« Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar.

classique, Littérature française

« La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m’ont appris à apprécier les gestes. » Animula vagula blandula, p. 302

Ce livre est raconté par le légendaire empereur romain Hadrien et se présente sous la forme d’une « lettre testamentaire » adressée au successeur et petit-fils adoptif d’Hadrien, Marc Aurèle. « Mon cher Marc», écrit-il, «Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène. » Ayant commencé sa lettre avec la simple intention d’informer son jeune héritier que sa maladie est mortelle.

La voix utilisée tout au long du roman rappelle les méditations de Marc Aurèle, Ce sont les réflexions d’un homme malade qui tient audience avec ses souvenirs dans un compte rendu détaillé de sa vie, ses voyages, ses réalisations. Il était l’un des dirigeants les plus pacifiques de l’ histoire de l’empire romain.

Au cœur du récit se trouve les moments glorieux de son règne, les détails intimes de sa vie comme son amour pour le jeune Antinoüs et son désespoir après l’inévitable déclin de sa jeunesse…

« Je souris amèrement à me dire qu’aujourd’hui, sur deux pensées, j’en consacre une à ma propre fin, comme s’il fallait tant de façons pour décider ce corps usé à l’inévitable. À cette époque, au contraire, un jeune homme qui aurait beaucoup perdu à ne pas vivre quelques années de plus risquait chaque jour allègrement son avenir. » chap. Animula Vagula Blandula, p. 59

Un parfait équilibre entre le langage factuel et poétique. Elle entrelace des passages de pensée philosophique et de méditation avec des descriptions d’événements, des procédures, des commentaires sur l’économie et la guerre.

Écrire les mémoires de quelqu’un n’est pas une mince affaire. Surtout quand ce quelqu’un est un empereur… Le plus incroyable c’est qu’à aucun moment vous ne ressentez la présence de l’auteure. Elle s’est complètement effacée et a laissé l’histoire prendre le dessus. Donc non pour moi ce livre n’est pas un roman bien qu’il soit qualifié d’œuvre « fictionelle historique ». Il n’a pas pour but de divertir, c’est la confession de la vie d’un homme et d’un chef d’état.

La combinaison des recherches qui ont été menées sur la vie d’Hadrien, avec une interprétation réaliste sur l’esprit d’État, l’art, la justice et la philosophie est savamment entrepris. Je suis restée stupéfaite de l’étendue des connaissances de l’auteure sur l’histoire, la politique et la philosophie.

Yourcenar a créé ici un portrait vivant et honnête de l’empereur. Ce qui veut dire que, les souvenirs et les réflexions d’Hadrien sont tout à fait crédibles.

En conclusion « les mémoires d’Hadrien » est un texte empreint d’érudition avec un style élégant mais sans prétention.

Très certainement un livre que je relirai encore et encore.


« Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar – Éditions Gallimard.

« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov

autobiographie

M. Boulgakov est un écrivain, dramaturge russe. Auteur de romans, nouvelles, feuilletons et plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. Et la liste est longue…

Le thème des œuvres de Boulgakov est déterminé par l’attitude de l’auteur envers le régime soviétique, l’écrivain ne se considérait pas comme un ennemi de celui-ci, mais évaluait la réalité de manière très critique, estimant que ses dénonciations satiriques étaient bénéfiques pour le pays et le peuple.

Ces écrits nous permettent d’avoir son point de vue sur les problèmes sociaux et littéraires les plus sensibles de l’époque, pour comprendre l’œuvre de l’écrivain, mais aussi pour caractériser la période correspondante dans le développement de la littérature soviétique, pour comprendre l’essence du conflit entre l’artiste et les autorités au milieu des années vingt.

Écrit entre le milieu des années 20 et le début des années 30, dans la période la plus difficile de la vie de l’écrivain, lorsque toutes ses pièces ont été interdites, pas une seule ligne n’est parue imprimée, une grave dépression mentale a affecté l’artiste, ce livre révèle Boulgakov sous un autre angle, de façon plus intime en tant qu’écrivain et mais aussi en tant que personne. Ces écrits permettent au lecteur de voir la relation du créateur avec les autorités, de retracer comment se développe le sort d’un artiste condamné à la censure.

En raison des critiques de la révolution russe, ils ont cessé de le publier et les performances basées sur ses pièces n’ont pas été mises en scène. Boulgakov a écrit une lettre à Staline et au gouvernement dans laquelle il lui a demandé soit de lui donner la possibilité de travailler, soit de lui permettre d’émigrer.

« Tout cela dure depuis tantôt dix ans ; mes forces sont brisées ; je n’ai plus le courage d’exister dans une atmosphère de traque, je sais désormais qu’à l’intérieur de l’URSS il m’est interdit de publier mes livres ou de faire jouer mes pièces ; mes nerfs sont dérangés ; je m’adresse donc à vous pour vous demander d’intervenir en ma faveur auprès du gouvernement de l’URSS : QUE L’ON M’EXPULSE D’URSS EN COMPAGNIE DE MA FEMME L.E. BOULGAKOVA QUI SE JOINT À MOI POUR APPUYER MA DEMANDE.»

Suite à cela Staline pris contact et Boulgakov est accepté au Théâtre d’art de Moscou en tant que directeur adjoint.

Cependant, en principe, la position de M. Boulgakov n’a pas changé, beaucoup de ses œuvres ont continué à rester interdites, et malheureusement, il est mort sans voir beaucoup de ses œuvres publiées.

Son destin est un drame continu. Boulgakov a survécu aux révolutions, aux guerres (mondiales et civiles), à la pratique médicale en province et en première ligne, à la défaveur des autorités, à la pauvreté et à l’éclat, à la dépendance … Il a acquis une reconnaissance universelle de nombreuses années seulement après sa mort.

Il fallait être une personne extrêmement courageuse pour écrire sur de telles choses qui sont révélées dans ses écrits. Dans les œuvres qu’il nous a laissées, nous voyons comment un homme a lutté contre un régime totalitaire avec pour seul arme, ses textes, son talent. Aujourd’hui il est l’un des plus grands écrivains du xXe siècle, et c’est bien mérité.


« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Actes Sud.

« Dostoïevski » Virgil Tanase

biographie

Dostoïevski, dont la biographie révèle les secrets de la formation de sa pensée littéraire particulière, est l’un des meilleurs romanciers du monde. Féru de l’âme humaine, penseur profond, romancier sincère, Dostoïevski a écrit sur le spirituel et l’obscurité chez l’homme. Ses romans ont été influencés par sa propre vie mais aussi par la presse relatant des complots criminels.

Car Dostoïevski est avant tout un conteur de la réalité, tous ce qu’il voit, entend et lit est une source d’inspiration. Notamment les faits divers qui lui inspirent des personnages torturés et complexes.

Le moins que l’on puisse dire en effet est que ses personnages n’incarnent pas la modération: cynisme, outrancier, suicide, folie, militantisme révolutionnaire exacerbé et terrorisme.

Des êtres navigant entre sainteté et folies ayant pour but de développer des débats intellectuels d’une Russie politiquement déchirée.

« S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ce qui l’ignorent pour un de ses romans. Tant le héros, paradoxal et aux agissements surprenants se trouve pris dans la tourmente d’histoires si invraisemblables qu’elles semblent inventées. »

C’est peu dire, la vie de Dostoïevski est loin d’être un long fleuve tranquille. Un destin hors du commun. La mort prématurée de sa mère qu’il avait tant aimé, l’assassinat de son père. Les déboires de son adolescence et les humiliations que lui avaient fait subir ses confrères. Les mois passés au bagne dans les geôles de la forteresse Saint-Pierre et Paul, de sa condamnation à mort et du simulacre d’exécution. Les souffrances et les amertumes de la déportation expliquent en partie son premier mariage incongru avec une femme méchante et capricieuse qui rendait la vie de Dostoïevski insupportable. Sans compter, les décès prématurés de son frère adoré et de ses deux enfants. On pourrait épiloguer longtemps sur la vie de l’auteur, un homme qui a également souffert d’addiction – le démon du jeu l’a habité pendant une longue période de sa vie.

Dostoïevski a supporté au cours de sa vie les souffrances les plus atroces et les plus insurmontables. Le bagne a pour lui était un événement traumatique qui a entièrement changé sa vision des choses et notamment sa vision du libéralisme et de l’Occident. Il a des mots très durs envers la jeunesse occidentalisée qui selon lui agite des idées nihilistes: il la qualifie « d’inculte, veule, concupiscente et mondaine », il n’épargne pas non plus les révolutionnaires, il les accuse de vouloir détruire la paix universelle par le feu et la violence. Qui selon lui est la définition même du nihilisme et du vide.

« il est indispensable et inévitable d’avoir la conviction de l’immortalité de l’âme humaine… faute de foi en son âme et en l’immortalité de cette âme l’existence de l’homme est contre nature, inconcevable et intolérable. »

Il se définie comme un socialiste traditionnel russe. Une sorte d’union sacrée du politique et du religieux, L’autocratie et de l’orthodoxie, bannissant les idées nauséabondes du libéralisme occidental.

On peut dire aujourd’hui avec objectivité que le travail de l’écrivain a eu un impact énorme sur toute la littérature mondiale, de nombreux philosophes et écrivains ont par la suite reconnu l’influence du travail de Fiodor Dostoïevski sur leur vision du monde. Presque personne d’autre ne pouvait révéler et montrer si habilement la mystérieuse âme humaine. Dans ses œuvres, l’auteur considère que les questions morales ne peuvent devenir obsolètes au fil des siècles. Parce que certaines questions de choix moral se posent à toute personne au cours de sa vie. Les œuvres et les héros de Dostoïevski peuvent servir, sinon de miroir direct de sa propre âme.

Je le répète, la vie de Fiodor Dostoïevski a été pleine d’événements tristes et tragiques, l’écrivain a dû endurer beaucoup de chagrin et de perte. Malgré toutes les difficultés de la vie, Dostoïevski a réussi à devenir un écrivain célèbre même de son vivant. Malheureusement, il n’a jamais réussi à s’enrichir de son métier et a vécu plutôt modestement jusqu’à la fin de ses jours. La grande particularité de cet homme était le dévouement. Cela s’est reflété dans tous les domaines de sa vie. Des opinions politiques prononcées (modifiées à plusieurs reprises), des histoires d’amour et, surtout, la littérature, son art le plus précieux. Cette biographie présente des faits intéressants de la vie de Dostoïevski mais aussi des détails croustillants du destin et du chemin créatif de l’écrivain.

Après cette lecture, je me suis sentie plus proche de l’homme et de l’écrivain, je ne lirai plus ses œuvres de la même façon. Si comme moi vous êtes fan de Dostoïevski, je vous recommande ce livre .

« Le comte de Monte Cristo » d’Alexandre Dumas.

classique, Littérature française

Ce livre est un véritable chef-d’œuvre doté d’une intrigue absolument saisissante sur la délivrance de la justice. Dumas a cette capacité exceptionnelle à capturer et mettre l’accent sur les détails les plus infimes. Un fait incontestable dès les premières pages du livre.
Une histoire captivante, intelligente, émouvante. Je ne pense pas avoir jamais lu un livre avec autant de visages différents. L’histoire a pour thèmes: l’amour, la jalousie, la haine, le désespoir, la vengeance, les remords, la pitié, le chagrin, et la liste est longue …tout ce à quoi vous pouvez penser est magistralement fait dans ce livre.

En ce qui concerne la narration « Le comte de Monte Cristo » est raconté du point de vue de la troisième personne, mettant en scène un narrateur omniscient. Ce point de vue permet à Dumas d’explorer le fonctionnement psychologique des personnages afin d’inclure des commentaires sociaux et politiques dans un style fluide et sophistiqué en utilisant juste la bonne quantité de description nécessaire pour la compréhension de l’histoire et laisse ensuite les personnages prendre le relais. De plus, il a cette merveilleuse façon de toujours donner envie au lecteur de passer au chapitre suivant.

Historiquement, le récit couvre la période de l’histoire française de 1814 -1830, on est porté à travers les cent jours de la dynastie de Napoléon, les règnes de Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe, et la révolution de juillet. Cependant, ces événements n’empiètent pas particulièrement sur l’histoire puisque les développements politiques façonnent la vie de chaque personnage.

Ce roman inclut le protagoniste Edmond Dantès, qui est sur le point d’être marié à l’amour de sa vie, Mercédès. Cependant, les antagonistes Fernand et Danglars, tous deux enivrés de jalousie, complotent ensemble pour incriminer Dantès. En raison d’un conflit d’intérêts avec le procureur, Dantès est envoyé à tort au Château d’If, l’une des plus grandes prisons pour les pires criminels avec pour motif d’être un agent bonapartiste.
Après une évasion réussie et un retour secret en France, Dantès émerge avec un nouveau nom: le comte de Monte Cristo.
Cela prend quelques années, mais le comte conçoit un plan pour rendre justice à tous les hommes qui l’ont fait souffrir…

L’une des idées principales du livre est la vengeance. La vengeance est-elle justifiable? Avons-nous toujours besoin de se sentir « gagnant » de toutes les situations ? Est-il acceptable de réagir de la sorte à chaque provocation ?

La vengeance du comte de Monte Cristo est mise en œuvre de façon extrême et violente. Dantès sent que la vengeance est son seul recours, et il justifie ses actes en se persuadant qu’il exécute la volonté de Dieu, ou la Divine Providence. Malheureusement cette vengeance a des conséquences et Dantès en est la première victime.
Le problème avec le châtiment est que celui qui le distribue ne peut pas prédire toutes les conséquences. Malheureusement, Monte Cristo le découvre lorsque Madame de Villefort empoisonne l’innocent Édouard.

Ce livre est tellement de choses: il est épique, complexe et passionnant; c’est déchirant, douloureux et romantique. Une belle analyse sur la société et la condition humaine, ainsi que les profondeurs du désespoir, de la corruption et de la dépravation.
Edmond Dantès restera mon personnage préféré en littérature, même si ce livre a été écrit en 1844, je crois qu’il peut nous ouvrir les yeux sur certains défauts que nous avons tous. Je le recommande vivement à tous les lecteurs passionnés avec seulement deux mots qui prennent tout leur sens « Attendre et Espérer« .

« Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n’oubliez jamais que, jusqu’au jour où Dieu daignera dévoiler l’avenir à l’homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : « Attendre et espérer ! »


« Le comte de Monte Cristo » d’Alexandre Dumas – Éditions Le livre de Poche

« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov

classique, Littérature étrangère

Le roman de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov « Le Maître et Marguerite » est le dernier livre de Boulgakov, qui est considéré comme son testament spirituel. Combinant en une seule œuvre le monde réel et la fantaisie, une description satirique de la vie et des réflexions philosophiques. 

L’auteur a commencé à écrire le livre à la fin des années 1920, mais n’a pas réussi à le terminer, l’édition du roman a été achevée par la veuve de l’écrivain après sa mort.

« Le Maître et Marguerite » est désormais reconnu comme l’une des plus belles réalisations de la littérature russe du XXe siècle . Les phrases du roman ont inspiré de nombreux proverbes russes; «Les manuscrits ne brûlent pas» et «La lâcheté est le plus terrible des vices» ont une résonance particulière pour les générations qui ont enduré le pire du totalitarisme soviétique.

« Le maître et Marguerite » est un point de vue sombre et comique de la société soviétique, une belle réécriture du mythe de Faust et de Ponce Pilate ainsi qu’une histoire d’amour passionnante.

Tout d’abord, il est important de souligner que l’histoire va et vient entre le Moscou des années 30 et l’ancienne Jérusalem. 

Le roman débute donc avec l’arrivée du diable à Moscou dans les années 1930 déguisé en l’éminent professeur Woland (consultant en magie noire). Avec sa suite de compagnons étranges dont un chat noir nommé Béhémoth. Woland n’est pas là par hasard, avec ses acolytes, il compte faire des ravages sur l’élite sociale moscovite. Au même moment, le maître (Auteur du roman de Ponce Pilate qui n’a guère plu aux censeurs soviétiques) languit dans un hôpital psychiatrique, incapable de partager son histoire. Mais c’est sans compter sans Marguerite sa maîtresse dévouée, qui accepte de vendre son âme au diable dans l’espoir de sauver le Maître de son destin.

« Suis-moi, lecteur! Qui t’a dit que l’amour véritable, fidèle, éternel, cela n’existait pas? Le menteur, qu’on lui coupe sa langue scélérate! Suis-moi, mon lecteur, et nul autre que moi, je te le montrerai, cet amour! »

Ce livre est une réelle découverte, où chacun de nous verra ce que sont la vérité et le mensonge, les vraies valeurs, le sacrifice au nom d’un sentiment honnête. L’ouvrage est rempli de réflexions philosophiques sur la religion, l’amour, le pardon et l’humilité. Boulgakov a décrit de nombreuses facettes des caractères humains, leur diversité et leur impact sur les valeurs et les fondements moraux de la société. C’est probablement pourquoi, après avoir lu plusieurs chapitres, on réfléchit involontairement au sens de l’être, de la vie et de la mort. À propos du fait que le mal dans notre monde n’est pas toujours quelque chose de mauvais.

« À quoi servirait ton bien, si le mal n’existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres? »

Le roman mystique captivant de Boulgakov change la vision habituelle de l’image du monde. Ici, Satan punit lui-même les habitants de la ville pour débauche et lâcheté, aide le pauvre Maître et la désespérée Marguerite à se trouver et à trouver la paix désirée. L’ouvrage décrit de manière colorée mais lucide la vie quotidienne de Moscou dans les années 1920.

Après ce court résumé, je ne peux que vous encouragez à lire ce chef d’œuvre de la littérature. Un must read au moins une fois dans sa vie.


« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Robert Laffont – Collection Pavillons Poche

« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig

biographie

Zweig nous mène sur les traces du plus grand médecin de l’âme, vers des zones inexplorées et obscures de l’esprit. Freud pour qui il a une grande admiration, homme froid, distant mais sincère consacrera 50 ans de sa vie à la recherche psychanalytique.

Dans les premières lignes, Zweig entreprend une exploration de la morale au XIXe siècle et comment toute une société se cantonnait à une médecine traditionnelle, rationnelle et archaïque. Une science emplit de morale qui refoule le désir sexuel et par conséquent provoque une grande partie des névroses selon Freud. Selon lui: 

« les névroses naissent là ou des obstacles extérieurs ou intérieurs entravent la satisfaction réelle des besoins exotiques. »

Dès son arrivée à Paris, Freud est impressionné par Charcot, tant par ses qualités d’orateur que par les nouvelles interrogations que ses interventions suscitent. Notamment les découvertes sur les causes traumatiques de l’hystérie chez l’homme…

Fort de ce savoir, il continuera par la suite à concentrer ses recherches dans lesquelles Freud et Breuer présentent les succès obtenus par eux dans le traitement des symptômes hystériques et leurs premières hypothèses. En partant de l’hystérie, Freud et Breuer avaient trouvé  une formule révélatrice: les névroses et la plupart des troubles psychiques naissent un désir non satisfait, entravé et refoulé dans l’inconscient.

L’inconscient qui se définit très généralement comme l’ensemble des représentations refoulées par le moi parce qu’elles sont incompatibles avec les valeurs « morales » du surmoi.

Chez Freud, la conscience n’est que la surface d’un iceberg entièrement immergé et constitué par le pouvoir de l’inconscient. La conscience n’est que ce qui est connu de soi-même : il se passe dans le psychisme bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience. -interprétation des rêves (le sommeil décharge les tensions et les désirs non assouvis.)

Freud en s’intéressant à « la psychologie abyssale » à remédier à une lacune, celle d’une science inexplorée. Il a assigné la psychanalyse à une science nouvelle et moderne dont on ne voit pas encore les limites. Et nous comprenons grâce a Stefan Zweig que c’est une médecine qui dépasse la simple analyse de l’âme, cette discipline exige une connaissance de l’âme humaine, de la faculté de s’introduire par la pensée et le sentiment dans les destins les plus inconnus.

« la rareté de ses vrais maîtres de l’âme me paraît être la raison pour laquelle la psychanalyse restera toujours une vocation à la portée de quelques-uns et ne pourra jamais être considérée comme un métier et une affaire. »

Toujours dans cette idée de comprendre l’inconscient tout en contrecarrant la vanité du siècle, il se penche sur la science sexuelle. Il théorise la libido, dans la première théorie des pulsions, en tant qu’énergie psychique employée dans une dialectique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d’autoconservation, puis entre les pulsions sexuelles et les «  pulsions du Moi« . Freud présente la libido en tant que manifestation dynamique dans la vie psychique de la pulsion sexuelle.

Stefan Zweig aborde également le complexe dit d’œdipe, que Freud présente comme un des piliers fondamentaux de son édifice psychanalytique.

Dans une vision générale , Zweig apporte une portée philosophique à son propos, en particulier lorsqu’il décrit et explicite l’antagonisme entre la civilisation et l’instinct. Qui personnellement me fait penser également aux travaux de Nietzsche car le philosophe en s’intéressant à la morale aborde la logique de comprendre l’homme à partir de ses racines et de ses instincts élémentaires. 

En fin psychologue, Zweig adhère pleinement aux thèses freudiennes et il en mesure précisément l’impact sur la société en 1930.

« Celui qui a appris à comprendre l’être humain en lui-même le comprend en tous les hommes. »


« Sigmund Freud, la guérison par l’esprit » de Stefan Zweig – éditions Le livre de Poche.

« L’amant » de Marguerite Duras

contemporain, Littérature française

Basé sur son enfance à Saïgon et des environs dans les années 1930, L’amant de Marguerite Duras est un roman autobiographique qui rejette la prose conventionnelle et le récit linéaire. Ses analogies et ses thèmes sont cohérents et poignants. En fait, le roman entier se lit comme un long poème en prose. Le texte est rêveur et parfois déroutant. La narratrice saute du point de vue de la première à la troisième personne tout du long, car la protagoniste fait face à divers degrés de traumatisme. Mais tous ces aspects sont aussi ce qui rend le roman si convaincant. C’est un récit langoureux, presque méditatif à la fois érotique, inquiétant, beau, choquant et révélateur.

« L’une des choses que fait l’écriture, c’est d’effacer les choses» 

Je rappelle que son roman a remporté le prix Goncourt en France en 1984, L’amant est donc le portrait d’une narratrice qui visite une succession de ses jeunes moi. Les souvenirs sont ses coups de pinceau et la nostalgie de la couleur dans laquelle elle peint son histoire pictural. Les souvenirs obsessionnels de ses jours d’élève du secondaire à Saigon sont au centre du roman; l’amant chinois, dont le père l’empêche d’épouser la narratrice, une histoire d’amour condamnée par l’histoire avant même qu’elle ne commence.

La mère de la narratrice, dont le favoritisme pour son fils aîné et l’alternance des encouragements sapent la famille; le frère aîné, qui terrorise son jeune frère. Sans oublier la sœur cadette qui ne terminera jamais les cours que sa mère lui organise; et le frère cadet, dont la mort plonge la narratrice dans un profond désarroi.

Dans ce livre, Duras utilise le temps comme moyen de soulager les moments dramatiques et de libérer un peu la tension constante dans l’histoire de sa jeunesse. Duras ne se plaint jamais de sa situation, elle veut simplement dire: « C’est arrivé. Cela m’a endommagée. J’ai continué à vivre de toute façon. » Et pourtant, il est impossible de ne pas comprendre sa solitude, son ressentiment, ses sentiments d’abandon et son besoin de se sentir aimer et valoriser. 


 » Toute communauté, qu’elle soit familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de principe d’avoir à vivre la vie. C’est là que nous sommes au plus profond de notre histoire commune, celle d’être tous les trois des enfants de cette personne de bonne foi, notre mère, que la société a assassinée. Nous sommes du côté de cette société qui a réduit ma mère au désespoir. A cause de ce qu’on a fait à notre mère si aimable, si confiante, nous haïssons la vie, nous nous haïssons. » (P.69)


Un livre autobiographique si piquant, magnifiquement écrit avec une réflexion complexe sur les relations mères-filles, la responsabilité des adultes, la maladie mentale et sur le sentiment profond d’abandon. Sur ce qui est gaspillé dans la vie (ou sur les vies gâchées), sur l’absence d’amour, sur le besoin de trouver cet amour dans n’importe quoi, dans n’importe qui. 

Bien au-delà d’un roman érotique! – l’érotisme n’est ici qu’un fragment de la vie de cette jeune fille, tout aussi réel que sa honte, sa tristesse, sa solitude, et sa force. 

Un livre à lire absolument!


« L’amant » de Marguerite Duras – Les Éditions de minuit.

« Le général du roi » de Daphné Du Maurier.

classique, Littérature étrangère

Chaque fois que je lis un livre de Daphné Du Maurier, j’ai l’envie frénétique d’acheter tous les ses livres actuellement disponible en librairie. J’avais d’ailleurs lu quelque part un commentaire sur l’autrice, quelqu’un disait que « quand il se mettait à lire un roman de Daphné du Maurier, Il ne pouvait s’arrêter de lire jusqu’à qu’il ne tombe de sommeil ». Je partage également ce sentiment.

Ses livres se divisent généralement en deux catégories: le suspense (comme « Rebecca » ou en fiction historique comme « le général du roi » ou quelque chose entre les deux. Dans les œuvres de du Maurier, il y a aussi un côté assez vintage que j’affectionne où le sentiment d’incertitude se ressent dans tous ses romans.


Honor Harris, 18 ans, a hâte de passer le reste de sa vie avec l’homme qu’elle aime, mais lorsqu’une tragédie survient à la veille de son mariage, le mariage n’a alors jamais lieu. Quinze ans plus tard, alors que l’Angleterre est divisée par une guerre civile qui oppose les royalistes et les parlementaires, Honor est envoyée à Menabilly où elle rencontre son amour perdu, Richard Grenvile.

Malgré ses efforts pour rester à l’écart de Richard, Honor se retrouve une fois de plus attirée par lui, mais la guerre complique les choses car la position de Richard en tant que général du roi lui a fait de nombreux ennemis. Pleinement consciente de sa position d’infirme, Honor choisit de l’aimer de toute façon et leur relation menace de devenir scandaleuse.

La relation entre Honor et Richard n’est pas ce à quoi vous pourriez vous attendre. C’est tendre et passionné, mais à aucun moment du roman ils ne consomment leur amour ni le vivent au grand jour. Au lieu de cela, tout est plus ou moins enfoui, et aucun d’eux ne veut évoquer les souvenirs douloureux du passé.


Les sequences historiques du roman sont très bien documentées, bien qu’il y ait eu des moment où je trouvais que l’intrigue tournait trop souvent autour des conflits entre royalistes et rebelles. Cela dit, a aucun moment l’autrice prend un parti pris vis-à-vis de l’un des deux camps.

D’ailleurs, j’ai vite compris que beaucoup des personnages cités dans ce livre sont inspirés de faits réels et pour le coup, j’ai eu une véritable leçon d’histoire, et dans ce cas précis, une leçon sur la guerre civile anglaise qui a sévi au XVIIe siècle.

Avec « le général du roi » nous sommes donc plongés dans la guerre civile anglaise qui met en lumière la guerre, la perte, l’amour, les désillusions et les scènes d’un point de vue cornique(origine de cornouilles).

Bien différente des autres que j’ai lues, cette perspective apporte une vision claire du décor et des horreurs de la guerre, ainsi que du chagrin et de la terreur des citoyens. 

On ne peut imaginer à quel point les temps étaient difficile à cette époque. À chaque instant, je me suis imaginée être une héroïne de cette histoire vivant avec eux les nombreux obstacles, les décisions difficiles, les émotions difficiles. Lorsque vous ajoutez à cela les combats politiques, les guerres, votre vie devient presque insupportable, quand bien même ils doivent vivre, doivent se battre, ils le font avec brio . Mes respects.

Un style impeccable, fluide et sophistiqué ! Encore un sans fautes pour daphné Du Maurier.


Merci aux éditions « Le livre de poche » pour cet envoi . De Daphné Du Maurier.

« Chez soi » de Mona Chollet.

Sciences humaines, sociologie

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité, et qui avec le temps, apprennent à s’accommoder stoïquement des sarcasmes de leurs proches. »


Pour certaines personnes, il peut être difficile d’être casanier.e. En plus de ne pas vous sentir à l’aise lorsque vous sortez, vous devez aussi résister à la pression de vos amis qui vous invitent à sortir en permanence. Ainsi, les personnes casanières se sentent souvent honteuses ou ont l’impression qu’elles ont un problème.

Dans cet essai, Mona Chollet a décidé de revaloriser l’espace domestique, c’est en quelques sorte « une ode à l’entre-soi ou au quant-à soi ». Une lecture qui décomplexe sur le fait d’être casanier.e et de s’en satisfaire.

Aimer rester chez soi c’est s’affranchir du regard des autres, cependant cette façon de s’esquiver du contrôle social suscite chez beaucoup de gens même «ouvert d’esprit » une inquiétude obscure qui s’accompagne de réflexions malvenues.

Elle prend l’exemple du lecteur a qui l’on rétorque « arrête de lire! Sors et vis! » Un certains mépris qui nous a valu d’être catégorisé comme « des rats de bibliothèque ». Un fond irréductible d’intolérance et d’anti-intellectualisme .

Notre intérieur est notre refuge. Il contient tous nos biens et nos souvenirs. C’est un espace personnalisé dans lequel on se repose, on se nourrit et on s’aime. Qu’il soit petit ou grand, notre intérieur est à notre image. Pour toutes ces raisons, notre logement est notre point de repère dans notre quotidien et dans nos vies, et certaines personnes ont besoin de cette stabilité au quotidien.

Et dans la vision où nous sommes enfermés, Notre maison doit nous protéger, nous dissimuler, nous assurer du bien-être et nous offrir un minimum de surface sociale qui permet une forme d’expression, cependant ce n’est pas le cas pour grand nombre de Français qui compte 200 000 de sans-abri (2019).

En France, on considère le temps comme une chose inerte, et préjudiciable, il faut qu’il soit rempli, occupé ou utilisé. Et c’est totalement l’incompréhension à laquelle se heurte les casanier.e.s. Nous vivons donc dans une société qui favorise la mentalité utilitariste dont le temps doit être rentabilisé, cela donne naissance à une sorte d’obsession de l’utilité systématique. L’obsession de la rentabilité, le repli sur soi, l’amertume, dominent majoritairement les relations sociales.

En fait, ce qui pourrait permettre de mieux vivre et donc de se libérer de ces injonctions extérieures ce heurte aux intérêts de ce qui tirent profit du système actuel.

Elle aborde aussi le fait que Les femmes subissent une stigmatisation particulière. Selon laquelle une femme seule est « incomplète et inachevée », de plus dans notre société patriarcale, les taches ménagères sont souvent associées aux femmes au foyer, une sorte de « culture du ménage » qui est transmise de mère en fille… Connaissant les écrits de Mona Chollet, il était évident qu’elle étudie l’espace domestique sous son angle féministe.

Dans ce livre on retrouve une exploration de toutes les dimensions de notre relation à notre habitat, selon le plan que voici :

La mauvaise réputation : « Sors donc un peu de cette chambre ! »

Une foule dans mon salon : de l’inanité des portes à l’ère d’internet

La grande expulsion : pour habiter, il faut de l’espace

A la recherche des heures célestes : pour habiter, il faut du temps

Métamorphoses de la boniche : la patate chaude du ménage

L’hypnose du bonheur familial : habiter, mais avec qui ?

Des palais plein la tête : imaginer la maison idéale

Encore un essai extrêmement bien documenté et sourcé qui étudie avec justesse des sujets engagés et universels. Mona Chollet, une valeur sure.


« Chez soi » de Mona Chollet – éditions Zones.