"Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

Sciences humaines, Sociologie

À mes sœurs, chères sorcières, 

C’est un livre que toutes les femmes devraient lire pour se rappeler quelles ont la liberté de choisir leur vie. De s’affranchir de toutes les conditions sociales et d’assumer leur choix sans avoir besoin de les justifier. En tant que féministe, ce livre n’a fait que confirmer mes idéologies et ma vision du monde. Je savais pertinemment que j’étais dans le vrai mais parfois la société a le pouvoir de remettre toutes vos certitudes en questions, au point même de me demander si en tant que femme, « je suis à la hauteur ». Avoir un peu d’ambition et aspirer à quelque chose de différent, vous me direz c’est quelque chose de normal et pourtant, nous vivons dans une société où la femme n’a pas beaucoup de place. Cependant, aujourd’hui le mouvement #Metoo a bousculé les codes sociaux, il remet l’égalité des femmes sur la table et il est temps pour nous mes sœurs de nous réapproprier notre espace et faire entendre nos voix.

Dans cet essai, Mona chollet fait le lien entre les sorcières d’antan et les femmes actuelles, elle démontre à quel point s’affranchir des constructions sociales est une tache ardue. Celles qui s’opposent aux schémas habituelles de la femme-mère est jugée, condamnée à l’humiliation, l’exil ou pire encore la mort ! Finalement qu’est-ce qui différencie les femmes libres d’aujourd’hui aux sorcières de l’histoire? Absolument rien, de nos jours, l’état n’organise plus d’exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libre s’est en quelque sorte privatisée.

La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations; Elle est un idéal vers lequel tendre, Elle montre la voie. Elle est celle qui terrifie le patriarcat, celle qui ne se marie pas, qui n’a pas d’enfants et qui est socialement indépendante. En bref c’est d’être l’égale de l’homme. Pendant longtemps les sorcières étaient représentées comme de vieilles femmes laides, sales… De par leur isolement et leur indépendance ont leur reprochés d’user de (pouvoirs maléfiques qui seraient responsables de tous les maux de la société). Tous les prétextes étaient bons pour justifier les pires ignominies (lynchages, viols, tortures, condamnations à mort) ces années de terreur et de propagande témoignent clairement d’une aliénation psychologique profonde des hommes envers les femmes.


« Des siècles de haine et d’obscurantisme semblent avoir culminé dans ce déchaînement de violence, né d’une peur devant la place grandissante que les femmes occupaient alors dans l’espace social. »


On se rend bien compte que peu de chose ont changé. Entre la société mainstream d’aujourd’hui et celle des chasses aux sorcières, il n’y a qu’un pas. Parmi les accusées de sorcellerie, on révèle une sur présentation des célibataires et des veuves, c’est-à-dire de toutes celles qui n’étaient pas subordonnées à un homme ce qui a permis de préparer la division sexuée du travail requise par le capitalisme, en réservant le travail rémunéré aux hommes et en assignant les femmes à la mise au monde et à l’éducation de leur future main-d’œuvre. D’ailleurs cette assignation dure jusqu’à aujourd’hui: Les femmes sont libres d’avoir des enfants ou pas… à condition de choisir d’en avoir. Celles qui n’en souhaitent pas sont parfois assimilées à des créatures sans cœur, obscurément mauvaises, malveillantes à l’égard de ceux des autres.

Finalement on nous dit que « la liberté de choix dont nous sommes censées disposer est ainsi largement illusoire ». Cette légitimité fragile, nous poussera à nous demander, dès que quelque chose ira de travers dans notre vie si la cause de notre infortune ne tient pas à notre absence de descendance. Le fameux « tu le regretteras un jour » ou « tu es égoïste » comme si on faisait un enfant par altruisme,c’est du délire, je n’ai jamais compris ce genre de raisonnement.

De plus, Mona Chollet révèle une bien triste vérité, celle du dégoût qu’on a pour la femme vieillissante. On dit souvent que le vieillissement et la mort sont tabous dans notre société; sauf que c’est seulement le vieillissement des femmes qui est cachés. De plus les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir, d’autant plus, on observe que la différence d’âge est en faveur des hommes dans les couples, cette conception est profondément inscrite dans les mœurs ce qui pousse les femmes à paraître éternellement jeune (teintures capillaires, chirurgie esthétique…) Finalement, les femmes sont condamnées à vivre dans les faux-semblants et la honte d’elles-mêmes .


« De même, une amie me suggérait il y a peu que, si elle ne supportait pas l’idée de voir sa mère avec les cheveux blancs, c’était peut-être parce que cela l’amenait à penser à la mort. Mais qui pense à la mort en voyant Richard Gere ou Harrison Ford ?».


On remarque également que dans cette société, les capacités intellectuelles sont paralysées. On assigne aux femmes et aux hommes des domaines de compétences très différents, (le savoir pour les hommes et les taches subalternes pour les femmes) là encore le sexisme se manifeste sur tous les bouts de l’échelle sociale. Il faut savoir que la médecine était détenue par les femmes qui par la suite a été réquisitionné de force par les hommes. Cependant ces dernières années, en France, les blogs et les réseaux sociaux ont fait marcher la question de la maltraitance médicale notamment dans le milieu gynécologique. On commence tout doucement à mesurer à quel point les préjugés sur les femmes nuisent à leur prise en charge médicale. Et malheureusement j’en sais quelque chose, ayant une endométriose, il m’a fallu des années pour être prise au sérieux par le corps médical, une double peine qui démontre encore une fois la domination des hommes sur les femmes.

À lire absolument, de même que les femmes, les hommes sont également invités à lire ce livre pour comprendre les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la société, d’évaluer la place qu’ils prennent et celle qu’ils laissent aux femmes.


« Sorcières: La puissance invaincue des femmes – Editions Zones

"Hier, aujourd'hui et demain" de Sophia Loren

Autobiographie

« Le succès à son poids, qu’il faut s’habituer à porter. Et personne ne vous l’apprend : comme toujours, la réponse est en nous. »


Sophia Loren incarne bien plus que le « rêve américain », elle est pour nous, celle qui a propulsé le cinéma italien au devant de la scène internationale . Comment oublier 1962, la consécration, l’Oscar de la meilleure actrice pour le rôle de Cesira dans Ciociara.

Le titre de son livre est un hommage au film de Vittorio De Sica, dans lequel Sophia Loren a joué aux côtés de Marcello Mastroianni, et le sous-titre « Ma vie » fait clairement allusion à la volonté de l’actrice de se dire sans filtres. 

Ce livre est un cadeau incontournable pour sa famille mais également pour tous les admirateurs de l’actrice, qui ont toujours suivi sa carrière avec ferveur et passion, qui a commencé à Rome, où Loren est née sous le véritable nom de Sofia Scicolone. En fait, la mère de Sofi’ a accouché dans une clinique pour mères célibataires de la capitale et quelques jours plus tard, elle est revenue avec sa fille à Pozzuoli, dans le très aimé Naples.  Et c’est précisément dans les rues déchirées par la guerre, dans les ruelles et les quartiers dégradés, démolis par la faim et le désespoir que la jeune Sophia commence à faire ses premiers pas, aidée par une mère qui a son propre rêve: le cinéma. Son histoire sincère et profonde nous fait connaître non seulement le Naples de l’époque, mais aussi la Cinecittà;  puis les grands acteurs avec lesquels Sophia Loren a joué – Cary Grant, qui est tombé amoureux d’elle, Marlon Brando, John Wayne et bien d’autres …


« En vérité, mon enfance remontait sans cesse à la surface pour m’émouvoir. Même après avoir trouvé ma voie, je ne parvenais pas à oublier ce que j’avais été lorsque, prise entre la faim et la guerre, sans père pour me guider.»


Une autobiographie qui raconte non seulement des épisodes et des succès de la carrière de l’actrice, mais aussi des moments les plus intimes, ceux appartenant au cercle familiale, où elle a joué le rôle de mère et de grand-mère, elle qui a pu grandir et s’accomplir en tant que femme sans la présence d’un père. Loren est une icône du cinéma et de la vie elle-même;  une femme qui à partir de zéro et avec le seul soutien de sa mère, avec qui elle avait une relation fusionnel, est devenue une des plus grandes actrices du monde.  Ses amours, ses aventures, ses déceptions et surtout la volonté de ne jamais abandonner sont les points cruciaux de ce livre, qui implique le lecteur et nous ramène dans le temps, vers un passé où beaucoup d’entre nous n’étaient même pas nés. Pourtant, il est inévitable de ressentir cet étrange sentiment de nostalgie, en aspirant à quelque chose que vous n’avez pas et que vous n’avez jamais eu.


« Sans la vie, le conte de fées perd toute sa magie, et vice versa. Le plus beau, c’est de marcher à mi-chemin entre les deux, sans jamais renoncer ni à l’un ni à l’autre. »


Sophia Loren est une diva du passé, mais sa grandeur, son intensité et sa beauté frappent et attirent encore aujourd’hui, car elle-même est un symbole, un signe dont le véritable art peut s’imposer dans le cœur des gens sans jamais le quitter.  Hier, aujourd’hui, demain est l’histoire d’une femme qui a marqué notre histoire, qui nous emmène sans crainte avec un voile de timidité sur son visage dans son petit et grand monde, fait d’art, de cinéma, de famille et d’amour.  Le regard de Loren, comme tout ce qu’elle nous a laissé, est éternel. 


« Et comme l’a dit George Cukor, aucune beauté ne peut rivaliser avec la conscience et l’acceptation de ce qu’on est vraiment. »


« Hier, aujourd’hui et demain » de Sophia Loren – Editions Flammarion – Traduction Renaud Temperini

"Réveillez-vous, femmes divines" de Véronique De La Cachotière

développement personnel, Sciences humaines

Quatrième page de couverture : Vous qui êtes unique en cette terre, orchidée d’une beauté sans pareille, il est temps que vous vous réveilliez à votre divinité. Au fond de vous, vous le savez bien, personne ne vous ressemble vraiment, personne n’a votre histoire, et pourtant vous n’avez pas pleinement conscience de votre unicité, de ce qui fait de vous une femme exceptionnelle qui a, comme toute autre femme, sa place dans le monde.Véronique de La Cochetière, nourrie de sa longue expérience de sage-femme et de praticienne en ostéopathie intrapelvienne, va vous ouvrir les portes de votre temple sacré : votre corps. Ignoré si facilement, trop souvent gouverné par votre tête, carcan psychologique du fruit de votre histoire, de votre éducation, des règles transmises par la société, ce corps qui ne peut accueillir que le plus beau va révéler votre féminitude, cet art d’être femme aujourd’hui.


J’avais pas mal d’attente sur cet ouvrage notamment à la vue de la première et quatrième page de couverture. Cependant à la lecture du premier chapitre, j’ai compris que je ne faisais pas partie du public visé, étant moi-même ouverte à la méditation et à la pratique du yoga, je ne me suis pas retrouver dans le récit qui je pense, s’adresse aux mamans.

Concrètement, on peut trouver dans ce livre une approche intéressante sur la maternité, particulièrement pour les femmes désireuses d’avoir un enfant ou enceintes, ou enfin souhaitant réaliser une rééducation périnéale après la naissance de leur enfant. Cependant ce bouquin comporte beaucoup de témoignages de patientes qui fait le lien entre difficultés, féminité et psychologie

Les expériences vécues par les patientes apportent du crédit à la pratique, une méthode mise en place sous forme d’ateliers qui aide les femmes à renouer avec leur corps et leur esprit mais je ne suis pas certaine que les traumatismes profonds que peuvent vivre celles-ci passent par le programme « ma Yoni ». Je trouve par ailleurs, que certains sujets qui auraient pu être intéressant sont abordés en superficialité, notamment les sujets sur les violences faites aux femmes. J’aurais aimé qu’elle approfondisse ce thème (les causalités, les conséquences et la réhabilitation), un livre qui pour ma part manque un peu d’engagement féministe.

J’ajouterai que contrairement à certains avis, je n’ai pas été gêné par le fait que l’auteur évoque à plusieurs reprises ses expériences personnelles, étant elle-même une femme, ayant au fil des années et tout au long de sa carrière de médecin vécu des situations qui interroge sur les conditions des femmes à travers le monde, de par leur culture et leur histoire personnelle. Toutes ces conjonctures qui prête à réflexion et qui donne un droit légitime à Véronique de la Cachotière de raconter sa propre histoire de vie.

« Réveillez-vous, femmes divines de Véronique De La Cachotière – Editions TANA

"Anna Karénine" de Léon Tolstoï

classique, Littérature étrangère

L’amour peut-il être heureux ? Peut-on véritablement aimer sans avoir réellement vécu ?! Tant de questionnements que pose cette œuvre, entre pulsions, passion, renoncement et résignation, voilà ce que le maître pose sur la table. Il maîtrise son sujet sur le bout des doigts, par la force de ses personnages et par la puissance de son récit, il fait de ce livre une œuvre profondément humaine.

Qui aurait cru que j’éprouverais de la sympathie pour Anna Karénine. Elle est le genre de personnage qui dans la vie réelle ne me ferait pas grand impression et pourtant, je n’ai eu d’yeux que pour elle dans ce roman. La belle Karénine, envoûtante, attachante, rayonnante, c’est une des femmes qui m’a le plus touché en littérature.

Avec ce manifeste, Tolstoï propulse la littérature russe au premier plan. Mais « Anna Karénine » est bien plus qu’un roman d’amour et de passion : c’est aussi un portrait de la haute société russe à la fin du XIXe siècle, avec les questions fondamentales qui l’agitent, et les prémices du grand bouleversement à venir.

Dans ce roman, plusieurs histoires d’amour s’entrecroisent : celle d’Anna la mondaine et de Lévine le propriétaire terrien, on peut d’ailleurs s’interroger sur la ressemblance de caractère et des convictions de ce personnage tant on y trouve des similitudes avec l’auteur lui-même. Constantin Lévine est sans nulle doute l’alter égo de Tolstoï. Et Comme le titre l’indique on suit l’histoire d’Anna, la femme d’un haut dignitaire russe, elle est belle, forte, intelligente et passionnée, jusqu’au jour où elle rencontre la passion, ses complications et ses compromissions, c’est alors qu’Anna tombe follement amoureuse d’un bel officier, le comte Wronski. On vit alors leur relation tumultueuse, les querelles et les réconciliations des deux amants, les réactions indignées de la bonne société, qui tolère très bien les aventures à condition qu’elles soient discrètes ; cependant, cette relation va peu à peu sombrer dans une passion dévorante, un bonheur coupable, cette quête de l’amour pur, les mèneront à une fin tragique qui s’achèvera sur un quai de gare là où tout commença. C’est l’amour impossible, l’amour qui souffre, l’amour coupable et qui fait mal.


« L’amour, ce mot me déplaît parce qu’il y a pour moi un sens plus profond et beaucoup plus grave que vous ne pouvez l’imaginer. »


Dans l’entourage d’Anna et de Wronski, on fait la connaissance de Lévine, un homme assailli d’angoisses sur les questionnements philosophiques, avec ses réflexions poussées sur le sens de la vie et des contraintes sociales ainsi que la religion, l’amour et le devoir.


« L’enseignement de la raison, c’est la lutte pour l’existence, cette loi qui exige que tout obstacle à l’accomplissement de nos désirs soit écrasé; la déduction est logique, tendit qu’il n’y a rien de raisonnable à aimer son prochain. »


Sentimentalement, l’amour que porte Lévine à Kitty m’a particulièrement touché, c’est un couple pour qui j’ai ressenti un réel attendrissement. Il y a aussi Dolly, la sœur de Kitty, mariée à Stépane Arcadiévitch qui est le frère d’Anna, mari volage et insensible, qui n’a plus beaucoup d’intérêt pour son ennuyeuse épouse.

Dans cet incroyable roman, Léon Tolstoï nous raconte toutes les facettes de la relation amoureuse entre un homme et une femme, à travers toutes ces histoires, dans un genre si passionnant que l’on a l’impression de les connaître intimement et de faire partie intégrante de cette société.

Malgré l’ancienneté de ce roman « Anna Karénine » reste un formidable contemporain, profondément romantique et terriblement actuel. La lecture en est facile, rythmée par des chapitres courts, les sentiments, les tourments, les espoirs des personnages sont aussi les nôtres, et après 984 pages on cherche encore désespérément à continuer la lecture.

Lire Tolstoï, c’est lire une page de l’histoire. En fin psychologue, l’auteur a le talent de décrire avec brio une Russie de contrastes et le luxe de la vie bourgeoise. Je ne peux que vous recommandez ce livre, un must read !


« Anna Karénine » de Léon Tolstoï Éditions Pocket

"Le consentement" de Vanessa Springora

Autobiographie

Dans le roman de Nabokov, Lolita n’intervient jamais, elle ne s’exprime pas, à aucun moment, il n’est question de ses sentiments. Mais Aujourd’hui Vanessa Springora a décidé de prendre sa plume pour enfermer son bourreau dans ce livre. Cela a assez duré, trois décennies ont passé et il est temps pour notre Lolita de se réapproprier son histoire.

Vanessa Springora confesse le mal-être d’une adolescente en manque de repères et le temps qu’a mis sa blessure non pas à cicatriser entièrement mais à être atténuée par les années et la maturité.

Tout d’abord, nous sommes en droit de nous poser la question de ce qu’est le consentement : domaine moral : acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Domaine juridique : autorisation de mariage donnée par les parents ou le tuteur d’un mineur. Cependant le « oui » peut se dire pour toutes sortes de raisons, cela n’en est pas moins un abus.

Le consentement est le récit d’une emprise, celle d’un homme de 50 ans sur une jeune fille de 14 ans. Pendant longtemps G. Se servira de sa notoriété pour corrompre son esprit afin d’asseoir son autorité et sa toute puissance. On s’aperçoit très vite, combien il a été facile pour lui d’enrôler sa victime, adolescente en manque de repères, V. est rapidement amoureuse de cet intellectuel encensé par le tout Paris.


« Vers la fin des années soixante-dix, un grand nombre de journaux et d’intellectuels de gauche ont en effet pris publiquement la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations « coupables » avec des adolescents. Et dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. »


V. l’ingénue tombe alors dans les griffes de cet homme charismatique, éloquent, malin et misogyne, c’est en cela qu’elle trouvera une figure paternelle. Oui mais voilà, G. est un manipulateur doté d’un instinct de prédation rare ; Elle le décrit dans son livre comme un stratège exceptionnel, un calculateur de chaque instant. Toute l’intelligence de cet homme est tourné vers la satisfaction de ses désirs, ce sont les seules motivations qui guide véritablement ses actes. Jouir et écrire.


« Trop jeune et inexpérimentée. Face à lui, l’écrivain et l’intellectuel, je manque cruellement de vocabulaire. Je ne connais ni le terme de « pervers narcissique », ni celui de « prédateur sexuel ». Et G. manie le verbe comme on manie l’épée. D’une simple formule, il peut me donner l’estocade et m’achever. Impossible de livrer un combat à armes égales. »


On ne peut que s’indigner qu’à l’époque, une certaine complaisance pour G.M. et ses écrits régnaient dans le beau monde de l’intelligentsia littéraire et médiatique ! Je découvre avec stupeur que beaucoup de nos écrivains contemporains avaient signé et soutenue une pétition en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes. (Deleuze, Simone de Beauvoir, Sartre, Aragon etc.). Oui car il était interdit d’interdire, mais voilà les questions que je me pose aujourd’hui : a-t-on le droit de tout écrire sans tomber dans la censure ? Peut-on vraiment différencier l’homme de l’écrivain ? Des questions à ce jour sans réponses.

Écrire a été sans doute le meilleur remède pour Vanessa Springora, en écrivant ce récit, elle redevient le sujet de sa propre existence, une histoire qui lui avait été confisqué depuis trop longtemps. Par son récit, celui d’une victime, elle met en lumière certaines problématiques, elle interroge sur le statut de l’artiste, sur son consentement et la complaisance de toute une société face à une pédocriminalité revendiquée dans le monde littéraire de l’époque. Vanessa Springora nous saisit par la puissance de son témoignage et met chacun de nous face à nos responsabilités.

Avec toute sa vérité, c’est un livre indispensable à lire et à faire lire.

Vanessa Springora Éditions Grasset