« Les démons » de Fiodor Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« Les démons » est le sixième roman de Fiodor Dostoïevski publié en 1871 – 1872. Ce livre est l’un des romans les plus politisés de Dostoïevski, il a été écrit sous l’impression des germes de mouvements terroristes et radicaux parmi les intellectuels russes… L’idée initiale de l’intrigue était le cas du meurtre de l’étudiant Ivan Ivanov qui a provoqué une grande résonance dans la société, conçu par S.G Netchaïev afin de renforcer son pouvoir dans le cercle terroriste révolutionnaire. Cette histoire reflète le phénomène de la vie politique du pays, qui a étonné tout le monde et qu’on appelle le «néchaevisme».

La situation de l’intrigue de ce roman est donc basée sur un fait historique réel. Le 21 novembre 1869, près de Moscou, S. G. Netchaïev le chef de l’organisation révolutionnaire secrète « Répression du peuple », et quatre de ses complices – P. G. Uspensky, A. K. Kuznetsov, I. G. Pryzhov et N. N. Nikolaev – ont décidé d’assassiner I. Ivanov, un étudiant de l’Académie agricole de Petrovsk.

Au cours du processus d’écriture, l’idée et l’intrigue de l’œuvre sont devenues beaucoup plus compliquées. La polémique des héros-idéologues a poursuivi la ligne amorcée dans le roman « Crime et châtiment » Les Démons sont devenus l’une des œuvres les plus importantes de Dostoïevski, un roman de prédiction, un roman d’avertissement.

« Les Démons » est l’un des nombreux romans anti-nihilistes russes , qui examine de manière critique les idées libérales, y compris athées, qui occupaient l’esprit des jeunes de cette époque.

Dostoïevski habille ses réflexions sur le sort de la Russie et de l’Occident, du symbolisme évangélique. La maladie de la folie qui a balayé la Russie est avant tout une maladie de l’intelligentsia russe, emportée par le faux européisme et ayant perdu les liens du sang avec son sol natal, son peuple, sa foi et sa moralité.

Cependant, Dostoïevski croit fermement que la maladie qui touche la Russie est temporaire. La Russie renouvellera moralement l’humanité européenne malade avec la « vérité russe » Ces idées sont clairement exprimées dans l’épigraphe évangélique aux Démons, dans l’interprétation de son auteur, du texte évangélique.

La première moitié consiste en un long monologue sur un homme âgé, Stepan Verkhovensky, deux fois veuf et sa riche patronne, Varvara Petrovna Stavrogina, vivant une relation ambiguë de vingt ans, tour à tour humoristique et curieuse. Le narrateur sans nom dit au lecteur que cela mène à quelque chose qui, compte tenu de la longueur, est une bonne chose, mais cela semblait tout de même long.

La seconde moitié du roman ne pourrait pas être plus différente de la première et c’est une bonne raison de persister. Deux générations opposées presque polaires sont présentées. Celui de Stepan et Varvara et celui de leurs enfants, Piotr Stepanovich Verkhovensky, fils de Stephan et Nikolai Vsevolodovich Stavrogine fils de Varvara. Ici, l’intrigue passe de la narration à l’action. Il y a de la violence et beaucoup de sang versé. On apprend aussi la raison du titre. Comme souvent avec Dostoïevski, cela vient de l’Écriture. Dans ce cas, de l’histoire de Jésus guérissant l’homme possédé. Marc 5:1-20

Dostoïevski cherche à révéler ses héros principalement dans les disputes idéologiques et les polémiques ; ainsi, des scènes entières sont esquissées sous forme de dialogues illustrant des affrontements idéologiques entre l’occidentalisateur Granovsky, ce « libéral qui a involontairement inspiré une génération de nihilistes » et l’étudiant Chatov, le religieux souverainiste.

Dostoïevski voit ici les raisons de l’immaturité mentale et morale de la jeunesse d’aujourd’hui dans une mauvaise éducation familiale, où « l’insatisfaction, l’impatience, la vulgarité de l’ignorance, le manque de respect ou l’indifférence à la patrie et dans le mépris moqueur du peuple. »

« pourquoi y a-t-il eu tant de meurtres, de scandales, d’infamies ? Il répondit, j’ai d’une voix brûlante, précipitée : pour ébranler systématiquement les bases: ruiner systématiquement la société et les principes; pour démoraliser les gens, tout transformer en masse informe… »p362

Son message politique dans ce livre était assez clair « méfiez-vous des groupes organisés qui aspirent à la destruction » surtout quand il y a des hommes qui feront tout leur possible pour atteindre leur objectif. Un roman plus que prémonitoire par rapport au monde d’aujourd’hui, en particulier l’individu face aux systèmes corrompus, le mouvement vers l’anarchie et la rébellion, et les réseaux de pouvoir qui lient tous les individus à leurs sociétés oppressives, peu importe à quel point ils s’efforcent de se libérer de ces restrictions.

Un incontournable pour tous les amoureux de la littérature et un véritable témoignage du talent de Dostoïevski, non seulement pour divertir mais provoquer sa conscience à plonger dans un tourbillon d’idées. Je recommande vivement la traduction faite par André Markowicz.


« Les démons » de Fiodor Dostoïevski – aux Éditions Actes Sud, collection Babel.

« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov

autobiographie

M. Boulgakov est un écrivain, dramaturge russe. Auteur de romans, nouvelles, feuilletons et plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. Et la liste est longue…

Le thème des œuvres de Boulgakov est déterminé par l’attitude de l’auteur envers le régime soviétique, l’écrivain ne se considérait pas comme un ennemi de celui-ci, mais évaluait la réalité de manière très critique, estimant que ses dénonciations satiriques étaient bénéfiques pour le pays et le peuple.

Ces écrits nous permettent d’avoir son point de vue sur les problèmes sociaux et littéraires les plus sensibles de l’époque, pour comprendre l’œuvre de l’écrivain, mais aussi pour caractériser la période correspondante dans le développement de la littérature soviétique, pour comprendre l’essence du conflit entre l’artiste et les autorités au milieu des années vingt.

Écrit entre le milieu des années 20 et le début des années 30, dans la période la plus difficile de la vie de l’écrivain, lorsque toutes ses pièces ont été interdites, pas une seule ligne n’est parue imprimée, une grave dépression mentale a affecté l’artiste, ce livre révèle Boulgakov sous un autre angle, de façon plus intime en tant qu’écrivain et mais aussi en tant que personne. Ces écrits permettent au lecteur de voir la relation du créateur avec les autorités, de retracer comment se développe le sort d’un artiste condamné à la censure.

En raison des critiques de la révolution russe, ils ont cessé de le publier et les performances basées sur ses pièces n’ont pas été mises en scène. Boulgakov a écrit une lettre à Staline et au gouvernement dans laquelle il lui a demandé soit de lui donner la possibilité de travailler, soit de lui permettre d’émigrer.

« Tout cela dure depuis tantôt dix ans ; mes forces sont brisées ; je n’ai plus le courage d’exister dans une atmosphère de traque, je sais désormais qu’à l’intérieur de l’URSS il m’est interdit de publier mes livres ou de faire jouer mes pièces ; mes nerfs sont dérangés ; je m’adresse donc à vous pour vous demander d’intervenir en ma faveur auprès du gouvernement de l’URSS : QUE L’ON M’EXPULSE D’URSS EN COMPAGNIE DE MA FEMME L.E. BOULGAKOVA QUI SE JOINT À MOI POUR APPUYER MA DEMANDE.»

Suite à cela Staline pris contact et Boulgakov est accepté au Théâtre d’art de Moscou en tant que directeur adjoint.

Cependant, en principe, la position de M. Boulgakov n’a pas changé, beaucoup de ses œuvres ont continué à rester interdites, et malheureusement, il est mort sans voir beaucoup de ses œuvres publiées.

Son destin est un drame continu. Boulgakov a survécu aux révolutions, aux guerres (mondiales et civiles), à la pratique médicale en province et en première ligne, à la défaveur des autorités, à la pauvreté et à l’éclat, à la dépendance … Il a acquis une reconnaissance universelle de nombreuses années seulement après sa mort.

Il fallait être une personne extrêmement courageuse pour écrire sur de telles choses qui sont révélées dans ses écrits. Dans les œuvres qu’il nous a laissées, nous voyons comment un homme a lutté contre un régime totalitaire avec pour seul arme, ses textes, son talent. Aujourd’hui il est l’un des plus grands écrivains du xXe siècle, et c’est bien mérité.


« Écrits autobiographiques » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Actes Sud.

« Dostoïevski » Virgil Tanase

biographie

Dostoïevski, dont la biographie révèle les secrets de la formation de sa pensée littéraire particulière, est l’un des meilleurs romanciers du monde. Féru de l’âme humaine, penseur profond, romancier sincère, Dostoïevski a écrit sur le spirituel et l’obscurité chez l’homme. Ses romans ont été influencés par sa propre vie mais aussi par la presse relatant des complots criminels.

Car Dostoïevski est avant tout un conteur de la réalité, tous ce qu’il voit, entend et lit est une source d’inspiration. Notamment les faits divers qui lui inspirent des personnages torturés et complexes.

Le moins que l’on puisse dire en effet est que ses personnages n’incarnent pas la modération: cynisme, outrancier, suicide, folie, militantisme révolutionnaire exacerbé et terrorisme.

Des êtres navigant entre sainteté et folies ayant pour but de développer des débats intellectuels d’une Russie politiquement déchirée.

« S’il l’avait écrite lui-même, à sa façon, sa biographie pourrait passer aux yeux de ce qui l’ignorent pour un de ses romans. Tant le héros, paradoxal et aux agissements surprenants se trouve pris dans la tourmente d’histoires si invraisemblables qu’elles semblent inventées. »

C’est peu dire, la vie de Dostoïevski est loin d’être un long fleuve tranquille. Un destin hors du commun. La mort prématurée de sa mère qu’il avait tant aimé, l’assassinat de son père. Les déboires de son adolescence et les humiliations que lui avaient fait subir ses confrères. Les mois passés au bagne dans les geôles de la forteresse Saint-Pierre et Paul, de sa condamnation à mort et du simulacre d’exécution. Les souffrances et les amertumes de la déportation expliquent en partie son premier mariage incongru avec une femme méchante et capricieuse qui rendait la vie de Dostoïevski insupportable. Sans compter, les décès prématurés de son frère adoré et de ses deux enfants. On pourrait épiloguer longtemps sur la vie de l’auteur, un homme qui a également souffert d’addiction – le démon du jeu l’a habité pendant une longue période de sa vie.

Dostoïevski a supporté au cours de sa vie les souffrances les plus atroces et les plus insurmontables. Le bagne a pour lui était un événement traumatique qui a entièrement changé sa vision des choses et notamment sa vision du libéralisme et de l’Occident. Il a des mots très durs envers la jeunesse occidentalisée qui selon lui agite des idées nihilistes: il la qualifie « d’inculte, veule, concupiscente et mondaine », il n’épargne pas non plus les révolutionnaires, il les accuse de vouloir détruire la paix universelle par le feu et la violence. Qui selon lui est la définition même du nihilisme et du vide.

« il est indispensable et inévitable d’avoir la conviction de l’immortalité de l’âme humaine… faute de foi en son âme et en l’immortalité de cette âme l’existence de l’homme est contre nature, inconcevable et intolérable. »

Il se définie comme un socialiste traditionnel russe. Une sorte d’union sacrée du politique et du religieux, L’autocratie et de l’orthodoxie, bannissant les idées nauséabondes du libéralisme occidental.

On peut dire aujourd’hui avec objectivité que le travail de l’écrivain a eu un impact énorme sur toute la littérature mondiale, de nombreux philosophes et écrivains ont par la suite reconnu l’influence du travail de Fiodor Dostoïevski sur leur vision du monde. Presque personne d’autre ne pouvait révéler et montrer si habilement la mystérieuse âme humaine. Dans ses œuvres, l’auteur considère que les questions morales ne peuvent devenir obsolètes au fil des siècles. Parce que certaines questions de choix moral se posent à toute personne au cours de sa vie. Les œuvres et les héros de Dostoïevski peuvent servir, sinon de miroir direct de sa propre âme.

Je le répète, la vie de Fiodor Dostoïevski a été pleine d’événements tristes et tragiques, l’écrivain a dû endurer beaucoup de chagrin et de perte. Malgré toutes les difficultés de la vie, Dostoïevski a réussi à devenir un écrivain célèbre même de son vivant. Malheureusement, il n’a jamais réussi à s’enrichir de son métier et a vécu plutôt modestement jusqu’à la fin de ses jours. La grande particularité de cet homme était le dévouement. Cela s’est reflété dans tous les domaines de sa vie. Des opinions politiques prononcées (modifiées à plusieurs reprises), des histoires d’amour et, surtout, la littérature, son art le plus précieux. Cette biographie présente des faits intéressants de la vie de Dostoïevski mais aussi des détails croustillants du destin et du chemin créatif de l’écrivain.

Après cette lecture, je me suis sentie plus proche de l’homme et de l’écrivain, je ne lirai plus ses œuvres de la même façon. Si comme moi vous êtes fan de Dostoïevski, je vous recommande ce livre .

« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov

classique, Littérature étrangère

Le roman de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov « Le Maître et Marguerite » est le dernier livre de Boulgakov, qui est considéré comme son testament spirituel. Combinant en une seule œuvre le monde réel et la fantaisie, une description satirique de la vie et des réflexions philosophiques. 

L’auteur a commencé à écrire le livre à la fin des années 1920, mais n’a pas réussi à le terminer, l’édition du roman a été achevée par la veuve de l’écrivain après sa mort.

« Le Maître et Marguerite » est désormais reconnu comme l’une des plus belles réalisations de la littérature russe du XXe siècle . Les phrases du roman ont inspiré de nombreux proverbes russes; «Les manuscrits ne brûlent pas» et «La lâcheté est le plus terrible des vices» ont une résonance particulière pour les générations qui ont enduré le pire du totalitarisme soviétique.

« Le maître et Marguerite » est un point de vue sombre et comique de la société soviétique, une belle réécriture du mythe de Faust et de Ponce Pilate ainsi qu’une histoire d’amour passionnante.

Tout d’abord, il est important de souligner que l’histoire va et vient entre le Moscou des années 30 et l’ancienne Jérusalem. 

Le roman débute donc avec l’arrivée du diable à Moscou dans les années 1930 déguisé en l’éminent professeur Woland (consultant en magie noire). Avec sa suite de compagnons étranges dont un chat noir nommé Béhémoth. Woland n’est pas là par hasard, avec ses acolytes, il compte faire des ravages sur l’élite sociale moscovite. Au même moment, le maître (Auteur du roman de Ponce Pilate qui n’a guère plu aux censeurs soviétiques) languit dans un hôpital psychiatrique, incapable de partager son histoire. Mais c’est sans compter sans Marguerite sa maîtresse dévouée, qui accepte de vendre son âme au diable dans l’espoir de sauver le Maître de son destin.

« Suis-moi, lecteur! Qui t’a dit que l’amour véritable, fidèle, éternel, cela n’existait pas? Le menteur, qu’on lui coupe sa langue scélérate! Suis-moi, mon lecteur, et nul autre que moi, je te le montrerai, cet amour! »

Ce livre est une réelle découverte, où chacun de nous verra ce que sont la vérité et le mensonge, les vraies valeurs, le sacrifice au nom d’un sentiment honnête. L’ouvrage est rempli de réflexions philosophiques sur la religion, l’amour, le pardon et l’humilité. Boulgakov a décrit de nombreuses facettes des caractères humains, leur diversité et leur impact sur les valeurs et les fondements moraux de la société. C’est probablement pourquoi, après avoir lu plusieurs chapitres, on réfléchit involontairement au sens de l’être, de la vie et de la mort. À propos du fait que le mal dans notre monde n’est pas toujours quelque chose de mauvais.

« À quoi servirait ton bien, si le mal n’existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres? »

Le roman mystique captivant de Boulgakov change la vision habituelle de l’image du monde. Ici, Satan punit lui-même les habitants de la ville pour débauche et lâcheté, aide le pauvre Maître et la désespérée Marguerite à se trouver et à trouver la paix désirée. L’ouvrage décrit de manière colorée mais lucide la vie quotidienne de Moscou dans les années 1920.

Après ce court résumé, je ne peux que vous encouragez à lire ce chef d’œuvre de la littérature. Un must read au moins une fois dans sa vie.


« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov – Éditions Robert Laffont – Collection Pavillons Poche

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski

classique, Littérature étrangère


« Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. »

La description par Dostoïevski des tragiques frères Karamazov et du meurtre de leur père suscite des questions sur la souveraineté de Dieu, la place de la souffrance dans notre monde, la dépravation humaine et la rédemption par la douleur.(ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de l’auteur qui se retrouve dans à peu près tous ses livres.)

J’avais décidé de lire ce livre en 2015 après avoir lu « crime et châtiment » qui a été pour moi une révélation, j’ai développé par la suite un grand intérêt pour la littérature post-révolutionnaire Russe (mais ça tout le monde le sait). Je dirais pour commencer, qu’il y a des sections de ce livre où les questions théologiques sont si profondes et si bien traitées que le lecteur sent qu’il doit les lire plusieurs fois pour en ressentir pleinement leur force.

« Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »

Qui, après avoir lu ce livre, peut oublier Fiodor Karamazov, l’irresponsable père ? Ou Ivan, le fils rationaliste froid qui a abandonné sa croyance en Dieu? Ou Dmitri, le fils bien intentionné, prisonnier de ses propres désirs ? Et bien sûr, Aliocha, le bon fils qui a confiance en Dieu mais qui est impuissant à arrêter le meurtre de son père? Et ce ne sont que les Karamazov. Les descriptions de Dostoïevski de Katerina, Grushenka, Père Zosima et Smerdyakov: le serviteur de Fyodor et qui serait son enfant illégitime.

Le meurtre de Fyodor, et le procès subséquent de son fils aîné Dmitri (« Mitya »), est l’intrigue principale, mais le meurtre ne se produit en fait qu’à mi-chemin, et le procès, à l’apogée, n’est pas vraiment un mystère , parce que Dostoïevski nous a déjà dit qui était le meurtrier et a télégraphié quel serait le résultat du procès. Donc, appeler les frères Karamazov un « mystère du meurtre » n’est pas vraiment exact. Le meurtre est la partie la moins intéressante du livre – Dostoïevski passe la première moitié à construire tous les personnages, à établir leurs relations et à rendre le meurtre presque inévitable.


« Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles.
»

Les frères Karamazov ne sont pas pour les faibles de cœur. Il est parfois difficile à lire. À d’autres moments, son histoire est captivante. Et, comme toujours dans les œuvres de Dostoïevski, la profondeur de la pensée derrière le questionnement philosophique est ce qui distingue le livre. Si vous avez le temps de lire et que vous aimez la littérature classique, achetez le et lisez tout. « Le joueur » peut aussi être une bonne entrée pour commencer Dostoievski.

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski – Éditions (le classique de poche) Le livre de poche .

« Anna Karénine » de Léon Tolstoï

classique, Littérature étrangère

L’amour peut-il être heureux ? Peut-on véritablement aimer sans avoir réellement vécu ?! Tant de questionnements que pose cette œuvre, entre pulsions, passion, renoncement et résignation, voilà ce que le maître pose sur la table. Il maîtrise son sujet sur le bout des doigts, par la force de ses personnages et par la puissance de son récit, il fait de ce livre une œuvre profondément humaine.

Qui aurait cru que j’éprouverais de la sympathie pour Anna Karénine. Elle est le genre de personnage qui dans la vie réelle ne me ferait pas grand impression et pourtant, je n’ai eu d’yeux que pour elle dans ce roman. La belle Karénine, envoûtante, attachante, rayonnante, c’est une des femmes qui m’a le plus touché en littérature.

Avec ce manifeste, Tolstoï propulse la littérature russe au premier plan. Mais « Anna Karénine » est bien plus qu’un roman d’amour et de passion : c’est aussi un portrait de la haute société russe à la fin du XIXe siècle, avec les questions fondamentales qui l’agitent, et les prémices du grand bouleversement à venir.

Dans ce roman, plusieurs histoires d’amour s’entrecroisent : celle d’Anna la mondaine et de Lévine le propriétaire terrien, on peut d’ailleurs s’interroger sur la ressemblance de caractère et des convictions de ce personnage tant on y trouve des similitudes avec l’auteur lui-même. Constantin Lévine est sans nulle doute l’alter égo de Tolstoï. Et Comme le titre l’indique on suit l’histoire d’Anna, la femme d’un haut dignitaire russe, elle est belle, forte, intelligente et passionnée, jusqu’au jour où elle rencontre la passion, ses complications et ses compromissions, c’est alors qu’Anna tombe follement amoureuse d’un bel officier, le comte Wronski. On vit alors leur relation tumultueuse, les querelles et les réconciliations des deux amants, les réactions indignées de la bonne société, qui tolère très bien les aventures à condition qu’elles soient discrètes ; cependant, cette relation va peu à peu sombrer dans une passion dévorante, un bonheur coupable, cette quête de l’amour pur, les mèneront à une fin tragique qui s’achèvera sur un quai de gare là où tout commença. C’est l’amour impossible, l’amour qui souffre, l’amour coupable et qui fait mal.


« L’amour, ce mot me déplaît parce qu’il y a pour moi un sens plus profond et beaucoup plus grave que vous ne pouvez l’imaginer. »


Dans l’entourage d’Anna et de Wronski, on fait la connaissance de Lévine, un homme assailli d’angoisses sur les questionnements philosophiques, avec ses réflexions poussées sur le sens de la vie et des contraintes sociales ainsi que la religion, l’amour et le devoir.


« L’enseignement de la raison, c’est la lutte pour l’existence, cette loi qui exige que tout obstacle à l’accomplissement de nos désirs soit écrasé; la déduction est logique, tendit qu’il n’y a rien de raisonnable à aimer son prochain. »


Sentimentalement, l’amour que porte Lévine à Kitty m’a particulièrement touché, c’est un couple pour qui j’ai ressenti un réel attendrissement. Il y a aussi Dolly, la sœur de Kitty, mariée à Stépane Arcadiévitch qui est le frère d’Anna, mari volage et insensible, qui n’a plus beaucoup d’intérêt pour son ennuyeuse épouse.

Dans cet incroyable roman, Léon Tolstoï nous raconte toutes les facettes de la relation amoureuse entre un homme et une femme, à travers toutes ces histoires, dans un genre si passionnant que l’on a l’impression de les connaître intimement et de faire partie intégrante de cette société.

Malgré l’ancienneté de ce roman « Anna Karénine » reste un formidable contemporain, profondément romantique et terriblement actuel. La lecture en est facile, rythmée par des chapitres courts, les sentiments, les tourments, les espoirs des personnages sont aussi les nôtres, et après 984 pages on cherche encore désespérément à continuer la lecture.

Lire Tolstoï, c’est lire une page de l’histoire. En fin psychologue, l’auteur a le talent de décrire avec brio une Russie de contrastes et le luxe de la vie bourgeoise. Je ne peux que vous recommandez ce livre, un must read !


« Anna Karénine » de Léon Tolstoï Éditions Pocket

« Le joueur » de Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« L’âme russe, excessive, tourmentée, idéaliste, qui l’incarne mieux que Dostoïevski, cette œuvre fut un parie contre le temps, lui qui joua toute sa vie sur un tapis vert et rouge . »


Dostoïevski, joueur lui-même nous livre à travers son alter ego Alexei, un excellent récit sur l’addiction : il aborde avec clairvoyance et cruauté l’univers du jeu au XIX siècles. « Le joueur » est un court roman qui mêle le goût du risque et l’amour à en perdre la raison.

L’histoire se passe à Roulettenbourg ville imaginaire d’Allemagne. Dans cette ville thermale nous suivons un jeune précepteur russe Alexei travaillant pour le compte d’un général et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina.

Autour de cette famille gravite : mademoiselle Blanche une femme vénale, qui n’a qu’une seule idée en tête : le mariage avec le général, le timide Astley, jeune et riche anglais amoureux de Paulina in fine ami d’Alexei et sans oublier le soi-disant aristocrate français « Des Grieux » qui s’avérera être un redoutable usurier.

Alexei est éperdument amoureux de Paulina. Une relation ambiguë oscillant entre amour et haine ; Mais celle-ci ne cesse de le manipuler et de le mépriser, de plus elle semble par ailleurs éprise du jeune marquis français n’ayant pas de bonne intention à l’égard de la jeune femme.

Le récit devient réellement intéressant avec l’arrivée de la grand-mère de Paulina, bien loin de la mort qu’on lui pressentait, elle ira jouer tout son argent et perdra tous ses gains par la suite. Un revers de situation bien ironique qui mettra en doute toutes les perspectives de cette famille.

Dans cette tension diabolique, Alexei sera lui aussi entraîné par l’emprise des jeux d’argent, d’abord pour les autres et après pour lui-même, il cultivera cette fascination du hasard qui finira par faire vaciller son avenir.

« Le joueur » c’est finalement la confession d’un homme tiraillé entre deux folies : l’argent et l’amour, un roman autobiographique qui nous entraîne dans la frénésie du jeu.

Encore une fois, Dostoïevski nous surprend par la force de son écriture, il hypnotise.

En dépit de la radicalité de ses idées, Dostoïevski est tout sauf un auteur dogmatique. À l’image de Raskolnikov dans « Crime et Châtiment », sa vie a été marquée par des étapes spirituelles contradictoires et déchirantes.

Un livre à lire absolument pour tous ceux qui veulent débuter avec Dostoïevski.

Dostoïevski « le joueur » Éditions : Le Livre de Poche Traduction: C.Andronikof et A de Couriss

« Crime et châtiment » de Dostoievski

classique, Littérature étrangère

Je commencerai ce tout premier article en vous parlant « non sans humilité » de ma plus grande histoire d’amour littéraire. Le premier livre qui m’a donné le goût de la littérature post-révolutionnaire russe.

Je m’étais attaquée à ce monstre sacré de la littérature «  Crime et châtiment » il y a de cela plus de 6 ans ; Ce livre est un classique, un indispensable, une anthologie même.

Par ailleurs, Nietzsche disait de lui [F. Dostoievski] « qu’il était le seul à lui avoir appris sur la psychologie humaine ». Il va vous falloir une bonne dose de motivation, remonter les manches, inspirer un bon coup et préparer le café car vous allez faire face à la plus belle œuvre littéraire jamais écrite.

Au cours de cette lecture, l’auteur nous imprègne dans l’histoire d’un homme tourmenté [Raskolnikov] et d’une époque sous tension, celle d’avant la révolution russe. D’ailleurs, la question sociale est omniprésente dans ce livre, l’injustice, la pauvreté, le dérangement psychique et la prostitution avérée. Dostoïevski a vraiment tenu à nous dépeindre chaque détail comme si cela avait toute son importance.

Cela est une évidence car comment pourrait-on comprendre un tel geste, celui de la déraison.

Une existence d’étudiant misérable qui peine à vivre dignement jour après jour et qui petit à petit se construit une personnalité et une théorie dans laquelle tous ses délires sont permis même le meurtre. 

« La conviction que tout, même la mémoire, même la simple faculté de raisonner était en train de l’abandonner. »

L’absence totale de réalité qui fera de lui un homme vaniteux, insensible, manipulateur, nihiliste. 

« Le seul fondement d’une morale vraie est l’intérêt bien compris ; la conduite de l’individu ne dépend que des conditions qui lui sont faites : proposez à quiconque un avantage, et il est capable d’agir loyalement et noblement. »

Dans ce récit, vous remarquerez que les personnages masculins ont été beaucoup plus travaillés que les personnages féminins (un choix astucieux selon moi), c’est donc avec beaucoup d’attention et de suspense qu’on assistera à un duel entre Rodia et le juge d’instruction Porphyre.

Par chance, il échappera à de nombreuses reprises aux recherches de la police. 

Noyer dans ses tourments Rodia pourra compter sur Sonia, la jeune prostituée, tout aussi maudite que lui sauf que Sonia est une sainte qui vit dans une réalité bien vivante. Elle lui ordonnera par la suite d’aller se livrer après lui avoir lu « l’Évangile de la résurrection de Lazare. »

Plus tard dans le récit, il acceptera d’aller se rendre non sans remords.

« La conclusion que le crime n’avait pu être commis que dans un état de dérangement mental temporaire, dans une sorte de monomanie maladive du meurtre et du vol, sans but plus lointain et sans calcul intéressé. »

Il s’était décidé au crime par suite de son caractère faible et irréfléchi, irrité, de plus, par les privations et les échecs.

S’il avait honte, c’était que lui, Raskolnikov, se fût perdu si aveuglément et sottement, qu’il dût s’humilier et se soumettre devant « l’absurdité » de cette sentence. »

Le crime a été rapide, le châtiment va être complexe et long. Raskolnikov, va connaître le remords et la renaissance seulement parce que le jour où il a demandé publiquement pardon à la terre et au peuple, il a accepté de souffrir.

Quand Sonia lui rendit visite au bagne (Sibérie) :

« un bonheur infini brilla dans ses yeux ; Elle avait compris, il ne pouvait plus y avoir de doute pour elle : il l’aimait, il l’aimait sans bornes, enfin était arrivé cette minute…

Ils auraient voulu parler, mais ne le pouvaient point. Des larmes briller dans leurs yeux. Ils étaient tous deux pâles et maigres ; mais dans ces visages pâles et malades rayonnait déjà l’aube d’un avenir rénové, d’une résurrection totale à une nouvelle vie. L’amour les avait ressuscités. Le cœur de l’un renfermait des sources infinies de vie pour le cœur de l’autre. »

Sans nul doute, Dostoïevski a le don de creusé au plus profond de l’âme humaine.

Vous l’aurez compris, j’ai été très admirative sur les questionnements philosophiques que pose cette œuvre. Celui de la morale et de la notion du bien et du mal, le nihilisme, la culpabilité et l’importance du pardon…

C’est pour moi une grande satisfaction d’avoir eu l’opportunité de lire ce livre dans la grande famille des plus beaux classiques.

« crime et châtiment » de Dostoievski.
Editions Flammarion.
Traduction et présentation
par Pierre Pascal.