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de l’auteur qui se retrouve dans à peu près tous ses livres.)

J’avais décidé de lire ce livre en 2015 après avoir lu « crime et châtiment » qui a été pour moi une révélation, j’ai développé par la suite un grand intérêt pour la littérature post-révolutionnaire Russe (mais ça tout le monde le sait). Je dirais pour commencer, qu’il y a des sections de ce livre où les questions théologiques sont si profondes et si bien traitées que le lecteur sent qu’il doit les lire plusieurs fois pour en ressentir pleinement leur force.

« Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »

Qui, après avoir lu ce livre, peut oublier Fiodor Karamazov, l’irresponsable père ? Ou Ivan, le fils rationaliste froid qui a abandonné sa croyance en Dieu? Ou Dmitri, le fils bien intentionné, prisonnier de ses propres désirs ? Et bien sûr, Aliocha, le bon fils qui a confiance en Dieu mais qui est impuissant à arrêter le meurtre de son père? Et ce ne sont que les Karamazov. Les descriptions de Dostoïevski de Katerina, Grushenka, Père Zosima et Smerdyakov: le serviteur de Fyodor et qui serait son enfant illégitime.

Le meurtre de Fyodor, et le procès subséquent de son fils aîné Dmitri (« Mitya »), est l’intrigue principale, mais le meurtre ne se produit en fait qu’à mi-chemin, et le procès, à l’apogée, n’est pas vraiment un mystère , parce que Dostoïevski nous a déjà dit qui était le meurtrier et a télégraphié quel serait le résultat du procès. Donc, appeler les frères Karamazov un « mystère du meurtre » n’est pas vraiment exact. Le meurtre est la partie la moins intéressante du livre – Dostoïevski passe la première moitié à construire tous les personnages, à établir leurs relations et à rendre le meurtre presque inévitable.


« Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles.
»

Les frères Karamazov ne sont pas pour les faibles de cœur. Il est parfois difficile à lire. À d’autres moments, son histoire est captivante. Et, comme toujours dans les œuvres de Dostoïevski, la profondeur de la pensée derrière le questionnement philosophique est ce qui distingue le livre. Si vous avez le temps de lire et que vous aimez la littérature classique, achetez le et lisez tout. « Le joueur » peut aussi être une bonne entrée pour commencer Dostoievski.

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski – Éditions (le classique de poche) Le livre de poche .

« Le joueur » de Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« L’âme russe, excessive, tourmentée, idéaliste, qui l’incarne mieux que Dostoïevski, cette œuvre fut un parie contre le temps, lui qui joua toute sa vie sur un tapis vert et rouge . »


Dostoïevski, joueur lui-même nous livre à travers son alter ego Alexei, un excellent récit sur l’addiction : il aborde avec clairvoyance et cruauté l’univers du jeu au XIX siècles. « Le joueur » est un court roman qui mêle le goût du risque et l’amour à en perdre la raison.

L’histoire se passe à Roulettenbourg ville imaginaire d’Allemagne. Dans cette ville thermale nous suivons un jeune précepteur russe Alexei travaillant pour le compte d’un général et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina.

Autour de cette famille gravite : mademoiselle Blanche une femme vénale, qui n’a qu’une seule idée en tête : le mariage avec le général, le timide Astley, jeune et riche anglais amoureux de Paulina in fine ami d’Alexei et sans oublier le soi-disant aristocrate français « Des Grieux » qui s’avérera être un redoutable usurier.

Alexei est éperdument amoureux de Paulina. Une relation ambiguë oscillant entre amour et haine ; Mais celle-ci ne cesse de le manipuler et de le mépriser, de plus elle semble par ailleurs éprise du jeune marquis français n’ayant pas de bonne intention à l’égard de la jeune femme.

Le récit devient réellement intéressant avec l’arrivée de la grand-mère de Paulina, bien loin de la mort qu’on lui pressentait, elle ira jouer tout son argent et perdra tous ses gains par la suite. Un revers de situation bien ironique qui mettra en doute toutes les perspectives de cette famille.

Dans cette tension diabolique, Alexei sera lui aussi entraîné par l’emprise des jeux d’argent, d’abord pour les autres et après pour lui-même, il cultivera cette fascination du hasard qui finira par faire vaciller son avenir.

« Le joueur » c’est finalement la confession d’un homme tiraillé entre deux folies : l’argent et l’amour, un roman autobiographique qui nous entraîne dans la frénésie du jeu.

Encore une fois, Dostoïevski nous surprend par la force de son écriture, il hypnotise.

En dépit de la radicalité de ses idées, Dostoïevski est tout sauf un auteur dogmatique. À l’image de Raskolnikov dans « Crime et Châtiment », sa vie a été marquée par des étapes spirituelles contradictoires et déchirantes.

Un livre à lire absolument pour tous ceux qui veulent débuter avec Dostoïevski.

Dostoïevski « le joueur » Éditions : Le Livre de Poche Traduction: C.Andronikof et A de Couriss

« Crime et châtiment » de Dostoievski

classique, Littérature étrangère

Je commencerai ce tout premier article en vous parlant « non sans humilité » de ma plus grande histoire d’amour littéraire. Le premier livre qui m’a donné le goût de la littérature post-révolutionnaire russe.

Je m’étais attaquée à ce monstre sacré de la littérature «  Crime et châtiment » il y a de cela plus de 6 ans ; Ce livre est un classique, un indispensable, une anthologie même.

Par ailleurs, Nietzsche disait de lui [F. Dostoievski] « qu’il était le seul à lui avoir appris sur la psychologie humaine ». Il va vous falloir une bonne dose de motivation, remonter les manches, inspirer un bon coup et préparer le café car vous allez faire face à la plus belle œuvre littéraire jamais écrite.

Au cours de cette lecture, l’auteur nous imprègne dans l’histoire d’un homme tourmenté [Raskolnikov] et d’une époque sous tension, celle d’avant la révolution russe. D’ailleurs, la question sociale est omniprésente dans ce livre, l’injustice, la pauvreté, le dérangement psychique et la prostitution avérée. Dostoïevski a vraiment tenu à nous dépeindre chaque détail comme si cela avait toute son importance.

Cela est une évidence car comment pourrait-on comprendre un tel geste, celui de la déraison.

Une existence d’étudiant misérable qui peine à vivre dignement jour après jour et qui petit à petit se construit une personnalité et une théorie dans laquelle tous ses délires sont permis même le meurtre. 

« La conviction que tout, même la mémoire, même la simple faculté de raisonner était en train de l’abandonner. »

L’absence totale de réalité qui fera de lui un homme vaniteux, insensible, manipulateur, nihiliste. 

« Le seul fondement d’une morale vraie est l’intérêt bien compris ; la conduite de l’individu ne dépend que des conditions qui lui sont faites : proposez à quiconque un avantage, et il est capable d’agir loyalement et noblement. »

Dans ce récit, vous remarquerez que les personnages masculins ont été beaucoup plus travaillés que les personnages féminins (un choix astucieux selon moi), c’est donc avec beaucoup d’attention et de suspense qu’on assistera à un duel entre Rodia et le juge d’instruction Porphyre.

Par chance, il échappera à de nombreuses reprises aux recherches de la police. 

Noyer dans ses tourments Rodia pourra compter sur Sonia, la jeune prostituée, tout aussi maudite que lui sauf que Sonia est une sainte qui vit dans une réalité bien vivante. Elle lui ordonnera par la suite d’aller se livrer après lui avoir lu « l’Évangile de la résurrection de Lazare. »

Plus tard dans le récit, il acceptera d’aller se rendre non sans remords.

« La conclusion que le crime n’avait pu être commis que dans un état de dérangement mental temporaire, dans une sorte de monomanie maladive du meurtre et du vol, sans but plus lointain et sans calcul intéressé. »

Il s’était décidé au crime par suite de son caractère faible et irréfléchi, irrité, de plus, par les privations et les échecs.

S’il avait honte, c’était que lui, Raskolnikov, se fût perdu si aveuglément et sottement, qu’il dût s’humilier et se soumettre devant « l’absurdité » de cette sentence. »

Le crime a été rapide, le châtiment va être complexe et long. Raskolnikov, va connaître le remords et la renaissance seulement parce que le jour où il a demandé publiquement pardon à la terre et au peuple, il a accepté de souffrir.

Quand Sonia lui rendit visite au bagne (Sibérie) :

« un bonheur infini brilla dans ses yeux ; Elle avait compris, il ne pouvait plus y avoir de doute pour elle : il l’aimait, il l’aimait sans bornes, enfin était arrivé cette minute…

Ils auraient voulu parler, mais ne le pouvaient point. Des larmes briller dans leurs yeux. Ils étaient tous deux pâles et maigres ; mais dans ces visages pâles et malades rayonnait déjà l’aube d’un avenir rénové, d’une résurrection totale à une nouvelle vie. L’amour les avait ressuscités. Le cœur de l’un renfermait des sources infinies de vie pour le cœur de l’autre. »

Sans nul doute, Dostoïevski a le don de creusé au plus profond de l’âme humaine.

Vous l’aurez compris, j’ai été très admirative sur les questionnements philosophiques que pose cette œuvre. Celui de la morale et de la notion du bien et du mal, le nihilisme, la culpabilité et l’importance du pardon…

C’est pour moi une grande satisfaction d’avoir eu l’opportunité de lire ce livre dans la grande famille des plus beaux classiques.

« crime et châtiment » de Dostoievski.
Editions Flammarion.
Traduction et présentation
par Pierre Pascal.