« Mamma Maria » de Serena Giuliano

contemporain, Littérature française

Des jupes qui virevoltent, une chaleur humide, le murmure des vagues, le son des couverts qui s’entrechoquent, un café en terrasse, les rires d’une soirée d’été… Vous y êtes ? Bienvenue au cœur de la Dolce Vita Italienne. Bienvenue Chez Mamma Maria !


« Il faut des pâtes pour vivre. Il faut des lasagnes, de la friture,du gras, de l’eau de mer et du soleil. Sinon, la vie ne vaut même pas la peine d’être vécue. »


C’est dans cette ambiance « molto calda » que Maria la mamma italienne tient le bar du coin depuis plus de 40 ans, celle qui a la capacité d’écouter Celentano en boucle et de prendre soin de chacun de ses clients.

Sofia habitait Paris mais elle est rentrée au pays, depuis sa rupture avec Jérôme qui n’a jamais voulu découvrir ses racines napolitaines , à tous ces gens avec lesquels elle a grandit, à son petit coin de paradis qui lui permet d’écrire pendant des heures. La dolce vita, le Spritz, les bons petits plats italiens, tout respire le bonheur et la sérénité retrouvée pour Sofia. Jusqu’au jour où deux « invités surprise » pas vraiment attendus apparaissent au cœur de ce village, dans leurs vies à tous.


« Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est le café ? Le café est une excuse. Une excuse pour dire à un ami que tu l’aimes. »


C’est un voyage en Italie. Un roman sur le don de soi, l’amitié, la perte d’un être cher et un message fort sur la situation des migrants dans un pays où plane la montée du parti nationaliste…

Un livre chaleureux et généreux, optimiste, tendre qui dans les circonstances actuelles fait beaucoup de bien au moral, j’ai même l’impression d’être en Italie, cette Italie que j’aime tant. Parce qu’à plusieurs kilomètres de son Italie à elle, se trouve mon Italie à moi. On y trouve les mêmes vieux qui jouent en terrasse à la scopa durant des heures, les mêmes mentalités qu’on ne comprend pas toujours, des personnes aux cœurs tendre, débordent de gentillesse et de générosité. 

Une lecture tout en légèreté où vous en prendrez plein les yeux et plein le cœur et que je vous recommande pour fuir la morosité ambiante ! 

« Et puis, pour le reste, c’est à vous de partir en voyage. »


« Mamma Maria » de Serena Giuliano – Éditions Cherche mide

« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier

Littérature française, Thriller

Je ne t’oublie pas…

Il y a longtemps qu’un thriller ne m’avait pas autant captivée, il m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page. Dès les premières lignes de ce roman, on est totalement immergé dans l’intrigue et il est impossible d’en décrocher « même pas pour aller manger un bout. » L’histoire est brillamment ficelée et rédigée. L’auteur développe un style très accrocheur et donne un vrai rythme au récit , notamment en alternant brillamment les flashbacks avec le présent.

« Connaît on vraiment les personnes qui nous entourent ? »  Cette même question subsistera tout au long du récit et quand Marc Vasseur, jeune et brillant chef d’entreprise spécialisé dans la gestion de protocoles , par ailleurs socialement aisé et heureux en ménage, doit faire face à la disparition brutale et inexpliquée de son épouse, c’est tout un monde de certitudes qui s’effondre.


« Contourner, biaiser, se cacher, piéger. Porter le masque. Il ne comptait plus ces moments de solitude dans lesquels il s’enfonçait dans une profondeur si abyssale des tourments de son âme qu’il pensait bien ne plus jamais pouvoir remonter à la surface. »


Un SMS de rupture douteux, une photographie à l’expéditeur mystérieux, trois mois passés à échafauder toutes sortes d’hypothèses, le doute qui s’installe insidieusement quant au passé de Sandra, et l’univers hyper cadré de Marc va basculer dans un cauchemar sans nom.

Animé par la soif de vérité, désemparé par le désarroi grandissant de sa fille Lisa , mais épaulé par son père et par un enquêteur privé aux motivations incertaines, Marc devra remonter le fil du temps, et Au fur et à mesure les pièces du puzzle commencerons par s’assembler pour reconstituer la réalité des faits, un réel plongeon aux origines inconnues qui vont mettre en danger son intégrité physique comme celle de ses proches.

Ce roman est un véritable page-turner, je ne t’oublie pas est une histoire tellement terrifiante et malsaine que l’on se dit que ce n’est pas possible. Des scènes parfois oppressantes, mais nécessaires à l’intrigue. Un livre qui laisse des traces, et auquel on repense bien après sa lecture. 600 pages qui se dévorent en deux jours, ça va tellement vite, on s’en prend plein la tête et on en redemande en enchaînant les pages. « Juste au cas où vous hésitez encore. »


« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier – Éditions Hugo Poche.

« Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

Sciences humaines, Sociologie

À mes sœurs, chères sorcières, 

C’est un livre que toutes les femmes devraient lire pour se rappeler quelles ont la liberté de choisir leur vie. De s’affranchir de toutes les conditions sociales et d’assumer leur choix sans avoir besoin de les justifier. En tant que féministe, ce livre n’a fait que confirmer mes idéologies et ma vision du monde. Je savais pertinemment que j’étais dans le vrai mais parfois la société a le pouvoir de remettre toutes vos certitudes en questions, au point même de me demander si en tant que femme, « je suis à la hauteur ». Avoir un peu d’ambition et aspirer à quelque chose de différent, vous me direz c’est quelque chose de normal et pourtant, nous vivons dans une société où la femme n’a pas beaucoup de place. Cependant, aujourd’hui le mouvement #Metoo a bousculé les codes sociaux, il remet l’égalité des femmes sur la table et il est temps pour nous mes sœurs de nous réapproprier notre espace et faire entendre nos voix.

Dans cet essai, Mona chollet fait le lien entre les sorcières d’antan et les femmes actuelles, elle démontre à quel point s’affranchir des constructions sociales est une tache ardue. Celles qui s’opposent aux schémas habituelles de la femme-mère est jugée, condamnée à l’humiliation, l’exil ou pire encore la mort ! Finalement qu’est-ce qui différencie les femmes libres d’aujourd’hui aux sorcières de l’histoire? Absolument rien, de nos jours, l’état n’organise plus d’exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libre s’est en quelque sorte privatisée.

La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations; Elle est un idéal vers lequel tendre, Elle montre la voie. Elle est celle qui terrifie le patriarcat, celle qui ne se marie pas, qui n’a pas d’enfants et qui est socialement indépendante. En bref c’est d’être l’égale de l’homme. Pendant longtemps les sorcières étaient représentées comme de vieilles femmes laides, sales… De par leur isolement et leur indépendance ont leur reprochés d’user de (pouvoirs maléfiques qui seraient responsables de tous les maux de la société). Tous les prétextes étaient bons pour justifier les pires ignominies (lynchages, viols, tortures, condamnations à mort) ces années de terreur et de propagande témoignent clairement d’une aliénation psychologique profonde des hommes envers les femmes.


« Des siècles de haine et d’obscurantisme semblent avoir culminé dans ce déchaînement de violence, né d’une peur devant la place grandissante que les femmes occupaient alors dans l’espace social. »


On se rend bien compte que peu de chose ont changé. Entre la société mainstream d’aujourd’hui et celle des chasses aux sorcières, il n’y a qu’un pas. Parmi les accusées de sorcellerie, on révèle une sur présentation des célibataires et des veuves, c’est-à-dire de toutes celles qui n’étaient pas subordonnées à un homme ce qui a permis de préparer la division sexuée du travail requise par le capitalisme, en réservant le travail rémunéré aux hommes et en assignant les femmes à la mise au monde et à l’éducation de leur future main-d’œuvre. D’ailleurs cette assignation dure jusqu’à aujourd’hui: Les femmes sont libres d’avoir des enfants ou pas… à condition de choisir d’en avoir. Celles qui n’en souhaitent pas sont parfois assimilées à des créatures sans cœur, obscurément mauvaises, malveillantes à l’égard de ceux des autres.

Finalement on nous dit que « la liberté de choix dont nous sommes censées disposer est ainsi largement illusoire ». Cette légitimité fragile, nous poussera à nous demander, dès que quelque chose ira de travers dans notre vie si la cause de notre infortune ne tient pas à notre absence de descendance. Le fameux « tu le regretteras un jour » ou « tu es égoïste » comme si on faisait un enfant par altruisme,c’est du délire, je n’ai jamais compris ce genre de raisonnement.

De plus, Mona Chollet révèle une bien triste vérité, celle du dégoût qu’on a pour la femme vieillissante. On dit souvent que le vieillissement et la mort sont tabous dans notre société; sauf que c’est seulement le vieillissement des femmes qui est cachés. De plus les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir, d’autant plus, on observe que la différence d’âge est en faveur des hommes dans les couples, cette conception est profondément inscrite dans les mœurs ce qui pousse les femmes à paraître éternellement jeune (teintures capillaires, chirurgie esthétique…) Finalement, les femmes sont condamnées à vivre dans les faux-semblants et la honte d’elles-mêmes .


« De même, une amie me suggérait il y a peu que, si elle ne supportait pas l’idée de voir sa mère avec les cheveux blancs, c’était peut-être parce que cela l’amenait à penser à la mort. Mais qui pense à la mort en voyant Richard Gere ou Harrison Ford ?».


On remarque également que dans cette société, les capacités intellectuelles sont paralysées. On assigne aux femmes et aux hommes des domaines de compétences très différents, (le savoir pour les hommes et les taches subalternes pour les femmes) là encore le sexisme se manifeste sur tous les bouts de l’échelle sociale. Il faut savoir que la médecine était détenue par les femmes qui par la suite a été réquisitionné de force par les hommes. Cependant ces dernières années, en France, les blogs et les réseaux sociaux ont fait marcher la question de la maltraitance médicale notamment dans le milieu gynécologique. On commence tout doucement à mesurer à quel point les préjugés sur les femmes nuisent à leur prise en charge médicale. Et malheureusement j’en sais quelque chose, ayant une endométriose, il m’a fallu des années pour être prise au sérieux par le corps médical, une double peine qui démontre encore une fois la domination des hommes sur les femmes.

À lire absolument, de même que les femmes, les hommes sont également invités à lire ce livre pour comprendre les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la société, d’évaluer la place qu’ils prennent et celle qu’ils laissent aux femmes.


« Sorcières: La puissance invaincue des femmes – Editions Zones

« Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine » de Mona Chollet (concours sur mon insta)

Sciences humaines, Sociologie

« Non,décidément, il n’y a pas de mal à vouloir être belle mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal non plus à vouloir être. »


Dans cet essai divisé en plusieurs parties dont chacune représente les visages de l’aliénation féminine, Mona Chollet dénonce l’instrumentalisation du corps de la femme via des méthodes insidieuses et malsaines au profit de grandes marques comme les secteurs du luxe et du cosmétique (Magazines de mode, marketing d’influence, séries télévisées…).

Pour renforcer ses théories, elle s’appuie sur des exemples concrets dont les références sont connues de tous (la presse féminine, les séries télévisées : Mad men, gossip girl, sex & the city…). Elle décrypte également l’actualité comme les affaires Polanski – Strauss-kahn et nous démontre comment notre société consent au dictat de l’apparence féminine la plus stéréotypée.

Cette quête de la perfection absolue qui conduit inlassablement les femmes à adopter une haine de soi et envers son corps (la peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux normes de beauté, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour de soi et d’autrui), traduisent et amplifient une insécurité psychique et une auto-dévalorisation qui élargissent leurs effets dans tous les domaines de la vie d’une femme.


« L’objectif ultime n’est pas de se distinguer par son talent, mais par son potentiel de femme-sandwich, en entrant dans le moule d’une certaine vision de la féminité. »


Cette emprise passe bien évidemment par la puissance économique dont les marques maîtrisent les rouages à la perfection et de l’habilité culturelle des relais (presse féminine, publicité et divertissement), ils jouent sur les ressorts très profonds pour stimuler de façon obsessionnelle la pulsion d’achat et pour emprisonner les femmes dans une image qu’ils présentent comme l’essence de la féminité. « Comme si acheter le dernier sac à la mode (1000€) pouvait nous apporter le bonheur »

On peut se demander d’ailleurs si la surconsommation qui hante la féminité traditionnelle ne serait pas un désir de fuite (souffrance au travail, peur du chômage ou celle de vieillir) Or là encore, il faut constater que seuls la culture de masse et le discours publicitaire prennent au sérieux ce besoin humain d’évasion. Et ils apportent bien sûr, des réponses en proposant des satisfactions individualistes et consuméristes.

En quête d’investissements sûrs, les grandes marques de luxe misent d’ailleurs en priorité sur des actrices (un cercle très fermé de personnes bien-nées ) qui ont acquis une notoriété internationale grâce aux clichés liés à une autre culture exotique,archaïque et patriarcale – du moins d’un point de vue américain : c’est la culture française .

En parlant d’acteurs, on pense notamment au héros de la série « Gossip Girl » des adolescents qui excellent dans l’art de faire la fête et de courir après les boutiques tout en ayant de très bons résultats scolaires, des jeunes filles au corps parfait sans souffrir de troubles alimentaires, jouer les mannequins, trôner au premier rang sur le catwalk d’un défilé de mode, s’envoler en jet privé pour un week-end en Espagne… De quoi faire rêver les plus jeunes d’entre nous. Le succès de la série est tel que la chaîne a ouvert une boutique en ligne proposant les vêtements et les bijoux portés par les actrices . 

Une méthode insidieuse qu’on appelle « le placement de produit » un processus très connu des influenceuses beauté qui ne cessent de promouvoir le corps parfait avec une légère tendance pour l’obsession de la minceur. Fort de ce succès, le magazine  Elle  appelle ça « la Fashion démocratisation » Mona Chollet la qualifie plutôt « d’aliénation participative ». Dont les marques et les réseaux sociaux ont fait de ses héroïnes à la fois des figures de proue et des modèles à suivre.

Entre autre , Mona Chollet évoque également l’abus de la chirurgie esthétique qui n’est que les révélateurs d’une fragilité qui engendre la peur de vieillir. Comble de l’ironie, certains médecins affirment que leur activité est féministe car elle permet aux femmes d’acquérir une meilleure estime d’elles-mêmes. Mona Chollet dit d’ailleurs que:

« c’est confondre l’estime de soi avec le soulagement que procure le fait de prouver sa loyauté à l’ordre dominant. Faisant de la richesse et de l’apparence les critères essentiels de la valeur humaine, professant un darwinisme social agressif, le milieu de la mode exsude la haine de la faiblesse. »

On parle aussi « d’eugénisme banalisé » qui concentre une certaine uniformisation du genre, une valorisation et une recherche de la blancheur, la blondeur, la minceur et la jeunesse qui vise à se rapprocher le plus possible du modèle esthétique dominant. Cependant ce n’est pas seulement la diversité des couleurs de peau qui manque dans notre environnement culturel: ce sont aussi tout simplement les représentations d’une manière générale d’être une femme.


« Les vedettes qui émergent, en France ou aux États-Unis, sont dorénavant toutes calibrées sur le même modèle: extrême minceur – ou rondeurs tolérables -, Teint diaphane, garde-robe sophistiquée le plus souvent élaborée par une styliste personnelle. »


Dans cet essai Mona Chollet nous démontre à quel point il est dur d’être une femme, quoi que nous fassions nous serons toujours confrontés au spectre de la beauté parfaite et des dogmes imposés par la dictature des industries (mode-beauté). Cette société qui pousse les femmes à scruter chaque physique aux exigences toujours plus irréalistes, ce qui dénote en outre une pauvreté d’esprit pathétique qui annihile toutes les relations humaines et nous éloigne de la simple vérité : Toutes les femmes sont belles et authentiques car la conclusion c’est qu’il n’y a pas de joie dans la perfection.


« Beauté fatale: les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona chollet – Editions Zones

« Le consentement » de Vanessa Springora

Autobiographie

Dans le roman de Nabokov, Lolita n’intervient jamais, elle ne s’exprime pas, à aucun moment, il n’est question de ses sentiments. Mais Aujourd’hui Vanessa Springora a décidé de prendre sa plume pour enfermer son bourreau dans ce livre. Cela a assez duré, trois décennies ont passé et il est temps pour notre Lolita de se réapproprier son histoire.

Vanessa Springora confesse le mal-être d’une adolescente en manque de repères et le temps qu’a mis sa blessure non pas à cicatriser entièrement mais à être atténuée par les années et la maturité.

Tout d’abord, nous sommes en droit de nous poser la question de ce qu’est le consentement : domaine moral : acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Domaine juridique : autorisation de mariage donnée par les parents ou le tuteur d’un mineur. Cependant le « oui » peut se dire pour toutes sortes de raisons, cela n’en est pas moins un abus.

Le consentement est le récit d’une emprise, celle d’un homme de 50 ans sur une jeune fille de 14 ans. Pendant longtemps G. Se servira de sa notoriété pour corrompre son esprit afin d’asseoir son autorité et sa toute puissance. On s’aperçoit très vite, combien il a été facile pour lui d’enrôler sa victime, adolescente en manque de repères, V. est rapidement amoureuse de cet intellectuel encensé par le tout Paris.


« Vers la fin des années soixante-dix, un grand nombre de journaux et d’intellectuels de gauche ont en effet pris publiquement la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations « coupables » avec des adolescents. Et dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. »


V. l’ingénue tombe alors dans les griffes de cet homme charismatique, éloquent, malin et misogyne, c’est en cela qu’elle trouvera une figure paternelle. Oui mais voilà, G. est un manipulateur doté d’un instinct de prédation rare ; Elle le décrit dans son livre comme un stratège exceptionnel, un calculateur de chaque instant. Toute l’intelligence de cet homme est tourné vers la satisfaction de ses désirs, ce sont les seules motivations qui guide véritablement ses actes. Jouir et écrire.


« Trop jeune et inexpérimentée. Face à lui, l’écrivain et l’intellectuel, je manque cruellement de vocabulaire. Je ne connais ni le terme de « pervers narcissique », ni celui de « prédateur sexuel ». Et G. manie le verbe comme on manie l’épée. D’une simple formule, il peut me donner l’estocade et m’achever. Impossible de livrer un combat à armes égales. »


On ne peut que s’indigner qu’à l’époque, une certaine complaisance pour G.M. et ses écrits régnaient dans le beau monde de l’intelligentsia littéraire et médiatique ! Je découvre avec stupeur que beaucoup de nos écrivains contemporains avaient signé et soutenue une pétition en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes. (Deleuze, Simone de Beauvoir, Sartre, Aragon etc.). Oui car il était interdit d’interdire, mais voilà les questions que je me pose aujourd’hui : a-t-on le droit de tout écrire sans tomber dans la censure ? Peut-on vraiment différencier l’homme de l’écrivain ? Des questions à ce jour sans réponses.

Écrire a été sans doute le meilleur remède pour Vanessa Springora, en écrivant ce récit, elle redevient le sujet de sa propre existence, une histoire qui lui avait été confisqué depuis trop longtemps. Par son récit, celui d’une victime, elle met en lumière certaines problématiques, elle interroge sur le statut de l’artiste, sur son consentement et la complaisance de toute une société face à une pédocriminalité revendiquée dans le monde littéraire de l’époque. Vanessa Springora nous saisit par la puissance de son témoignage et met chacun de nous face à nos responsabilités.

Avec toute sa vérité, c’est un livre indispensable à lire et à faire lire.

Vanessa Springora Éditions Grasset