« Nana » de Émile Zola

classique, Littérature française

Nana est le neuvième volet de la série Les Rougon-Macquart en 20 volumes, Je compte venir à bout de toutes les œuvres mais je ne pense pas les lire forcément dans l’ordre chronologique.

Nana est la fille de Gervaise Macquart, l’héroïne alcoolique condamnée de L‘Assommoir(lu il y a quelques années), livre 9 de la série. Vers la fin de ce livre, la jeune fille prend déjà un mauvais virage et, à l’âge de seize ans, elle a commencé à marcher dans les rues et à trouver des hommes plus âgés pour financer son goût pour le luxe. Ce roman, entièrement dédié à son histoire, est construit comme une pièce de théâtre, chacun des 14 chapitres montrant un acte différent dans l’histoire de l’ascension, puis de la chute, puis de l’ascension supérieure, puis de la destruction complète d’une femme qui est décrite comme une «mouche dorée». Une mouche dorée issue de cinq générations de mauvaise hérédité, qui, en raison de ses formes amples, de ses tresses dorées et de son appétit sans limites pour le sexe et le luxe, parvient à corrompre tous les individus des classes supérieures. D’ailleurs c’est l’une des femmes que j’ai le plus détesté en littérature.

Le premier chapitre présente Nana au lecteur et au public parisien comme la nouvelle sensation du théâtre de variétés dans une pièce appelée La Blonde Vénus, qui est conçue pour montrer ses nombreuses attractions physiques, la montrant virtuellement dans toute sa gloire nue à un public ravi. Ceci est son premier grand succès, elle se présente aux hommes des classes supérieures, comtes,vicomtes et marquis, dont aucun ne peut résister à ses charmes.

Lorsque le comte Muffat, qui a toujours été un fervent et véritable catholique, tombe follement amoureux d’elle, elle est en mesure de dicter toutes ses conditions. Par conséquent, elle est installée dans son propre hôtel privé de luxe dans l’un des meilleurs quartiers de Paris, et bien qu’elle ait promis à Muffat qu’elle lui sera fidèle en échange d’un flot incessant de cadeaux généreux, son ennui la pousse à de plus en plus d’infidélités…

Zola a toujours été un peintre de la réalité en brossant avec génie des scènes, des personnages, des lieux. Il a l’art d’utiliser sa plume comme un pinceau… et ici, il peint des images d’une richesse et d’un luxe illimité et totalement corrompu. Pour ceux qui ne connaissent pas le travail de Zola, ce roman se tient parfaitement bien seul, et c’est probablement le plus décadent que j’ai pu lire.

J’ai eu au début des difficultés avec le style naturaliste de Zola où chaque scène devait être capturée et décortiquée dans les détails, mais cela a également conduit à une visualisation plus profonde des rues de Paris – une ville qui a doublé de taille pendant le Second Empire – la misère des pauvres, le brouhaha des coulisses du théâtre, la vie austère des espions et des prostituées, les désirs réprimés de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Par exemple, en décrivant l’odeur des femmes, Zola détaille l’odeur de poudre et de vinaigre de toilette, de poudre de riz et de musc. Dans ce roman, il essayait de peindre une société entière à travers le prisme de la prostituée, tout comme dans ses autres ouvrages de la série Rougon-Macquart, il a capturé le Second Empire à travers différents objectifs, et à cet effet son style est réussit.


« Nana » d’Émile Zola- Éditions Gallimard .

« Attachement Féroce » de Vivian Gornick.

contemporain, Littérature étrangère

Bien qu’il n’y ait rien de plus vrai que l’amour entre une mère et une fille, la vérité est que leurs relations ne sont pas toujours faciles. Si l’amour entre une mère et sa fille peut être harmonieux et équilibré, il existe parfois des sentiments contradictoires et contrastés qui s’invitent et déteignent sur l’histoire des deux femmes: inconsciente, fusion, projection, incompréhension, crispation voire mésentente.

Entre mère et fille se noue une relation singulière tissée de multiples liens. Cet ouvrage tiré de la véritable histoire personnelle de l’autrice, analyse l’évolution des mœurs et des liens entre une mère et son enfant : jeux de miroir, de double, de mise en abyme.

La façon dont Vivian Gornick a réussi à compiler ses souvenirs ont vraiment fait de ce livre une excellente lecture qui en tant que lectrice, vous fait réfléchir sur le lien que vous entretenez avec votre propre mère. Le style m’a fait un petit peu penser à celui de Woolf et je suis d’accord avec beaucoup de lecteurs, Vivian Gornick a bien des égards est la V.Woolf moderne.

S’il vous arrive d’avoir une relation d’amour / haine avec votre mère, ce livre peut vous faire penser qu’il est tiré de votre propre vie. La relation mère-fille décrite tout au long de ce mémoire prend un voyage dans le temps rythmé par la vie quotidienne et l’amour.

L’autrice dépeint si bien sa mère qu’on a l’impression qu’elle nous est familière. Elle est animée, ardente, passionnée, opiniâtre et surtout une femme forte et volontaire. Les mémoires décrivent la vie de la mère et de la fille en basculant du présent au passé. Tissée avec élégance, chaque histoire détaillée du passé, chargée d’émotions, est liée à la vie actuelle de l’autrice au moyen de rencontres quotidiennes avec sa mère.

Vous pouvez voir clairement, et l’autrice n’hésite pas à admettre que les qualités propres à sa mère qu’elle a observées, admirées et même détestées toute sa vie sont profondément enracinées en elle-même. La lutte entre la fille adulte qui trouve sa propre identité et se sépare de celle de sa mère est illustrée dans toutes les parties du récit.

L’histoire va de la période où la jeune fille vivait avec sa famille juive dans un vieil appartement dans les années 50 jusqu’à sa vie réussie dans les années 80 tout en maintenant une relation étroite avec sa mère, malgré leurs échanges tendus. J’ai vraiment admiré la façon dont l’histoire a été conçue dans le sens où la chronologie n’était pas complètement linéaire, mais le lecteur a toujours une compréhension claire et concise de la position de l’histoire. Tout cela a donné à l’autrice une chance de montrer comment sa relation avec sa mère s’est développée (et parfois effacée) tout en illustrant comment elle se rapporte à leur vie actuelle.

Dans son ensemble, ce livre est féministe car il catalyse de façon évidente les problématiques rencontrées par de nombreuses femmes au milieu du XXe siècle dans le monde occidental.

Tout au long du récit tandis qu’elle se concentre sur les sentiments et les expériences de la femme qui l’entoure, mais pas tant des hommes. La protagoniste mène certainement une vie indépendante en tant que femme en raison des valeurs et des croyances de sa mère. Le véritable amour, la dévotion et la détestation qui accompagnent une relation mère-fille sont visibles dans tout le texte. Bien sûr, cette relation est tout sauf idyllique mais pouvons-nous dire que toutes les relations sont parfaites ?

Et même si elle a sciemment rejeté presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde, elle a également absorbé presque tout ce que sa mère lui a appris sur le fait d’être une femme dans le monde. Elle garde en elle les souvenirs du passé, ceux qui ont fait d’elle la femme qu’elle est.

Si je dois conclure, je dirais que ce livre est finalement la définition: d’être l’enfant d’un parent et d’être soi-même en dehors de ce parent, de se séparer de sa source d’origine tout en héritant également d’une grande partie de cette même source.


« Attachement Féroce » de Vivian Gornick – Éditions Rivages.

« Le choc amoureux » de Francesco Alberoni.

Sciences humaines, sociologie

Le choc amoureux du sociologue Francesco Alberoni est un essai qui vous fait réfléchir. Une lecture intelligente et cultivée.

Il apporte des expériences, des pistes de réflexions sur les mécanismes de l’état amoureux en posant l’hypothèse audacieuse qu’il s’agit d’une révolution collective à deux.

On sait que la sociologie est parfois faite d’hypothèses plus ou moins bizarres. Sur ce coup-ci, on planche sur la question suivante.

« Qu’est-ce que tomber amoureux? C’est l’état naissant d’un mouvement collectif à deux. » Tomber amoureux- comme tous les mouvements collectifs, se joue dans le registre de l’extraordinaire « L’ordinaire lui s’apparente à la faim et à la soif, une relation uniforme et qui dure dans le temps de façon linéaire. »

Eh bien oui: tomber amoureux est assimilé à un mouvement révolutionnaire. Paraphrasant un passage de Durkheim présent dans le premier chapitre du livre, dans un mouvement collectif, l’homme s’abandonne au joug des forces extérieures qui l’amènent à épouser pleinement une cause, désintéressée de lui-même.


« L’eros est une forme révolutionnaire même si elle se limite à deux personnes. »


Le livre examine non seulement les raisons de l’association dans le mouvement amoureux-collectif, mais rapporte également une représentation précise de l’amour, avec de nombreuses références à l’expérience concrète d’un couple. En fait, la transformation de tomber amoureux se reconstruit, c’est-à-dire le passage de l’émotion irrépressible des premiers mois à l’institution (la consolidation du couple) à travers un projet partagé, mais aussi les renoncements qui sont faits pour continuer même lorsque qu’une relation s’est dégradée . Et une fois n’est pas coutume, nous parlons bien entendu de passion, de jalousie … et tout ce qui peut venir à l’esprit sur le sujet.

L’aspect que je trouve le plus intéressant est la certitude avec laquelle Alberoni affirme ses vérités. Cette façon de traiter les sujets rend l’introspection plus convaincante ou douloureuse. Parfois, vous sentez que vous soutenez pleinement sa thèse, d’autres fois, vous souhaitez le contredire, dans d’autres situations, vous interprétez, effectuez, recherchez ou simplement endurez.

L’idée la plus audacieuse se révèle peut-être dans le rétablissement d’une vision romantique de l’amour, qui ne peut se matérialiser sans un amour ivre à la base. Un amour tout sauf utilitaire et fonctionnel, et en synthèse extrême qui ne vise pas d’abord à une volonté de fonder une famille. (Ce qui est une vision très manichéenne de l’amour à mon sens).L’amour devient une intuition dangereuse qui s’affirme comme une sorte de révolution sociale.

Alberoni nie la chute de l’amour décrite comme « une sorte de folie » (Erich Fromm) ou « un état d’imbécillité temporaire » (Ortega y Gasset), qui soutient la composante émotionnelle, mais la dépouillant de tout sens péjoratif.

L’explosion de sentiments et de passion se déroule en présence d’un obstacle, avec des références littéraires qui suscitent une grande fascination: Roméo et Juliette, séparés des familles dans un conflit amer, ou le très malchanceux Werther del Goethe, submergé par un amour impossible. Les obstacles se trouvent souvent dans le caractère et les différences expérientielles.

En conclusion, la chute de l’amour du grand professeur Alberoni allie érudition et « romantisme », dans une lecture convaincante et stimulante.


« Le choc amoureux de Francesco Alberoni – Éditions Pocket.

« Anima » de Wadji Mouawad.

contemporain, Littérature française

Anima est un livre d’une grande originalité qui regroupe de courts chapitres dont les noms sont énigmatiques car ils sont représentés par des noms d’animaux sous la forme latine et scientifique. Chaque passage est raconté par le prisme de l’animal qui se retrouve sur toutes les scènes du roman.

La narration n’est donc pas établie par des humains. Les animaux sont des témoins décrivant les scènes de façon objective, sans savoir réellement les interpréter, sans savoir par quoi les personnages sont passés précédemment et sans savoir ce qu’il va leur arriver par la suite. Le protagoniste n’est donc vu qu’à travers leurs yeux, épisode après épisode, animal après animal.

L’intrigue commence lorsqu’un soir, wahhch Debch découvre le corps de sa femme, assassinée dans d’horribles circonstances et de façon ignoble. En état de choc, il décide par la suite de savoir qui est à l’origine de ce meurtre. Renseigné par la police sur l’identité du tueur, wahhch décide de se lancer à sa poursuite. Une quête qui débute dans une réserve indienne au Canada et qui se poursuivra aux États-Unis.

En somme ce petit extrait peut vous faire penser à un simple thriller contemporain et bien détrompez-vous. Je n’ai jamais lu un thriller où l’omniprésence de la violence est si forte (violences physiques, pulsions meurtrières, bestialité, cruauté…). Une lecture lourde et oppressante accompagnée d’une légère perversion. Cela dit, j’ai été surprise par la qualité du texte, une belle écriture séduisante avec beaucoup de poésie dans chaque chapitre.

J’ai compris en lisant ce roman que wahhch n’a aucune connaissance sur ce qu’il est, notamment sur son identité. Il a pendant longtemps procédé par un évitement de ses souvenirs en mobilisant une énergie incroyable pour oublier son enfance, comme si ça n’avait jamais existé. À bien des égards, le meurtre de sa femme Leonie a au contraire renforcé ses traumatismes, la douleur du passé s’est mêlée à celle du présent en créant une dissociation, au point qu’il est presque délibérément schizophrène pour endurer la douleur qu’il s’inflige. C’est précisément cette peine qu’il traîne avec lui, une douleur quasi animale, silencieuse, imprégnée depuis l’enfance, cette émotion qui ne sera comprise que par les créatures qu’il rencontre (chat,chien,corbeau, moufette…).

Plus qu’un simple roman, ce livre dénonce la marchandisation des animaux, il interroge notre rapport avec eux. N’oublions pas que l’histoire a montré les ravages que l’être humain a pu faire autrefois sur les espèces animales, dont certaines étant menacées sont désormais considérées comme protégées.

Suite à la montée du capitalisme et de la mondialisation, nous avons vu l’émergence d’une véritable société de consommation, mais plus généralement l’appropriation d’entités naturelles et d’espèces animales, faisant des animaux-exotiques des animaux-objets, les privant de leur liberté dans leur état naturel.

Ce livre m’a aussi encouragée à m’enquérir sur la situation politique et sociale des autochtones dans cette partie de l’Amérique. J’ai appris ce qu’était la loi d’intégration canadienne. Visant clairement à assimiler les amérindiens entre 1879 et 1996. Des dizaines de milliers d’enfants amérindiens ont fréquenté des pensionnats qui visait à leur faire oublier leur langage et leur culture, certains, parfois nombreux ont subi des sévices, de plus, le terme de « génocide culturel » a souvent été prononcé.

Pour conclure, c’est un roman que j’ai reposé à plusieurs reprises tant les scènes de violences étaient insoutenable.

Dans ce livre on explore la noirceur de l’âme humaine et tout ce qu’il y a de pire en nous. L’histoire du protagoniste est dure à lire car elle fait référence aux massacres de sabra et Chatila (Deux camps de réfugiés palestiniens).

En bref cette lecture n’est pas pour les âmes sensibles, vous voilà maintenant prévenus.


« Anima » de Wadji Mouawad – Éditions Actes Sud.

« La maison dans l’impasse » de Maria Messina.

classique, Littérature étrangère

En Sicile, la condition de la femme est subordonnée à celle de l’homme, avec des pans de radicalisme machiste qui, dans un passé encore récent, ont donné lieu à de retentissantes exclusions de la vie publique. Selon un scénario écrit d’avance, la femme, en Sicile, est conditionnée au niveau de ses choix existentiels, matrimoniaux et professionnels. Les femmes sont toujours ailleurs, à l’écart du groupe. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité. La femme, et surtout la Mère, trouve sa place principale dans les limites du cercle familial.

C’est dans ces circonstances et à une époque pas si lointaine qu’évoluent nos deux protagonistes. Deux sœurs à la destinée toute tracée.

L’autrice Maria MESSINA dépeint la vie sicilienne telle qu’elle et n’offre ni paysages grandioses, ni drames sanglants. Avec finesse et sensibilité, Elle en saisi toute la nouveauté à l’intérieur de la fiction narrative sicilienne.

Nicolina et Antonietta grandissent dans une famille heureuse et nombreuse, tout semble réussir à cette famille de renom malheureusement leur père Don Pasquale alors secrétaire communal qui n’a rien d’un homme d’affaires dépensa rapidement son maigre capital.

Jusqu’au jour où un bienfaiteur le tira d’affaire. Cet homme c’est Don Lucio.

Lorsque Don Lucio demande Antonietta en mariage, il consent aussi à ce que Nicolina la plus jeune des sœurs puisse vivre avec eux.

Nicolina, cependant, qui ne devait être avec eux que temporairement y vivra toujours et s’occupera dévotement de toutes les taches domestiques ainsi que la garde des trois enfants du couple.

Nicolina tout comme sa sœur Antonietta seront dominées par l’attention malsaine de cet homme qu’on pourrait aujourd’hui qualifier de « pervers narcissique ».

Cette situation mêlera trahison et rancoeur. Les sœurs amies deviendront sœurs ennemies.

Cependant un rôle important, centrale est joué par Alessio le fils aîné. Sensible, intelligent et attentif à ce qui se passe à l’intérieur comme à l’extérieur de ces quatre murs domestiques, il sera au centre d’une tragédie qui tombera comme un rocher sur la vie des protagonistes. Antonietta et Nicolina passeront leurs journées « comme des âmes en peine  » et l’homme continuera d’avoir ses propres certitudes impénétrables.

Dans le monde de Messina, les femmes souffrent depuis longtemps et les hommes sont horribles. À ce jour, Elle est considéré comme étant une écrivaine féministe car le but de ses écrits est de révélé les conditions de soumission dans lesquelles les femmes ont été forcées de vivre. Loin du tableau de la Sicile romantique, ces femmes ne donnent pas l’image d’une vie plus riche en dehors de leur foyer. Docile et maltraitée, de célibataire solitaire à mères oubliées… essentiellement des femmes qui existent pour un peu plus que pour servir leurs hommes et reproduire plus de garçons à choyer et de filles à former dans la plus pure tradition machiste.


« La maison dans l’impasse » de Maria Messina – Éditions Cambourakis – Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli.

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé.

contemporain, Littérature française

Appelez-le « roman historique » ou tout ce que vous voulez, c’est l’un des plus grands livres que j’ai lu qui paralyse de manière concrète la condition des esclaves noirs et surtout des femmes noires au XVIIe siècle.

Maryse Conde est une écrivaine noire guadeloupéenne qui a vécue dans un certain nombre d’îles des Antilles, de pays d’Afrique de l’Ouest, d’Angleterre, de France et des États-Unis. Elle a donné des conférences dans des universités prestigieuses sur la littérature antillaise et des sujets qui s’y rapportent, de plus elle a écrit un certain nombre de romans et de pièces de théâtre.

Dans les années 1980, Condé a trouvé des documents sur les nombreux et sordides procès des sorcières conduits dans la Nouvelle-Angleterre puritaine à la fin du XVIIe siècle, parmi eux une mention plutôt laconique d’une esclave noire Tituba de la Barbade qui était accusée de sorcellerie à Salem, puis vendu pour le prix de ses frais de prison… On en savait très peu sur Tituba.

L’histoire de Tituba commence de nombreuses années avant que l’hystérie de la sorcellerie n’atteigne le village de Salem et nous emmène bien plus loin que le Massachusetts. Dans le livre de Condé, la figure historique de Tituba est nécromanciée en un narrateur audacieux, racontant son histoire de l’enfance à sa mort. En tant que fille d’une esclave ashanti et sous-produit du viol, le ton de l’injustice est donné dès la première phrase. Avec l’assaut qui a lieu sur le pont d’un navire baptisé « Christ The King », nous pensons que nous sommes préparés à l’hypocrisie religieuse, prêts à entendre l’iniquité exécutée sous le couvert du christianisme puritain. En toute honnêteté, nous ne sommes pas prêt . Condé nous montre la vie au 17e siècle à travers de nouveaux yeux; nous oublions ce que nous savons de la vie à une telle époque et nous sommes aussi vulnérables que notre protagoniste à chaque torsion du récit.

Maryse Conde a décidé de donner vie à Tituba, comme elle l’a dit: « une réalité qui lui a été refusée en raison de sa couleur et de son sexe » et « parce qu’un Noir est censé ne pas avoir d’autre histoire que le colonialisme. Dans un fil conducteur fascinant, par endroits ironique mais toujours très compatissant, Maryse Condé recrée l’histoire de vie complètement injuste de Tituba comme une interprétation fictive dans le meilleur format du rêve Condean sur une base historique, qui comporte une lourde composante de réalité. D’une manière presque surréaliste mais toujours très terre-à-terre, le livre propose un rappel de l’histoire américaine, « moi, Tituba sorcière… » emmène ses lecteurs dans un voyage unique à travers les yeux d’une Afro-américaine qui est la proie de l’amour, de la luxure et de la religion. Certaines des «punitions» que Tituba subit sont surprenantes et, souvent énervantes mais c’est une lecture incontournable pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemblait la vie d’une Afro-américaine pendant les procès de Salem. Ce manifeste est lié à l’injustice ou à ses formes actuelles; parallèles historiques d’exploitation, de répression et de folie pure; racisme; misogynisme; féminisme noir; spiritualité; Histoire culturelle; éthique sociale.

Moi, Tituba sorcière … est un roman féministe postcolonial qui intègre de véritables archives historiques, de conversations et d’interrogatoires, souvent dans la mesure où nous, en tant que lecteurs, oublions que l’histoire de Tituba post-Salem reste non documentée. Maryse Condé romance de nombreux aspects de la vie de Tituba, afin de lui accorder une fin satisfaisante et heureuse. Le goût de Tituba pour l’amour et la romance ne fait pas oublier les liens de sororité qu’elle établit avec les femmes de son histoire, des femmes à la fois blanches et de couleur. Elle est pourtant souvent trahie par ceux en qui elle a confiance, mais cela n’endurcit pas son cœur. Cette femme est une inspiration pour nous toutes. Tituba nous rappelle que nous ne devons pas nous permettre de devenir comme ceux qui chercheraient à nous détruire au lieu de cela, nous aurons la capacité de regarder à l’intérieur de nous meme et nous nous élèverons au-dessus et, ce faisant, nous saurons que la bonté prévaudra toujours.

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé – éditions Gallimard – collection Folio.

« Le Prince » de Nicolas Machiavel.

classique, Littérature étrangère

Vous devez tuer le renard, brûler la rose, assassiner l’homme d’affaires au cas où l’un d’eux essaie de prendre le contrôle de votre principauté. Il n’y a pas de temps pour être gentil! À la fin de la journée, sachez qu’il vaut mieux être craint qu’aimé si vous ne pouvez pas être les deux. Néanmoins, gardez à l’esprit le chapitre 23.

L’Italie des années 1500 était une terre triste et découragée de guerres constantes, de morts, de destructions, de trahisons politiques, d’aristocrates avides essayant d’agrandir leurs petits États italiens mais aussi d’invasion par des troupes étrangères venant de France, d’Espagne, et de Suisses, des dirigeants renversés et tués, des armées qui marchent continuellement, des villes pillées, des incendies flamboyants, des mercenaires massacrant des innocents, la peste se propageant, seuls les sages, les forts et les chanceux peuvent demeurer …, à la Renaissance Niccolò Machiavelli était un homme politique prospère et un diplomate astucieux de la Florence volatile, jusqu’à ce qu’il y perde du pouvoir et de l’influence dans un pays qu’il aimait tant. 500 ans après la publication de ce petit livre brillant mais controversé, des aspects de son contenu seront reconnus par le public moderne, un nouvel adjectif vient le jour, celui de: machiavélique … « pour tromper les gens par des méthodes insidieuses et manipulatrices. » Et sachant à quel point les hommes sont perfides, ses écrits deviennent célèbre, Le Prince se base sur l’histoire vraie du rusé César Borgia, le fils illégitime du pape Alexandre VI mais pas que…

« Les hommes sont des créatures misérables »… « Il vaut mieux être craint qu’aimé »… « N’essayez jamais de gagner par la force ce qui peut être gagné par la tromperie »… a déclaré Machiavel.

Il connaissait le cœur des princes mieux que personne. Après avoir vu César Borgia et discuté longuement avec lui, il est devenu un de ses admirateurs (bien conscient de tout son mal, de l’homme sanglant qu’il était, cela pouvait être pardonné en ces temps) … il pensait que cet homme pouvait apporter la paix dans son pays natal notamment par la conquête … chasser la faute, les soldats étrangers, unir à nouveau l’Italie …

Le Prince, encore largement lu est un livre assez important sur les voies du monde, raconté par un homme qui a été impliqué pendant cette époque turbulente … cet écrivain voulait donner au lecteur italien l’espoir d’un avenir meilleur et plus prospère …

C’est un traité majeur qui a influencé plusieurs dirigeants politiques à travers l’histoire. Machiavel est encore largement considéré comme le père de la politique moderne à condition d’enlever toute trace de théologie et de moralité à ses œuvres.

Donc, il y a beaucoup de concepts qui devraient rester dans le livre et quelques-uns que vous pouvez appliquer aux circonstances quotidiennes. Il fournit ce que vous attendez, si vous voulez savoir comment avoir et garder le pouvoir pour vous, peu importe la personne que vous écrasez, et tout cela en utilisant un langage assez simple. C’est un petit livre facile à comprendre, la notion d’atteindre la gloire, le pouvoir et la survie, peu importe à quel point vous devez être immoral … ce n’est pas difficile à comprendre.

Cruauté, méchanceté, immoralité; toutes ces choses apparemment nécessaires pour atteindre la grandeur, toutes imprimées il y a longtemps sous la forme d’un petit livre, juste comme ça … D’un point de vue tordu, parfois, c’est presque un peu drôle.

En bref, c’était une excellente re lecture

« Le prince » de Machiavel – Éditions Gallimard, collection Folio classique

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski

classique, Littérature étrangère


« Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. »

La description par Dostoïevski des tragiques frères Karamazov et du meurtre de leur père suscite des questions sur la souveraineté de Dieu, la place de la souffrance dans notre monde, la dépravation humaine et la rédemption par la douleur.(ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de l’auteur qui se retrouve dans à peu près tous ses livres.)

J’avais décidé de lire ce livre en 2015 après avoir lu « crime et châtiment » qui a été pour moi une révélation, j’ai développé par la suite un grand intérêt pour la littérature post-révolutionnaire Russe (mais ça tout le monde le sait). Je dirais pour commencer, qu’il y a des sections de ce livre où les questions théologiques sont si profondes et si bien traitées que le lecteur sent qu’il doit les lire plusieurs fois pour en ressentir pleinement leur force.

« Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »

Qui, après avoir lu ce livre, peut oublier Fiodor Karamazov, l’irresponsable père ? Ou Ivan, le fils rationaliste froid qui a abandonné sa croyance en Dieu? Ou Dmitri, le fils bien intentionné, prisonnier de ses propres désirs ? Et bien sûr, Aliocha, le bon fils qui a confiance en Dieu mais qui est impuissant à arrêter le meurtre de son père? Et ce ne sont que les Karamazov. Les descriptions de Dostoïevski de Katerina, Grushenka, Père Zosima et Smerdyakov: le serviteur de Fyodor et qui serait son enfant illégitime.

Le meurtre de Fyodor, et le procès subséquent de son fils aîné Dmitri (« Mitya »), est l’intrigue principale, mais le meurtre ne se produit en fait qu’à mi-chemin, et le procès, à l’apogée, n’est pas vraiment un mystère , parce que Dostoïevski nous a déjà dit qui était le meurtrier et a télégraphié quel serait le résultat du procès. Donc, appeler les frères Karamazov un « mystère du meurtre » n’est pas vraiment exact. Le meurtre est la partie la moins intéressante du livre – Dostoïevski passe la première moitié à construire tous les personnages, à établir leurs relations et à rendre le meurtre presque inévitable.


« Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles.
»

Les frères Karamazov ne sont pas pour les faibles de cœur. Il est parfois difficile à lire. À d’autres moments, son histoire est captivante. Et, comme toujours dans les œuvres de Dostoïevski, la profondeur de la pensée derrière le questionnement philosophique est ce qui distingue le livre. Si vous avez le temps de lire et que vous aimez la littérature classique, achetez le et lisez tout. « Le joueur » peut aussi être une bonne entrée pour commencer Dostoievski.

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski – Éditions (le classique de poche) Le livre de poche .

« En finir avec la culture de viol » de Noémie Renard

essai féministe, Sciences humaines

Un livre que tout le monde devrait lire pour s’éduquer sur les comportements et les réflexions à ce sujet car malheureusement beaucoup de Français ont une réelle méconnaissance sur les mécanismes du viol et les conséquences graves que cela peut avoir sur la victime. Cet essai m’a fait comprendre qu’ont a encore beaucoup de travail à faire pour évoluer les mentalités et permettre aux victimes de ne plus avoir honte.(Cette même honte doit changer de camp)

Noémie renard nous propose une réflexion fondamentale pour alimenter le débat qui parcourt notre société, cette féministe a pris conscience des inégalités persistantes entre hommes et femmes, dans cet essai, elle nous livre des études sur le genre dans toutes les disciplines anthropologique, sociologique et historique. Elle nous aide à comprendre la culture du viol dans son ensemble, de par les stéréotypes de mythes, le laxisme judiciaire ou encore les nombreuses coercitions conjugales et économiques… elle démasque également les leviers de la domination masculine dans le domaine de la sexualité afin que notre société puisse combattre ce système patriarcal oppressif.

Le viol, c’est de la violence, de la domination, de l’humiliation, mais sous une forme sexualisée.

L’expression « culture du viol » est née dans les années 1970 aux États-Unis au sein du mouvement féministe radical. Il désigne une culture(dans le sens de l’ensemble des valeurs des modes de vie et des traditions d’une société) dans laquelle le viol et les autres violences sexuelles sont tolérés.

En France la culture du viol est assez présente notamment dans les stéréotypes et les mythes qui entourent la sexualité selon l’idée que les hommes ont une sexualité active et les femmes une sexualité passive « dominant-soumise » (qui n’a pas en tête le best-seller 50 nuances de grey) Or, l’idée que la sexualité féminine est intrinsèquement passive peut servir de justification aux violences et à la subordination sexuelles, ce phénomène n’est pas seulement présent dans les films mais aussi dans la pornographie et dans les nombreuses publicités ou clips musicaux. Malheureusement les images montrant les femmes en tant qu’objets sexuels suggèrent qu’elles peuvent avoir tendance à rendre davantage sexistes et tolérants aux violences sexuelles du moins chez une partie des consommateurs.

Évidemment dans ces circonstances, on peut se demander où se positionne le consentement. Le consentement est avant tout une réponse à une avance mais dans le cas de coercition graduelle où la victime est soumise au chantage par ex: le fait de profiter d’une personne dans le besoin pour obtenir un acte sexuel peut être qualifié de coercition économique. Beaucoup de femmes peuvent accepter un rapport sexuel non parce qu’elles le désirent mais pour éviter de subir les conséquences négatives d’un refus ou parce qu’elles s’y sentent obligées. (Peur d’être abandonnée par son compagnon, peur d’être virée…) il est donc urgent dans notre société de redéfinir le terme du consentement qui n’est pas seulement une acceptation mais l’expression de volonté et du désir. La France à la différence du Canada de l’Australie ou encore de la Nouvelle-Zélande est un pays en retard en ce qui concerne la reconnaissance du viol par le système judiciaire, car de nombreuses plaintes sont envoyées en correctionnelle et non aux assises. Cela veut dire que le viol est encore considéré comme un délit et non comme un crime . C’est pour cela que les féministes se battent pour veiller à ce que la qualification criminelle du viol soit retenue est poursuivie devant les cours d’assises.

Il est important de dire que les violences sexuelles ne peuvent être analysées que de manière indépendante, elles prennent aussi racine dans un système social inégalitaire(notamment entre les femmes et les hommes et entre enfants et adultes).

La lutte contre la culture du viol doit s’inscrire dans une bataille plus large contre les inégalités sociales et économiques, la valorisation des orientations sexuelles, la répartition des tâches domestiques, L’éducation des enfants…

vous l’aurez compris, il est important de s’éduquer sur le sujet, cela doit passer par les pouvoirs publics pour sensibiliser les jeunes à la sexualité et au consentement, cela passe également par chacun et chacune d’entre nous, Ressentir de l’empathie envers les victimes, ne fermer pas les yeux, Écoutez-les et renseignez-les en transmettant le bon numéro (SOS viols par exemple)… car c’est à nous de faire changer les choses et d’améliorer la situation pour un monde plus sûr.


« En finir avec la culture du viol » de Noémie Renard – éditions Les petits matins

« Des femmes dans la mafia » d’Anne Veron et Milka Kahn

Sciences humaines, socio-économique

Quelle est la place des femmes dans la Cosa Nostra, la camorra ou encore la ’Ndrangheta ?
Vingt ans après l’assassinat des juges antimafia Falcone et Borsellino commît par Toto Riina, Anne Véron montre à travers trois portraits de femmes, filles, sœurs­­ des « hommes d’honneur » sont souvent à la fois victimes et complices de l’horrible pieuvre.

Si l’on réfléchit un instant, dans la mafia, les hommes sont rarement à la maison car ils sont soit en fuite, soit en prison. Ils passent donc peu de temps avec leurs enfants. Alors qui est-ce qui transmet la culture mafieuse? Le père qui n’est jamais là? Les dépositaires du crime originel ce sont les femmes. Ce sont les femmes qui créent dans l’imaginaire des enfants des hommes extraordinaires.


« Aujourd’hui, le mot « mafia » est irrémédiablement associé à un monde d’hommes, de violence, de trafics illicites Or, la « femme d’honneur » existe. Elle constitue l’autre versant, souvent occulté, de la Mafia. »


Protégées par les stéréotypes culturels, le fameux concept de « fragilitas sexus » de sexe faible, hérité du droit romain a donc offert aux femmes une sorte de protection vague et à jamais codifiée, face a la loi.
Les femmes ont continué à acquérir toujours plus de poids dans les activités criminelles de la mafia, notamment dans la sphère économique et financière.

Seulement les femmes qui succèdent aux hommes en voulant démontrer qu’une femme peut faire les mêmes choses qu’un homme ne se rend pas compte qu’elle s’identifie au modèle masculin qui l’opprime. Finalement elle ne s’est pas rebellée, Elle est juste passé du côté des plus forts et a fini par perpétuer le pouvoir dont elle avait été victime. Et même si on parle de pseudo-émancipation,il ne s’agit pas pour autant de libération, la vraie libération est sans doute celle des femmes qui a l’image de Rita Altri ou Anna Carrino choisissent de changer de vie en collaborant avec la justice, pour casser la transmission des rites mafieux souvent profondément sexistes et machistes.


« Infâme », c’est le terme utilisé par les familles mafieuses pour désigner les collaborateurs ou les témoins de justice: ceux qui trahissent l’organisation. »


Et même si en apparence la mafia d’aujourd’hui ne tue qu’en dernier recours, elle est plus puissante qu’avant. Elle est passée à une criminalité en col blanc, de gestion, à laquelle les femmes s’intègrent plus facilement. Du coup, depuis quelques années, elles sont plus nombreuses en prison : plus de deux cents aujourd’hui selon Anne Veron.


« Des femmes dans la mafia,madones ou marraines? » Anne Veron et Milka Kahn – Éditions nouveau monde