« Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar.

classique, Littérature française

« La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m’ont appris à apprécier les gestes. » Animula vagula blandula, p. 302

Ce livre est raconté par le légendaire empereur romain Hadrien et se présente sous la forme d’une « lettre testamentaire » adressée au successeur et petit-fils adoptif d’Hadrien, Marc Aurèle. « Mon cher Marc», écrit-il, «Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène. » Ayant commencé sa lettre avec la simple intention d’informer son jeune héritier que sa maladie est mortelle.

La voix utilisée tout au long du roman rappelle les méditations de Marc Aurèle, Ce sont les réflexions d’un homme malade qui tient audience avec ses souvenirs dans un compte rendu détaillé de sa vie, ses voyages, ses réalisations. Il était l’un des dirigeants les plus pacifiques de l’ histoire de l’empire romain.

Au cœur du récit se trouve les moments glorieux de son règne, les détails intimes de sa vie comme son amour pour le jeune Antinoüs et son désespoir après l’inévitable déclin de sa jeunesse…

« Je souris amèrement à me dire qu’aujourd’hui, sur deux pensées, j’en consacre une à ma propre fin, comme s’il fallait tant de façons pour décider ce corps usé à l’inévitable. À cette époque, au contraire, un jeune homme qui aurait beaucoup perdu à ne pas vivre quelques années de plus risquait chaque jour allègrement son avenir. » chap. Animula Vagula Blandula, p. 59

Un parfait équilibre entre le langage factuel et poétique. Elle entrelace des passages de pensée philosophique et de méditation avec des descriptions d’événements, des procédures, des commentaires sur l’économie et la guerre.

Écrire les mémoires de quelqu’un n’est pas une mince affaire. Surtout quand ce quelqu’un est un empereur… Le plus incroyable c’est qu’à aucun moment vous ne ressentez la présence de l’auteure. Elle s’est complètement effacée et a laissé l’histoire prendre le dessus. Donc non pour moi ce livre n’est pas un roman bien qu’il soit qualifié d’œuvre « fictionelle historique ». Il n’a pas pour but de divertir, c’est la confession de la vie d’un homme et d’un chef d’état.

La combinaison des recherches qui ont été menées sur la vie d’Hadrien, avec une interprétation réaliste sur l’esprit d’État, l’art, la justice et la philosophie est savamment entrepris. Je suis restée stupéfaite de l’étendue des connaissances de l’auteure sur l’histoire, la politique et la philosophie.

Yourcenar a créé ici un portrait vivant et honnête de l’empereur. Ce qui veut dire que, les souvenirs et les réflexions d’Hadrien sont tout à fait crédibles.

En conclusion « les mémoires d’Hadrien » est un texte empreint d’érudition avec un style élégant mais sans prétention.

Très certainement un livre que je relirai encore et encore.


« Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar – Éditions Gallimard.

« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov

autobiographie

M. Boulgakov est un écrivain, dramaturge russe. Auteur de romans, nouvelles, feuilletons et plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. Et la liste est longue…

Le thème des œuvres de Boulgakov est déterminé par l’attitude de l’auteur envers le régime soviétique, l’écrivain ne se considérait pas comme un ennemi de celui-ci, mais évaluait la réalité de manière très critique, estimant que ses dénonciations satiriques étaient bénéfiques pour le pays et le peuple.

Ces écrits nous permettent d’avoir son point de vue sur les problèmes sociaux et littéraires les plus sensibles de l’époque, pour comprendre l’œuvre de l’écrivain, mais aussi pour caractériser la période correspondante dans le développement de la littérature soviétique, pour comprendre l’essence du conflit entre l’artiste et les autorités au milieu des années vingt.

Écrit entre le milieu des années 20 et le début des années 30, dans la période la plus difficile de la vie de l’écrivain, lorsque toutes ses pièces ont été interdites, pas une seule ligne n’est parue imprimée, une grave dépression mentale a affecté l’artiste, ce livre révèle Boulgakov sous un autre angle, de façon plus intime en tant qu’écrivain et mais aussi en tant que personne. Ces écrits permettent au lecteur de voir la relation du créateur avec les autorités, de retracer comment se développe le sort d’un artiste condamné à la censure.

En raison des critiques de la révolution russe, ils ont cessé de le publier et les performances basées sur ses pièces n’ont pas été mises en scène. Boulgakov a écrit une lettre à Staline et au gouvernement dans laquelle il lui a demandé soit de lui donner la possibilité de travailler, soit de lui permettre d’émigrer.

« Tout cela dure depuis tantôt dix ans ; mes forces sont brisées ; je n’ai plus le courage d’exister dans une atmosphère de traque, je sais désormais qu’à l’intérieur de l’URSS il m’est interdit de publier mes livres ou de faire jouer mes pièces ; mes nerfs sont dérangés ; je m’adresse donc à vous pour vous demander d’intervenir en ma faveur auprès du gouvernement de l’URSS : QUE L’ON M’EXPULSE D’URSS EN COMPAGNIE DE MA FEMME L.E. BOULGAKOVA QUI SE JOINT À MOI POUR APPUYER MA DEMANDE.»

Suite à cela Staline pris contact et Boulgakov est accepté au Théâtre d’art de Moscou en tant que directeur adjoint.

Cependant, en principe, la position de M. Boulgakov n’a pas changé, beaucoup de ses œuvres ont continué à rester interdites, et malheureusement, il est mort sans voir beaucoup de ses œuvres publiées.

Son destin est un drame continu. Boulgakov a survécu aux révolutions, aux guerres (mondiales et civiles), à la pratique médicale en province et en première ligne, à la défaveur des autorités, à la pauvreté et à l’éclat, à la dépendance … Il a acquis une reconnaissance universelle de nombreuses années seulement après sa mort.

Il fallait être une personne extrêmement courageuse pour écrire sur de telles choses qui sont révélées dans ses écrits. Dans les œuvres qu’il nous a laissées, nous voyons comment un homme a lutté contre un régime totalitaire avec pour seul arme, ses textes, son talent. Aujourd’hui il est l’un des plus grands écrivains du xXe siècle, et c’est bien mérité.


« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Actes Sud.

« Martin Eden » de Jack London

classique, Littérature étrangère

Le roman de Jack London, Martin Eden (1909), est centré sur le personnage de Martin Eden, un jeune marin pauvre qui a grandi dans une famille ouvrière sans recevoir aucune éducation. Martin rêve d’être écrivain et de gravir les échelons de la classe sociale pour montrer au monde ce qu’il peut faire.

Au début du roman, Martin, qui vit à Oakland, a du mal à sortir de sa situation actuelle de prolétaire sans ressources pour faire quelque chose de lui-même. Il a pour mission de s’éduquer, ce qui, selon lui, est la clé pour améliorer sa vie.

« Sur les rayons des bibliothèques je vis un monde surgir de l’horizon. »

Dans sa vie et son époque, les stéréotypes sociaux et les préjugés culturels abhorrent les interactions entre les pauvres et les riches. Martin lutte d’autant plus qu’il est amoureux de Ruth Morse; une jeune bourgeoise issue d’une famille aisée. Il perçoit sa beauté comme un miracle, comme un reflet de la divinité qu’il ne pourra jamais toucher, alors qu’elle le voit comme un jouet nouveau, étrange et vivant. Deux mondes différents s’affrontent, et c’est ainsi que London soulève la question et peut-être la plus importante de l’histoire: quelle est la valeur réelle des statuts sociaux dans le monde s’ils n’apportent pas le bonheur ?

Au lieu de cela, Eden a choisi de garder Ruth comme raison pour devenir meilleur, ce qui est une autre raison de son incapacité à accepter la réalité : l’amour pour Martin est extrême, et il le rend faible et dans ces conditions le sentiment qui les animait tous deux était plus une illusion que de l’amour.

Le destin de Martin reflète les expériences de la propre vie de l’auteur. Au cours des premières années d’écriture, Jack London a rencontré de nombreuses difficultés, qui ont également influencé cette œuvre littéraire.

On y retrace l’évolution du personnage principal: de sa vie dans les arrière-cours des quartiers populaires à la grande célébrité du jeune homme dans les événements sociaux. Martin Eden est l’hymne à la volonté humaine, à l’énergie, et à l’attachement tenace en dépit des difficultés.

Malheureusement, son échec amoureux a fortement contribué à lui faire prendre conscience du pouvoir néfaste que représenterait son inclinaison aux exigences de ce milieu auquel il se sent si étranger. Et vraisemblablement, il ne possède pas assez de vie en lui pour affronter son environnement. L’histoire est structurée de manière à résumer la vie d’un homme confronté à la quête de sens, ce qui est surprenant, c’est son échec à aller au-delà de la prise de conscience « qu’il ne faut pas chercher un sens à la vie, il faut la vivre, un point c’est tout. » Ce que Jack dépeint dans ce roman c’est que son personnage a décidé de mourir alors que lui-même a décidé de vivre. Pour un temps seulement puisque la fin de cet homme n’a rien de Nietzschéen.

Cela dit, Martin Eden est aussi une peinture de société américaine au début du XXème siècle avec l’idée révolutionnaire selon laquelle le travail acharné et le succès étaient autodestructeurs dans une société mécanique peu esthétique. Une bonne façon de réussir à briser la volonté d’un individu aussi puissant et à en faire un cynique, absolument apathique.

« Il était au désespoir. Là-haut personne ne tenait à Martin Eden pour lui-même, en bas il ne pouvait plus supporter ceux qui l’avaient accepté autrefois. »

La vie de Jack London et la vie de son héros Martin Eden sont une illustration brillante de l’idée que le succès ne vient pas tout seul, mais s’accompagne de chagrin et de détresse. Et comme dit Nietzsche « l’homme est quelque chose qui doit être surmonter. »

Dans ce roman, j’ai aimé cette passion, cette humilité et cette relation physique à l’écriture, une écriture vécue qui permet aux lecteurs d’être au plus près de la réalité.


« Martin Eden » de Jack London aux editions Libretto.

« Dostoïevski » Virgil Tanase

biographie

Dostoïevski, dont la biographie révèle les secrets de la formation de sa pensée littéraire particulière, est l’un des meilleurs romanciers du monde. Féru de l’âme humaine, penseur profond, romancier sincère, Dostoïevski a écrit sur le spirituel et l’obscurité chez l’homme. Ses romans ont été influencés par sa propre vie mais aussi par la presse relatant des complots criminels.

Car Dostoïevski est avant tout un conteur de la réalité, tous ce qu’il voit, entend et lit est une source d’inspiration. Notamment les faits divers qui lui inspirent des personnages torturés et complexes.

Le moins que l’on puisse dire en effet est que ses personnages n’incarnent pas la modération: cynisme, outrancier, suicide, folie, militantisme révolutionnaire exacerbé et terrorisme.

Des êtres navigant entre sainteté et folies ayant pour but de développer des débats intellectuels d’une Russie politiquement déchirée.

« S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ce qui l’ignorent pour un de ses romans. Tant le héros, paradoxal et aux agissements surprenants se trouve pris dans la tourmente d’histoires si invraisemblables qu’elles semblent inventées. »

C’est peu dire, la vie de Dostoïevski est loin d’être un long fleuve tranquille. Un destin hors du commun. La mort prématurée de sa mère qu’il avait tant aimé, l’assassinat de son père. Les déboires de son adolescence et les humiliations que lui avaient fait subir ses confrères. Les mois passés au bagne dans les geôles de la forteresse Saint-Pierre et Paul, de sa condamnation à mort et du simulacre d’exécution. Les souffrances et les amertumes de la déportation expliquent en partie son premier mariage incongru avec une femme méchante et capricieuse qui rendait la vie de Dostoïevski insupportable. Sans compter, les décès prématurés de son frère adoré et de ses deux enfants. On pourrait épiloguer longtemps sur la vie de l’auteur, un homme qui a également souffert d’addiction – le démon du jeu l’a habité pendant une longue période de sa vie.

Dostoïevski a supporté au cours de sa vie les souffrances les plus atroces et les plus insurmontables. Le bagne a pour lui était un événement traumatique qui a entièrement changé sa vision des choses et notamment sa vision du libéralisme et de l’Occident. Il a des mots très durs envers la jeunesse occidentalisée qui selon lui agite des idées nihilistes: il la qualifie « d’inculte, veule, concupiscente et mondaine », il n’épargne pas non plus les révolutionnaires, il les accuse de vouloir détruire la paix universelle par le feu et la violence. Qui selon lui est la définition même du nihilisme et du vide.

« il est indispensable et inévitable d’avoir la conviction de l’immortalité de l’âme humaine… faute de foi en son âme et en l’immortalité de cette âme l’existence de l’homme est contre nature, inconcevable et intolérable. »

Il se définie comme un socialiste traditionnel russe. Une sorte d’union sacrée du politique et du religieux, L’autocratie et de l’orthodoxie, bannissant les idées nauséabondes du libéralisme occidental.

On peut dire aujourd’hui avec objectivité que le travail de l’écrivain a eu un impact énorme sur toute la littérature mondiale, de nombreux philosophes et écrivains ont par la suite reconnu l’influence du travail de Fiodor Dostoïevski sur leur vision du monde. Presque personne d’autre ne pouvait révéler et montrer si habilement la mystérieuse âme humaine. Dans ses œuvres, l’auteur considère que les questions morales ne peuvent devenir obsolètes au fil des siècles. Parce que certaines questions de choix moral se posent à toute personne au cours de sa vie. Les œuvres et les héros de Dostoïevski peuvent servir, sinon de miroir direct de sa propre âme.

Je le répète, la vie de Fiodor Dostoïevski a été pleine d’événements tristes et tragiques, l’écrivain a dû endurer beaucoup de chagrin et de perte. Malgré toutes les difficultés de la vie, Dostoïevski a réussi à devenir un écrivain célèbre même de son vivant. Malheureusement, il n’a jamais réussi à s’enrichir de son métier et a vécu plutôt modestement jusqu’à la fin de ses jours. La grande particularité de cet homme était le dévouement. Cela s’est reflété dans tous les domaines de sa vie. Des opinions politiques prononcées (modifiées à plusieurs reprises), des histoires d’amour et, surtout, la littérature, son art le plus précieux. Cette biographie présente des faits intéressants de la vie de Dostoïevski mais aussi des détails croustillants du destin et du chemin créatif de l’écrivain.

Après cette lecture, je me suis sentie plus proche de l’homme et de l’écrivain, je ne lirai plus ses œuvres de la même façon. Si comme moi vous êtes fan de Dostoïevski, je vous recommande ce livre .

« Le comte de Monte Cristo » d’Alexandre Dumas.

classique, Littérature française

Ce livre est un véritable chef-d’œuvre doté d’une intrigue absolument saisissante sur la délivrance de la justice. Dumas a cette capacité exceptionnelle à capturer et mettre l’accent sur les détails les plus infimes. Un fait incontestable dès les premières pages du livre.
Une histoire captivante, intelligente, émouvante. Je ne pense pas avoir jamais lu un livre avec autant de visages différents. L’histoire a pour thèmes: l’amour, la jalousie, la haine, le désespoir, la vengeance, les remords, la pitié, le chagrin, et la liste est longue …tout ce à quoi vous pouvez penser est magistralement fait dans ce livre.

En ce qui concerne la narration « Le comte de Monte Cristo » est raconté du point de vue de la troisième personne, mettant en scène un narrateur omniscient. Ce point de vue permet à Dumas d’explorer le fonctionnement psychologique des personnages afin d’inclure des commentaires sociaux et politiques dans un style fluide et sophistiqué en utilisant juste la bonne quantité de description nécessaire pour la compréhension de l’histoire et laisse ensuite les personnages prendre le relais. De plus, il a cette merveilleuse façon de toujours donner envie au lecteur de passer au chapitre suivant.

Historiquement, le récit couvre la période de l’histoire française de 1814 -1830, on est porté à travers les cent jours de la dynastie de Napoléon, les règnes de Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe, et la révolution de juillet. Cependant, ces événements n’empiètent pas particulièrement sur l’histoire puisque les développements politiques façonnent la vie de chaque personnage.

Ce roman inclut le protagoniste Edmond Dantès, qui est sur le point d’être marié à l’amour de sa vie, Mercédès. Cependant, les antagonistes Fernand et Danglars, tous deux enivrés de jalousie, complotent ensemble pour incriminer Dantès. En raison d’un conflit d’intérêts avec le procureur, Dantès est envoyé à tort au Château d’If, l’une des plus grandes prisons pour les pires criminels avec pour motif d’être un agent bonapartiste.
Après une évasion réussie et un retour secret en France, Dantès émerge avec un nouveau nom: le comte de Monte Cristo.
Cela prend quelques années, mais le comte conçoit un plan pour rendre justice à tous les hommes qui l’ont fait souffrir…

L’une des idées principales du livre est la vengeance. La vengeance est-elle justifiable? Avons-nous toujours besoin de se sentir « gagnant » de toutes les situations ? Est-il acceptable de réagir de la sorte à chaque provocation ?

La vengeance du comte de Monte Cristo est mise en œuvre de façon extrême et violente. Dantès sent que la vengeance est son seul recours, et il justifie ses actes en se persuadant qu’il exécute la volonté de Dieu, ou la Divine Providence. Malheureusement cette vengeance a des conséquences et Dantès en est la première victime.
Le problème avec le châtiment est que celui qui le distribue ne peut pas prédire toutes les conséquences. Malheureusement, Monte Cristo le découvre lorsque Madame de Villefort empoisonne l’innocent Édouard.

Ce livre est tellement de choses: il est épique, complexe et passionnant; c’est déchirant, douloureux et romantique. Une belle analyse sur la société et la condition humaine, ainsi que les profondeurs du désespoir, de la corruption et de la dépravation.
Edmond Dantès restera mon personnage préféré en littérature, même si ce livre a été écrit en 1844, je crois qu’il peut nous ouvrir les yeux sur certains défauts que nous avons tous. Je le recommande vivement à tous les lecteurs passionnés avec seulement deux mots qui prennent tout leur sens « Attendre et Espérer« .

« Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n’oubliez jamais que, jusqu’au jour où Dieu daignera dévoiler l’avenir à l’homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : « Attendre et espérer ! »


« Le comte de Monte Cristo » d’Alexandre Dumas – Éditions Le livre de Poche

« Les carnets du sous-sol » de Fiodor Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« Les carnets du sous-sol » est un ouvrage qui a largement influencé la littérature du XXe siècle (On pense à Camus). Cette œuvre a également été saluée par Freud et Nietzsche, ce dernier s’est inspiré de ce récit pour faire naître le concept du ressentiment avec l’espoir d’en sortir par la volonté du surhomme.

C’est dans cette histoire, dont le héros, un fonctionnaire à la retraite, soumet sa confession au jugement du lecteur, dont les idées existentialistes ont été découvertes pour la première fois. Faisant preuve d’un esprit et d’un courage extraordinaire, cet anonyme de Saint-Pétersbourg examine sa propre conscience, sa propre âme.
Il est incapable de se réconcilier avec la réalité et éprouve de la « culpabilité » pour l’ordre mondial imparfait qui cause la souffrance. Vivant en enfer dans une complète aliénation, ravagé d’amour propre, il détruit consciemment le bonheur qu’il lui était offert.

« Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout: ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête – ni un héros ni un insecte. Maintenant que j’achève ma vie dans mon trou, je me moque de moi-même et je me console avec cette certitude aussi bilieuse qu’inutile: car quoi, un homme intelligent ne peut rien devenir – il n’y a que les imbéciles qui deviennent. »

Dans le sous-sol psychologique et méprisant du monde des vivants, il pose des questions existentielles: qu’est-ce qu’une personne et quel est son but? Il proteste contre la bonté et la connaissance, contre une croyance inconditionnelle dans le progrès de la science et de la civilisation, et aime se torturer et torturer les autres.

« D’où vient que vous êtes si fermement, si triomphalement persuadés que seul le positif et le normal – bref, en un mot, le bien-être – sont dans les intérêts des hommes ? Votre raison ne se trompe-t-elle pas dans ses conclusions ? Et si les hommes n’aimaient pas seulement le bien-être ? Et s’ils aimaient la souffrance exactement autant ? Si la souffrance les intéressait tout autant que le bien-être ? »

L’enfer du sous-sol est d’abord un enfer mental que l’auteur a vécu dans l’enfer du bagne en Sibérie, éloigné du monde, isolé du reste de l’humanité, il développe un intérêt pour les souffrances du peuple russe. Mais l’enfer de Dostoïevski c’est aussi le démon du jeu qui le conduit à s’endetter lourdement pendant de longues années échappant de peu à la prison.

Dans cette histoire philosophique, il y a également une approche sur l’essence humaine, la nature de nos désirs, sur la relation entre la raison et la volonté. Dans la première partie, le héros, un « homme souterrain », dépourvu de nom et de prénom, se dispute avec des adversaires imaginaires et réels, réfléchit sur les raisons profondes des actions humaines, sur le progrès et la civilisation. Dans la deuxième partie, la théorie cède la place à la pratique: le héros parle d’un dîner amical scandaleux et de son voyage dans un bordel, où il rencontre la prostituée Lisa.

Par un examen presque clinique de la conscience de cette homme, Dostoïevski nous pousse volontairement ou involontairement à questionner notre propre conscience. On ne peut qu’admirer l’habileté psychologique de Dostoïevski et sa connaissance de l’âme russe. En lisant la confession de ce fonctionnaire, nous sommes imprégnés d’une profonde hostilité à son égard, mais avec horreur nous reconnaissons en lui les traits qui se trouvent dans les lieux les plus sombres de notre esprit. Tout au long de la lecture, je me suis demandé si les lecteurs seraient horrifiés par cette personne ? Et pourtant malgré mon aversion pour le personnage, je me suis reconnue en partie en lui. Et cette constatation est assez effrayante.

Cette histoire pourrait être considérée comme une description d’un cas clinique avec des symptômes évidents et variés de manie de persécution. Mon intérêt pour elle se limite à la recherche de style. Les thèmes de Dostoïevski, ses stéréotypes et ses intonations sont présentés ici de la manière la plus vivante.

J’en conclus que ce livre vous donne matière à réfléchir sur l’image que vous avez de vous même et sur le monde, n’ayez pas peur de creuser, de pousser la réflexion, d’aller au plus profond de vous-même. Il sera absolument impossible de ne pas le faire après avoir lu ce livre.


« Les carnets du sous-sol » de F.Dostoïevski aux Éditions Actes Sud – Collection Babel

« La fenêtre panoramique » de Richard Yates

contemporain, Littérature étrangère

« La fenêtre panoramique » est le premier et le plus grand roman de Richard Yates, qui n’a pas toujours été considéré comme un classique. Au cours de sa vie, Yates a vendu très peu de livres et au moment de sa mort en 1992, il avait été largement oublié. Ces dernières années, le livre a été redécouvert par une nouvelle génération de lecteurs attirés par un roman qui est un récit saisissant et poignant d’une famille en crise.

Situé dans une Amérique prospère dans les années 1950, le roman se concentre sur un jeune couple marié, Frank et April Wheeler, qui se sentent pris au piège dans leur mode de vie banal. Le couple cherche à sortir de leur quotidien, voulant abandonner leurs voisins, leurs amis et se rendre en France pour commencer une nouvelle vie, une sorte de quête à atteindre pour améliorer leur relation. Cependant, les circonstances conspirent contre eux, leurs tentatives pour recommencer un nouveau départ se heurtent à des complications inattendues et tragiques.  

Frank et April Wheeler, les protagonistes du roman de Richard Yates sont enfin de compte des gens ordinaires. Lui, travaille en ville dans ce qu’il appelle «un job désespérément ennuyeux»; elle, est mère de deux enfants. Ils vivent dans la rue « Revolutionary road« qui donne son titre au roman orignal, dans une banlieue à l’emporte-pièce de New York.

Dans un peu plus de 300 pages, rien d’extraordinaire ne leur arrive, du moins pas jusqu’à la fin: Frank et April traitent de l’insatisfaction et de la peur, de la maternité et de l’ambition, et du rêve d’évasion. Pourtant, malgré ce manque d’action, « La fenêtre panoramique » est un roman extrêmement émouvant, avec un témoignage essentiel de l’Amérique du milieu du XXe siècle.

La fenêtre panoramique est un roman indéniablement sombre et un portrait dévastateur de la vie moderne mais l’écriture de Yates nous sauve du désespoir. Les personnages ne sont jamais réduits à des victimes passives de leur sort; c’est précisément parce qu’on voit les différents chemins qu’ils auraient pu emprunter qui rend le livre tragique. 

Yates retrace chaque acte ou décision qui conduit à la chute des Wheelers, montrant non seulement une croyance en l’action humaine, mais une compréhension de la manière dont elle est compromise ou entravée. 

Il mérite d’être considéré comme un roman américain classique, non seulement comme une sorte d’accusation du rêve américain, mais aussi comme un commentaire intéressant sur l’institution de la famille.


« La fenêtre panoramique » de Richard Yates – aux Editions Robert Laffont – collection Pavillons poche.

« La cloche de détresse » de Sylvia Plath

classique, Littérature étrangère

Sylvia Plath est l’une des poétesses les plus vénérées du XXe siècle. En lisant son travail, vous remarquez comment elle est capable de capturer ce qui est parfois caché dans les profondeurs de notre esprit – les pensées et les croyances que nous déguisons souvent. En approfondissant un peu sa vie personnelle, vous ne pouvez pas ignorer ses problèmes de santé mentale et la façon dont certains de ces problèmes se reflètent dans ses écrits.

Ce roman écrit par Sylvia Plath est évidemment une histoire inspirée par sa propre vie sans être une autobiographie directe, les parallèles sont clairs si vous connaissez la vie de Plath.

L’intrigue tourne donc autour d’une jeune femme nommée Esther Greenwood qui travaille sur un court stage en tant que rédactrice en chef d’un magazine invité à New York dans les années 1950. Il est révélé tout au long du roman qu’Esther lutte contre la dépression et, après la fin de son stage, ne sachant pas quoi faire de son avenir, elle commence à essayer de se suicider de différentes manières. Finalement, Esther fait une overdose de somnifères et se réveille à l’hôpital. Elle est transférée dans un asile où elle décrit de façon glaçante le traitement de la dépression par électrochocs. À la fin du roman, Esther est sur le point de retourner à l’université mais bien consciente que la présence de sa maladie mentale pourrait se réaffirmer dans le futur.

« Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c’est le monde lui-même qui est le mauvais rêve. »

La complexité étrange des attentes imposées à Esther et la façon dont ces contraintes heurtent ses propres désirs allant même jusqu’à se conformer aux injonctions sociales dont les femmes d’hier et d’aujourd’hui sont les premières concernées, ce qui illustre extrêmement bien le stress, la tension et les dilemmes internes auxquelles elles doivent faire face. Les femmes qui ne veulent pas des choses «normales».

« Comme ça semblait simple pour les femmes autour de moi d’avoir des enfants ! Pourquoi n’étais-je pas maternelle du tout, pourquoi étais-je si à part? Devoir m’occuper toute la journée d’un enfant me rendrait dingue. »

Non seulement c’est un excellent commentaire sur le féminisme et son importance pour rendre la vie des femmes plus simple et plus égale à celle des hommes, en supprimant les pressions irréalistes que la société exerce sur elles, mais cela donne également un excellent aperçu de la façon dont de telles pressions peuvent entraîner une maladie mentale (et cela s’applique aux hommes et aux femmes bien évidemment). Cet aspect est d’autant plus poignant que Plath s’est suicidée quelques semaines après la publication de ce livre.

C’est une grande tragédie que ce soit son seul grand roman après son suicide cruellement inévitable à seulement 31 ans.

Mais cela dit, le roman est nostalgique de la meilleure des manières car il n’efface pas l’obscurité de l’époque. À la fois mélancolique et sarcastique, adoptant une narration non linéaire mais qui n’est en rien dérangeant dans la compréhension de la position de l’histoire. 

Ce livre aborde de fortes discussions sur les thématiques comme: la santé mentale, la féminité et les différences socio-économiques. Tout cela se passe alors que E.Greenwood vit pour la première fois hors de chez elle.

Ce roman est un rappel à ceux qui ont grandi en apprenant à naviguer dans le monde et une excellente lecture pour ceux qui sont sur le point de faire un pas important dans leur vie. Lire ceci dans une période de transition entre les écoles, les carrières, les déménagements vers les villes ou d’autres événements majeurs peut s’avérer être particulièrement encourageant et permet aux lecteurs de trouver du réconfort dans cette histoire. 

Un récit qui marque, des passages qui resteront gravés dans ma mémoire, tant par l’écriture que la sensibilité omniprésente dans ce livre qui vous rend inévitablement mélancolique.

Si vous vous intéressez à la santé mentale et à sa représentation dans la littérature, ce livre est à lire absolument.


« La cloche de détresse » de Sylvia Plath – Éditions DENOËL .

« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig

biographie

Zweig nous mène sur les traces du plus grand médecin de l’âme, vers des zones inexplorées et obscures de l’esprit. Freud pour qui il a une grande admiration, homme froid, distant mais sincère consacrera 50 ans de sa vie à la recherche psychanalytique.

Dans les premières lignes, Zweig entreprend une exploration de la morale au XIXe siècle et comment toute une société se cantonnait à une médecine traditionnelle, rationnelle et archaïque. Une science emplit de morale qui refoule le désir sexuel et par conséquent provoque une grande partie des névroses selon Freud. Selon lui: 

« les névroses naissent là ou des obstacles extérieurs ou intérieurs entravent la satisfaction réelle des besoins exotiques. »

Dès son arrivée à Paris, Freud est impressionné par Charcot, tant par ses qualités d’orateur que par les nouvelles interrogations que ses interventions suscitent. Notamment les découvertes sur les causes traumatiques de l’hystérie chez l’homme…

Fort de ce savoir, il continuera par la suite à concentrer ses recherches dans lesquelles Freud et Breuer présentent les succès obtenus par eux dans le traitement des symptômes hystériques et leurs premières hypothèses. En partant de l’hystérie, Freud et Breuer avaient trouvé  une formule révélatrice: les névroses et la plupart des troubles psychiques naissent un désir non satisfait, entravé et refoulé dans l’inconscient.

L’inconscient qui se définit très généralement comme l’ensemble des représentations refoulées par le moi parce qu’elles sont incompatibles avec les valeurs « morales » du surmoi.

Chez Freud, la conscience n’est que la surface d’un iceberg entièrement immergé et constitué par le pouvoir de l’inconscient. La conscience n’est que ce qui est connu de soi-même : il se passe dans le psychisme bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience. -interprétation des rêves (le sommeil décharge les tensions et les désirs non assouvis.)

Freud en s’intéressant à « la psychologie abyssale » à remédier à une lacune, celle d’une science inexplorée. Il a assigné la psychanalyse à une science nouvelle et moderne dont on ne voit pas encore les limites. Et nous comprenons grâce a Stefan Zweig que c’est une médecine qui dépasse la simple analyse de l’âme, cette discipline exige une connaissance de l’âme humaine, de la faculté de s’introduire par la pensée et le sentiment dans les destins les plus inconnus.

« la rareté de ses vrais maîtres de l’âme me paraît être la raison pour laquelle la psychanalyse restera toujours une vocation à la portée de quelques-uns et ne pourra jamais être considérée comme un métier et une affaire. »

Toujours dans cette idée de comprendre l’inconscient tout en contrecarrant la vanité du siècle, il se penche sur la science sexuelle. Il théorise la libido, dans la première théorie des pulsions, en tant qu’énergie psychique employée dans une dialectique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d’autoconservation, puis entre les pulsions sexuelles et les «  pulsions du Moi« . Freud présente la libido en tant que manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion sexuelle.

Stefan Zweig aborde également le complexe dit d’œdipe, que Freud présente comme un des piliers fondamentaux de son édifice psychanalytique.

Dans une vision générale , Zweig apporte une portée philosophique à son propos, en particulier lorsqu’il décrit et explicite l’antagonisme entre la civilisation et l’instinct. Qui personnellement me fait penser également aux travaux de Nietzsche car le philosophe en s’intéressant à la morale aborde la logique de comprendre l’homme à partir de ses racines et de ses instincts élémentaires. 

En fin psychologue, Zweig adhère pleinement aux thèses freudiennes et il en mesure précisément l’impact sur la société en 1930.

« Celui qui a appris à comprendre l’être humain en lui-même le comprend en tous les hommes. »


« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig – éditions Le livre de Poche.

« Le gai savoir » de Friedrich Nietzsche

philosophie, Sciences humaines

Comment évaluer Nietzsche ? Son écriture est si riche, si surabondante, si débordante, qu’évaluer ses œuvres, c’est comme essayer d’abreuver une cascade. Il est décrit comme un libre penseur, un essayiste, un poète, un sage, un névrosé, un fou furieux, un visionnaire…

Le titre importe peu, je suppose; Bien que sans repère de comparaison, je reste dans l’ignorance pour mesurer Nietzsche aux autres philosophes. Finalement, j’ai décidé de peser très modestement Nietzsche contre lui-même. 

Cet essai est facilement l’une des œuvres les plus fortes de Nietzsche. Publié pour la première fois en 1882 après sa rupture avec Wagner et sa renonciation à Schopenhauer, alors qu’il développait encore ses idées les plus caractéristiques. En effet, dans ce livre, on trouve la première proclamation de Nietzsche que «Dieu est mort», ainsi que la première mention de l’Éternel retour. Beaucoup de critiques de Nietzsche sur la science, l’humanisme, le libéralisme et surtout la morale se retrouvent sous une forme naissante dans ces pages.

Il rend tout d’abord hommage à la culture occitane qui rayonnait sur tout le sud de l’Europe à l’époque du Moyen Âge, au XIIe siècle, ainsi qu’aux troubadours, des penseurs libres.

En écrivant ce livre pendant deux ans, l’auteur lutte contre une maladie grave et va tenter de dégager des vérités claires sans chercher d’absolu, par des aphorismes.

Le Gai Savoir représente une manière positive de voir la vie et la réflexion ; le but du philosophe selon lui est tout d’abord de s’interroger sur la vérité, qui est le but de toute philosophie, ensuite de placer la vie et surtout celle de l’Homme (l’espèce et non l’individu) comme première de toutes les valeurs, et enfin de rapprocher l’art et les sciences.

Le projet central de Nietzsche, en quelques mots, consistait à remettre en question les valeurs et les hypothèses fondamentales de l’histoire occidentale et donc de la morale dominante. Pour lui, la démocratie est le triomphe de la plus grossière des morales utilitaires, elle sacrifie les grands intérêts aux commodités de la vie. Nietzsche en s’intéressant à la morale et le rôle qu’elle prend dans la société, évoque également la morale de l’esclave, ou la « morale du troupeau » qui enseigne que la société ne doit servir qu’à procurer le plus de bonheur possible aux faibles,aux petits, aux infirmes, aux médiocres et aux imbéciles. Cette morale constituerait une entrave à la volonté de puissance et donc à la possibilité d’être un surhomme. Cet homme nouveau qui combat pour la connaissance et l’amour des idées:

« Cette époque doit ouvrir la voie à une époque plus haute encore et rassembler la force dont celle-ci aura besoin un jour – lorsqu’elle introduira l’héroïsme dans la connaissance et fera la guerre pour la pensée et pour ses conséquences. Voilà pourquoi il faut que dès maintenant des hommes vaillants préparent le terrain… » (283)

Nietzsche aborde cela d’un point de vue anthropologique, il faut être dans la logique de comprendre l’homme à partir de ses racines, de ses instincts élémentaires:

« L’homme le plus nuisible est peut-être encore le plus utile au point de vue de la conservation de l’espèce ; car il entretient chez lui, ou par son influence sur les autres, des instincts sans lesquels l’humanité serait amollie ou corrompue depuis longtemps. » (p.93)

Nietzsche donne également des clefs de compréhensions sur le terme « dieu est mort » . La mort de Dieu représente pour les considérations morales établies (dévalorisation des valeurs supérieures).

C’est pourquoi dans l’aphorisme 125, l’insensé s’adresse non pas à des croyants mais plutôt à des athées. Le but est de contrecarrer le nihilisme, c’est à dire la perte de sens et des valeurs en l’absence d’un ordre divin.

Nietzsche pensait que la majorité des hommes refusent simplement d’admettre cette « mort de Dieu », et ce à cause de l’angoisse qui en découle.

De plus, je ne sais pas ce que les femmes ont fait à Nietzsche pour qu’il soit aussi acerbe envers elles, mais je suis certaine qu’il mêle un peu d’amour à la haine qu’il leur a vouée . Comme disait Shakespeare « I love and hate her » :

« Le charme et l’effet le plus puissant de la femme, c’est, pour parler le langage des philosophes, leur action à distance : mais pour cela il faut d’abord et avant tout — de la distance ! » (60)

Et puis, il y a le concept de l’éternel retour qui est un des concepts les plus connus de la philosophie nietzschéenne , Nietzsche soutient l’idée que pour éviter de sombrer dans le néant et donc le nihilisme, Il faut vivre de telle sorte que l’on puisse souhaiter que chaque instant se reproduise éternellement.  Et c’est donc pour lui une façon d’atteindre « l’amor fati » Ou l’amour du destin dans le bonheur comme dans le malheur. La condition pour développer la volonté de puissance et l’amour de la vie. Car selon Nietzsche, nous devons être capable de voir la beauté que nous offre le hasard et de lui donner un sens: 

« Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Je veux n’être qu’un jour qu’affirmateur ! » (276)

L’œuvre de Nietzsche n’est certes pas facile à lire mais, comme toujours, il offre de grandes perspectives sur la condition humaine et la quête de la vérité. Il explore un large éventail de questions telles que la moralité, la science, la religion, le sens, l’égoïsme, l’altruisme et la souffrance. Il le fait d’une manière incroyablement complexe où il vous met au défi en tant que lecteur d’essayer de comprendre ce qu’il dit. Selon ses propres mots: 

« On ne tient pas seulement à être compris quand on écrit, mais tout aussi certainement à ne pas l’être. Ce n’est nullement une objection suffisante contre un livre, si une quelconque personne le juge incompréhensible : peut-être cela même rentrait-il dans les intentions de l’auteur, – il ne voulait pas être compris par n’importe qui ». (381)

Si vous essayez de lire ceci et que vous êtes découragés par sa complexité, je vous encourage à continuer car cela en vaut vraiment la peine. L’une des clés de la lecture de la philosophie consiste à abandonner l’idée que vous allez tout comprendre, même la plupart de ce que vous lisez. C’est pourquoi ces textes peuvent être étudiés pendant des siècles. Personne ne les comprend pleinement, probablement pas Nietzsche lui-même.

Nietzsche m’a appris à savoir me contredire en permanence car remettre en question nos croyances c’est éprouvé une bonne conscience. N’oublions pas que seuls les esprits simplistes rejettent la contradiction. Il m’a aussi appris à placer l’art au-dessus de la science, la connaissance au-dessus de « la vérité » et comme toujours l’affirmation de la vie contre la bêtise. De vivre comme un artiste qui sublime son sujet. Comme ce dernier chacun doit être capable de sublimer et de rendre beau chaque détail de la vie quotidienne. Mais surtout, le maître m’a appris qu’il était possible de penser avec lui et contre lui. Merci M. Nietzsche.


« Le gai savoir » de Friedrich Nietzsche – Éditions Le livre de Poche