« Le combat continue » de Roberto Saviano

Sciences humaines, Sociologie

Les récits de ce livre sont le fruit du travail de l’auteur pour une émission de télévision italienne . Des années d’investigations et de dénonciations sur les malversations et la criminalité organisée dans un état qui prône l’omerta.

Cependant, malgré des audiences encourageantes, malgré les retombées financières inespérées , la chaîne publique RAI, n’a pas reconduit la deuxième édition, c’est donc sur une chaîne privée que « vieni via con me » sera diffusée.

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est de comprendre à quel point les pouvoirs publics ont un impact sur la télévision italienne, finalement elle reflète le malheur du pays, elle est forte pour nous proposer des programmes médiocres « style la télé réalité » mais quand il s’agit de traiter les problèmes de fond, elle préfère utiliser le mécanisme de la censure et de la diffamation.

Il nous explique combien il lui a été difficile en tant qu’écrivain de passer à la télévision. Il a pourtant réussi à relever ce défi, tant son rôle de journaliste lui tient à cœur.

Ce sont 8 chapitres, correspondant à 8 thèmes choisis, qui affligent l’Italie d’aujourd’hui, le tout illustré par l’histoire de personnes courageuses et honnêtes, qui se battent continuellement contre ce système corrompu.

De plus, Ce que j’ai découvert et qui ne m’a absolument pas surprise, est que la France joue un rôle essentiel dans le crime organisé, elle est devenue un carrefour de la drogue. C’est un pays qui est inondé par l’argent de la drogue mais malheureusement pour des raisons difficiles à comprendre, elle investit très peu dans la lutte contre les organisations criminelles. Les politiques se focalisent sur la micro criminalité ou une criminalité organisée mais non mafieuse sur le problème des banlieues par exemple, une société complètement aveugle qui ignore le problème criminel car elle ne le perçoit pas comme une urgence sociale. Un certain laxisme où il n’existe aucun contrôle sur l’argent recycler, qui est part la suite introduit dans le système bancaire.

L’Italie en revanche est depuis longtemps déchirée entre ceux qui veulent éradiquer la Mafia et ceux qui la protègent. C’est un combat féroce.

Depuis le début Saviano a l’ambition de raconter une Italie rarement montrée en télévision, qui en réalité est majoritaire, celle qui a envie de redessiner cette terre et de la reconstruire et de dire au monde qu’ils ne sont pas tous pareils, que la différence consiste à savoir se tromper sans être corrompu. posséder des faiblesses tout en refusant le chantage et les pressions. De retrouver confiance en cette démocratie et en la justice.

On a d’ailleurs souvent accusé Roberto Saviano de diffamer sa terre natale simplement parce qu’il parle de ses contradictions. Or comme il le dit si bien: « celui qui raconte son propre pays ne se livre pas à la diffamation il le défend. Raconter signifie redessiner c’est un premier pas vers l’action, car les mots ont des conséquences, vouloir empêcher les mots signifie vouloir empêcher l’action. » Finalement, c’est peut-être la meilleure façon de lutter et de ne pas subir un système oppressif et corrompu.

Et à ce jour, il n’a toujours pas abandonné, courageux et agissant avec beaucoup d’abnégation pour continuer son combat.


« Le combat continue » de Roberto Saviano – Éditions Robert Laffont.

« Nana » de Émile Zola

classique, Littérature française

Nana est le neuvième volet de la série Les Rougon-Macquart en 20 volumes, Je compte venir à bout de toutes les œuvres mais je ne pense pas les lire forcément dans l’ordre chronologique.

Nana est la fille de Gervaise Macquart, l’héroïne alcoolique condamnée de L‘Assommoir(lu il y a quelques années), livre 9 de la série. Vers la fin de ce livre, la jeune fille prend déjà un mauvais virage et, à l’âge de seize ans, elle a commencé à marcher dans les rues et à trouver des hommes plus âgés pour financer son goût pour le luxe. Ce roman, entièrement dédié à son histoire, est construit comme une pièce de théâtre, chacun des 14 chapitres montrant un acte différent dans l’histoire de l’ascension, puis de la chute, puis de l’ascension supérieure, puis de la destruction complète d’une femme qui est décrite comme une «mouche dorée». Une mouche dorée issue de cinq générations de mauvaise hérédité, qui, en raison de ses formes amples, de ses tresses dorées et de son appétit sans limites pour le sexe et le luxe, parvient à corrompre tous les individus des classes supérieures. D’ailleurs c’est l’une des femmes que j’ai le plus détesté en littérature.

Le premier chapitre présente Nana au lecteur et au public parisien comme la nouvelle sensation du théâtre de variétés dans une pièce appelée La Blonde Vénus, qui est conçue pour montrer ses nombreuses attractions physiques, la montrant virtuellement dans toute sa gloire nue à un public ravi. Ceci est son premier grand succès, elle se présente aux hommes des classes supérieures, comtes,vicomtes et marquis, dont aucun ne peut résister à ses charmes.

Lorsque le comte Muffat, qui a toujours été un fervent et véritable catholique, tombe follement amoureux d’elle, elle est en mesure de dicter toutes ses conditions. Par conséquent, elle est installée dans son propre hôtel privé de luxe dans l’un des meilleurs quartiers de Paris, et bien qu’elle ait promis à Muffat qu’elle lui sera fidèle en échange d’un flot incessant de cadeaux généreux, son ennui la pousse à de plus en plus d’infidélités…

Zola a toujours été un peintre de la réalité en brossant avec génie des scènes, des personnages, des lieux. Il a l’art d’utiliser sa plume comme un pinceau… et ici, il peint des images d’une richesse et d’un luxe illimité et totalement corrompu. Pour ceux qui ne connaissent pas le travail de Zola, ce roman se tient parfaitement bien seul, et c’est probablement le plus décadent que j’ai pu lire.

J’ai eu au début des difficultés avec le style naturaliste de Zola où chaque scène devait être capturée et décortiquée dans les détails, mais cela a également conduit à une visualisation plus profonde des rues de Paris – une ville qui a doublé de taille pendant le Second Empire – la misère des pauvres, le brouhaha des coulisses du théâtre, la vie austère des espions et des prostituées, les désirs réprimés de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Par exemple, en décrivant l’odeur des femmes, Zola détaille l’odeur de poudre et de vinaigre de toilette, de poudre de riz et de musc. Dans ce roman, il essayait de peindre une société entière à travers le prisme de la prostituée, tout comme dans ses autres ouvrages de la série Rougon-Macquart, il a capturé le Second Empire à travers différents objectifs, et à cet effet son style est réussit.


« Nana » d’Émile Zola- Éditions Gallimard .

« Le choc amoureux » de Francesco Alberoni.

Sciences humaines, sociologie

Le choc amoureux du sociologue Francesco Alberoni est un essai qui vous fait réfléchir. Une lecture intelligente et cultivée.

Il apporte des expériences, des pistes de réflexions sur les mécanismes de l’état amoureux en posant l’hypothèse audacieuse qu’il s’agit d’une révolution collective à deux.

On sait que la sociologie est parfois faite d’hypothèses plus ou moins bizarres. Sur ce coup-ci, on planche sur la question suivante.

« Qu’est-ce que tomber amoureux? C’est l’état naissant d’un mouvement collectif à deux. » Tomber amoureux- comme tous les mouvements collectifs, se joue dans le registre de l’extraordinaire « L’ordinaire lui s’apparente à la faim et à la soif, une relation uniforme et qui dure dans le temps de façon linéaire. »

Eh bien oui: tomber amoureux est assimilé à un mouvement révolutionnaire. Paraphrasant un passage de Durkheim présent dans le premier chapitre du livre, dans un mouvement collectif, l’homme s’abandonne au joug des forces extérieures qui l’amènent à épouser pleinement une cause, désintéressée de lui-même.


« L’eros est une forme révolutionnaire même si elle se limite à deux personnes. »


Le livre examine non seulement les raisons de l’association dans le mouvement amoureux-collectif, mais rapporte également une représentation précise de l’amour, avec de nombreuses références à l’expérience concrète d’un couple. En fait, la transformation de tomber amoureux se reconstruit, c’est-à-dire le passage de l’émotion irrépressible des premiers mois à l’institution (la consolidation du couple) à travers un projet partagé, mais aussi les renoncements qui sont faits pour continuer même lorsque qu’une relation s’est dégradée . Et une fois n’est pas coutume, nous parlons bien entendu de passion, de jalousie … et tout ce qui peut venir à l’esprit sur le sujet.

L’aspect que je trouve le plus intéressant est la certitude avec laquelle Alberoni affirme ses vérités. Cette façon de traiter les sujets rend l’introspection plus convaincante ou douloureuse. Parfois, vous sentez que vous soutenez pleinement sa thèse, d’autres fois, vous souhaitez le contredire, dans d’autres situations, vous interprétez, effectuez, recherchez ou simplement endurez.

L’idée la plus audacieuse se révèle peut-être dans le rétablissement d’une vision romantique de l’amour, qui ne peut se matérialiser sans un amour ivre à la base. Un amour tout sauf utilitaire et fonctionnel, et en synthèse extrême qui ne vise pas d’abord à une volonté de fonder une famille. (Ce qui est une vision très manichéenne de l’amour à mon sens).L’amour devient une intuition dangereuse qui s’affirme comme une sorte de révolution sociale.

Alberoni nie la chute de l’amour décrite comme « une sorte de folie » (Erich Fromm) ou « un état d’imbécillité temporaire » (Ortega y Gasset), qui soutient la composante émotionnelle, mais la dépouillant de tout sens péjoratif.

L’explosion de sentiments et de passion se déroule en présence d’un obstacle, avec des références littéraires qui suscitent une grande fascination: Roméo et Juliette, séparés des familles dans un conflit amer, ou le très malchanceux Werther del Goethe, submergé par un amour impossible. Les obstacles se trouvent souvent dans le caractère et les différences expérientielles.

En conclusion, la chute de l’amour du grand professeur Alberoni allie érudition et « romantisme », dans une lecture convaincante et stimulante.


« Le choc amoureux de Francesco Alberoni – Éditions Pocket.

« Mrs Dalloway » de Virginia Woolf.

classique, Littérature étrangère

« Elle pensait que les dieux n’existaient pas ; que personne n’y était pour rien ; ainsi elle se constitua cette religion d’une athée qui faisait le bien par amour du bien. »


En lisant ses œuvres, j’ai l’impression que Virginia Woolf sait tout sur les gens et qu’elle comprend la vie mieux que quiconque. Il n’y a aucun sentiment caché et elle a la faculté de décortiquer la psychologie de chacun de ses personnages. À ce jour je n’ai pas encore trouvé d’écrivain.ne qui arrive à faire ressortir ces sentiments et ces perspectives avec plus de grâce et d’empathie, et elle nous les transmet d’une manière si singulière. Chez Mrs Dalloway, Woolf est en mesure d’atteindre un équilibre complet comptant une demi-douzaine de personnes en quelques pages; Elle permet à ses personnages de haïr autant que d’aimer, et chacun doit exposer ses sentiments bruts et privés au lecteur.


« De plus, maintenant qu’il était totalement seul, condamné, abandonné, comme sont seuls ceux qui vont mourir, il y avait là un luxe, un isolement sublime, une liberté que ne pourrons jamais connaître ce qui sont liés. »


Je veux connaître Virginia Woolf; Je veux absorber sa sagesse et son talent, voir le monde à travers ses yeux, avec son âme: sage, belle, compréhensive. Elle est l’une des rares autrices dont l’écriture est si évocatrice et remplie d’humanité que je m’égare souvent dans les pensées de ma propre vie, me comparant à Peter Walsh ou Clarissa Dalloway ou Hugh Whitbread ou encore Sally Seton, dénichant la mienne. Ce livre est pour moi une éloge au temps qui passe. Beaucoup de gens qui ont lu les ouvrages de Woolf admettent être surpris du temps qu’il leur faut pour les terminer, même s’ils sont pleinement absorbés. Tous les amateurs de Woolf s’accorderont sur le fait que son écriture évoque une rêverie qui est profondément personnelle et incontournable.

La prose de Woolf est fantastique car nous somme sur un flux de conscience, l’histoire est davantage axée sur la psychologie que sur les faits. Si l’on est pas habitué à sa plume, cela peut être déroutant car les arrêts et les démarrages sont brusques pourtant cela est amené de façon si poétique avec des descriptions que je trouve si esthétiques., Mais pour quelque raison que ce soit, cela semble tout à fait correct ! Tout juste ce qu’il faut !

Il est difficile de discuter ou de résumer l’intrigue de ce livre, qui se déplace avec fluidité du « stream of consciousness » d’un personnage à l’autre . Ce livre propose de nombreuses approches partielles voire très modernes, reflétant le rôle de la femme dans la société, l’importance du mariage, la maladie mentale, les signes de notre temps, les conséquences de la guerre, le pouvoir de la médecine et bien plus encore. Mrs Dalloway est l’un de ces livres que vous pouvez non seulement relire et apprécier à différents moments de la vie, mais qui offrira de nouveaux plaisirs et de nouvelles approches à chaque étape. En d’autres termes, c’est une excellente lecture.


« Mrs Dalloway » de Virginia Woolf – Éditions Le livre de poche .

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé.

contemporain, Littérature française

Appelez-le « roman historique » ou tout ce que vous voulez, c’est l’un des plus grands livres que j’ai lu qui paralyse de manière concrète la condition des esclaves noirs et surtout des femmes noires au XVIIe siècle.

Maryse Conde est une écrivaine noire guadeloupéenne qui a vécue dans un certain nombre d’îles des Antilles, de pays d’Afrique de l’Ouest, d’Angleterre, de France et des États-Unis. Elle a donné des conférences dans des universités prestigieuses sur la littérature antillaise et des sujets qui s’y rapportent, de plus elle a écrit un certain nombre de romans et de pièces de théâtre.

Dans les années 1980, Condé a trouvé des documents sur les nombreux et sordides procès des sorcières conduits dans la Nouvelle-Angleterre puritaine à la fin du XVIIe siècle, parmi eux une mention plutôt laconique d’une esclave noire Tituba de la Barbade qui était accusée de sorcellerie à Salem, puis vendu pour le prix de ses frais de prison… On en savait très peu sur Tituba.

L’histoire de Tituba commence de nombreuses années avant que l’hystérie de la sorcellerie n’atteigne le village de Salem et nous emmène bien plus loin que le Massachusetts. Dans le livre de Condé, la figure historique de Tituba est nécromanciée en un narrateur audacieux, racontant son histoire de l’enfance à sa mort. En tant que fille d’une esclave ashanti et sous-produit du viol, le ton de l’injustice est donné dès la première phrase. Avec l’assaut qui a lieu sur le pont d’un navire baptisé « Christ The King », nous pensons que nous sommes préparés à l’hypocrisie religieuse, prêts à entendre l’iniquité exécutée sous le couvert du christianisme puritain. En toute honnêteté, nous ne sommes pas prêt . Condé nous montre la vie au 17e siècle à travers de nouveaux yeux; nous oublions ce que nous savons de la vie à une telle époque et nous sommes aussi vulnérables que notre protagoniste à chaque torsion du récit.

Maryse Conde a décidé de donner vie à Tituba, comme elle l’a dit: « une réalité qui lui a été refusée en raison de sa couleur et de son sexe » et « parce qu’un Noir est censé ne pas avoir d’autre histoire que le colonialisme. Dans un fil conducteur fascinant, par endroits ironique mais toujours très compatissant, Maryse Condé recrée l’histoire de vie complètement injuste de Tituba comme une interprétation fictive dans le meilleur format du rêve Condean sur une base historique, qui comporte une lourde composante de réalité. D’une manière presque surréaliste mais toujours très terre-à-terre, le livre propose un rappel de l’histoire américaine, « moi, Tituba sorcière… » emmène ses lecteurs dans un voyage unique à travers les yeux d’une Afro-américaine qui est la proie de l’amour, de la luxure et de la religion. Certaines des «punitions» que Tituba subit sont surprenantes et, souvent énervantes mais c’est une lecture incontournable pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemblait la vie d’une Afro-américaine pendant les procès de Salem. Ce manifeste est lié à l’injustice ou à ses formes actuelles; parallèles historiques d’exploitation, de répression et de folie pure; racisme; misogynisme; féminisme noir; spiritualité; Histoire culturelle; éthique sociale.

Moi, Tituba sorcière … est un roman féministe postcolonial qui intègre de véritables archives historiques, de conversations et d’interrogatoires, souvent dans la mesure où nous, en tant que lecteurs, oublions que l’histoire de Tituba post-Salem reste non documentée. Maryse Condé romance de nombreux aspects de la vie de Tituba, afin de lui accorder une fin satisfaisante et heureuse. Le goût de Tituba pour l’amour et la romance ne fait pas oublier les liens de sororité qu’elle établit avec les femmes de son histoire, des femmes à la fois blanches et de couleur. Elle est pourtant souvent trahie par ceux en qui elle a confiance, mais cela n’endurcit pas son cœur. Cette femme est une inspiration pour nous toutes. Tituba nous rappelle que nous ne devons pas nous permettre de devenir comme ceux qui chercheraient à nous détruire au lieu de cela, nous aurons la capacité de regarder à l’intérieur de nous meme et nous nous élèverons au-dessus et, ce faisant, nous saurons que la bonté prévaudra toujours.

« Moi, Tituba sorcière… » de Maryse Condé – éditions Gallimard – collection Folio.

« Le Prince » de Nicolas Machiavel.

classique, Littérature étrangère

Vous devez tuer le renard, brûler la rose, assassiner l’homme d’affaires au cas où l’un d’eux essaie de prendre le contrôle de votre principauté. Il n’y a pas de temps pour être gentil! À la fin de la journée, sachez qu’il vaut mieux être craint qu’aimé si vous ne pouvez pas être les deux. Néanmoins, gardez à l’esprit le chapitre 23.

L’Italie des années 1500 était une terre triste et découragée de guerres constantes, de morts, de destructions, de trahisons politiques, d’aristocrates avides essayant d’agrandir leurs petits États italiens mais aussi d’invasion par des troupes étrangères venant de France, d’Espagne, et de Suisses, des dirigeants renversés et tués, des armées qui marchent continuellement, des villes pillées, des incendies flamboyants, des mercenaires massacrant des innocents, la peste se propageant, seuls les sages, les forts et les chanceux peuvent demeurer …, à la Renaissance Niccolò Machiavelli était un homme politique prospère et un diplomate astucieux de la Florence volatile, jusqu’à ce qu’il y perde du pouvoir et de l’influence dans un pays qu’il aimait tant. 500 ans après la publication de ce petit livre brillant mais controversé, des aspects de son contenu seront reconnus par le public moderne, un nouvel adjectif vient le jour, celui de: machiavélique … « pour tromper les gens par des méthodes insidieuses et manipulatrices. » Et sachant à quel point les hommes sont perfides, ses écrits deviennent célèbre, Le Prince se base sur l’histoire vraie du rusé César Borgia, le fils illégitime du pape Alexandre VI mais pas que…

« Les hommes sont des créatures misérables »… « Il vaut mieux être craint qu’aimé »… « N’essayez jamais de gagner par la force ce qui peut être gagné par la tromperie »… a déclaré Machiavel.

Il connaissait le cœur des princes mieux que personne. Après avoir vu César Borgia et discuté longuement avec lui, il est devenu un de ses admirateurs (bien conscient de tout son mal, de l’homme sanglant qu’il était, cela pouvait être pardonné en ces temps) … il pensait que cet homme pouvait apporter la paix dans son pays natal notamment par la conquête … chasser la faute, les soldats étrangers, unir à nouveau l’Italie …

Le Prince, encore largement lu est un livre assez important sur les voies du monde, raconté par un homme qui a été impliqué pendant cette époque turbulente … cet écrivain voulait donner au lecteur italien l’espoir d’un avenir meilleur et plus prospère …

C’est un traité majeur qui a influencé plusieurs dirigeants politiques à travers l’histoire. Machiavel est encore largement considéré comme le père de la politique moderne à condition d’enlever toute trace de théologie et de moralité à ses œuvres.

Donc, il y a beaucoup de concepts qui devraient rester dans le livre et quelques-uns que vous pouvez appliquer aux circonstances quotidiennes. Il fournit ce que vous attendez, si vous voulez savoir comment avoir et garder le pouvoir pour vous, peu importe la personne que vous écrasez, et tout cela en utilisant un langage assez simple. C’est un petit livre facile à comprendre, la notion d’atteindre la gloire, le pouvoir et la survie, peu importe à quel point vous devez être immoral … ce n’est pas difficile à comprendre.

Cruauté, méchanceté, immoralité; toutes ces choses apparemment nécessaires pour atteindre la grandeur, toutes imprimées il y a longtemps sous la forme d’un petit livre, juste comme ça … D’un point de vue tordu, parfois, c’est presque un peu drôle.

En bref, c’était une excellente re lecture

« Le prince » de Machiavel – Éditions Gallimard, collection Folio classique

« Ma cousine Rachel » de Daphné du Maurier.

classique, Littérature étrangère

Phillip Ashley a été élevé par son cousin, Ambrose, un célibataire confirmé. Ils sont satisfaits de leur arrangement et du rôle de Phillip en tant qu’héritier de l’héritage d’Ambrose.

Cependant, la complaisance de Phillip est bouleversée de manière tout à fait inattendue quand Ambrose se rend à Florence pour passer l’hiver, il fait une charmante rencontre « celle de cousine Rachel», une femme liée à leur famille, et tombe immédiatement sous son charme.

Dans une période étonnamment brève, Ambrose passe du bonheur conjugal à la mort, laissant Phillip furieux contre Rachel, la soupçonnant de contribuer à la disparition de son cousin d’une manière ou d’une autre.

Mais, lorsque Rachel se présente à sa porte avec les affaires d’Ambrose, Phillip se retrouve lui aussi enchanté par Rachel et oublie vite ses jalousies et ses soupçons .

Rachel, pour sa part, semble être tout à fait charmante, mettant l’accent sur ses «instincts de femme» et d’autres talents. elle semble faire appel à sa sensibilité. Elle s’intègre si parfaitement dans la vie de Philip que vous ne pouvez pas vous empêcher d’être méfiant: est-elle vraiment aussi charmante ou joue-t’elle la comédie? Rachel détourne chaque accusation lancée avec des excuses qui semblent parfaitement raisonnables, mais elle reste une énigme. Tout ce que nous savons d’elle, c’est ce que nous voyons à travers les yeux de Philip.

Alors que Philip commence à perdre la tête et devient absolument obsédé par elle, je me suis sentie déchiré. D’une part, je voulais fouiller dans les pages, attraper les épaules de Philip et lui dire de faire attention – mais d’autre part, je voulais vraiment que Rachel se révèle être un cerveau de veuve noire, enveloppant habilement cette bande impulsive d’un homme autour de son petit doigt comme elle l’avait fait tant de fois auparavant avec ceux qui essayaient de la contrôler et de la posséder. La tension monte à mesure que Philip devient de plus en plus désespéré de faire sienne Rachel, et je n’avais honnêtement aucune idée du résultat.

Ce livre a tellement de couches, mais il progresse lentement, ajoutant des nuances sinistres, petit à petit, jusqu’à ce que je me retrouve prise au piège dans la trame du récit.

Ce livre combine mystère gothique, fortes nuances féministes, jeux psychologiques, vanité, culpabilité et suspicion, à certains moments j’étais à la fois exaltée et sous tension notamment envers phillip, étant trop naïf, j’ai eu à de nombreuses reprises des colères intérieures que seuls ceux qui l’ont lu peuvent comprendre. Mais cela m’a aussi laissée une pléthore de théories et de spéculations.

Rachel est-elle coupable… ou était-ce vraiment Phillip? Ou était-elle innocente? Tous les deux? Phillip n’était-il qu’un pion dans le plan de Rachel? Phillip a-t-il inutilement détruit sa vie.

Qu’on se le dise ce roman a une qualité atmosphérique très lourde et c’est ce qui m’a attirée dès le début. En fait, j’étais tellement transportée que j’ai mis de côté tout le reste et je me suis abandonnée à la lecture, cependant, la fin m’a un peu déçue. Du Maurier laisse tomber la dernière pièce du puzzle. J’ai vraiment apprécié le voyage mais je ne sais toujours pas quoi faire de la destination. Je sais que c’est le parti pris de l’autrice, mais je me sentais insatisfaite. Quelques changements ici et là auraient pu faire de « Ma Cousine Rachel » un merveilleux thriller psychologique et une exploration de la jalousie, mais dans l’état actuel des choses, elle n’est pas tout à fait à la hauteur de son potentiel. Cependant, j’ai vraiment apprécié la lecture et je recommande ce roman à tous les fans de Daphné du Maurier.


« Ma cousine Rachel » de Daphné du Maurier – Édition Le livre de Poche.

« La belle italienne » de Lucinda Riley

contemporain, Littérature étrangère

Lucinda Riley fait monter la température en nous emmenant dans une belle et séduisante Italie où l’amour obsessionnel et les talents extraordinaires partagés par deux chanteurs d’opéra auront un effet significatif sur le destin de tous ceux qui leur sont proches.

L’histoire de Rosanna Menici commence en 1966 dans la ville animée de Naples , bruyante et surpeuplée où elle est née et où les gens partagent leur joie et leur tristesse, et rient, pleurent… et chantent.

 Depuis ses débuts pauvres, ses parents qui travaillent dur, avec l’aide du frère de Rosanna, Luca, ont érigé leur pizzeria comme l’une des plus célèbres du quartier de la ville.

Rosanna, onze ans, est la plus jeune de la famille et s’est toujours sentie éclipsée par sa sœur aînée Carlotta, une séduisante jeune femme de 16 ans qui attire les hommes, lui prétendant même une ressemblance à Sophia Loren.

Lors d’une fête de quartier, Rosanna rencontre Roberto Rossini, un garçon local qui est maintenant étudiant à La Scala de Milan, un homme d’une grande beauté physique avec une voix à la hauteur des plus grands ténors. Pour elle, c’est le coup de foudre, en particulier lorsque Roberto entend Rosanna chanter et lui dit que sa voix est aussi «un cadeau de Dieu». À ce moment-là, la petite Rosanna de seulement 11 ans écrit dans son journal que quand elle sera plus grande, elle deviendra son épouse.

Plusieurs années après cette fatidique rencontre, la vie de Rosanna change du jour au lendemain.  Avec des cours de chant payés en secret par Luca, elle remporte finalement une bourse d’études dans une école de musique à Milan et se dirige donc vers le nord avec son frère comme tuteur.

Dans les années à venir, les destins de Rosanna et Roberto seront liés pour toujours à la fois par leur complicité sur scène et par leur amour inconditionnel mais malheureusement le rêve se termine lorsque Rosanna prend conscience de la face cachée de son mari, dès lors, leur union est hantée par de puissants secrets du passé…

Lucinda Riley nous guide à travers trente ans d’historicité de style latin, un parcours classique de la lutte d’une jeune fille pour réaliser son rêve de chanteuse d’opéra.  Un cheminement magnifiquement conçu révélant les nombreux aspects de l’amour, familial, romantique et obsessionnel.  L’histoire qui commence à Naples emmène l’héroïne et le lecteur dans un merveilleux voyage non seulement dans les plus grands opéras mais aussi à travers les joies et les peines, les secrets et les surprises de la vie. 

Au rythme effréné, baignée par le soleil de l‘Italie et les lumières vives de la célébrité, dégoulinant de glamour, d’intrigue et de romance « La belle italienne » se veut l’un des romans les plus romantiques encore jamais lu jusqu’ici. 


« La belle italienne » de Lucinda Riley – éditions Charleston poche.

« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier

Littérature française, Thriller

Je ne t’oublie pas…

Il y a longtemps qu’un thriller ne m’avait pas autant captivée, il m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page. Dès les premières lignes de ce roman, on est totalement immergé dans l’intrigue et il est impossible d’en décrocher « même pas pour aller manger un bout. » L’histoire est brillamment ficelée et rédigée. L’auteur développe un style très accrocheur et donne un vrai rythme au récit , notamment en alternant brillamment les flashbacks avec le présent.

« Connaît on vraiment les personnes qui nous entourent ? »  Cette même question subsistera tout au long du récit et quand Marc Vasseur, jeune et brillant chef d’entreprise spécialisé dans la gestion de protocoles , par ailleurs socialement aisé et heureux en ménage, doit faire face à la disparition brutale et inexpliquée de son épouse, c’est tout un monde de certitudes qui s’effondre.


« Contourner, biaiser, se cacher, piéger. Porter le masque. Il ne comptait plus ces moments de solitude dans lesquels il s’enfonçait dans une profondeur si abyssale des tourments de son âme qu’il pensait bien ne plus jamais pouvoir remonter à la surface. »


Un SMS de rupture douteux, une photographie à l’expéditeur mystérieux, trois mois passés à échafauder toutes sortes d’hypothèses, le doute qui s’installe insidieusement quant au passé de Sandra, et l’univers hyper cadré de Marc va basculer dans un cauchemar sans nom.

Animé par la soif de vérité, désemparé par le désarroi grandissant de sa fille Lisa , mais épaulé par son père et par un enquêteur privé aux motivations incertaines, Marc devra remonter le fil du temps, et Au fur et à mesure les pièces du puzzle commencerons par s’assembler pour reconstituer la réalité des faits, un réel plongeon aux origines inconnues qui vont mettre en danger son intégrité physique comme celle de ses proches.

Ce roman est un véritable page-turner, je ne t’oublie pas est une histoire tellement terrifiante et malsaine que l’on se dit que ce n’est pas possible. Des scènes parfois oppressantes, mais nécessaires à l’intrigue. Un livre qui laisse des traces, et auquel on repense bien après sa lecture. 600 pages qui se dévorent en deux jours, ça va tellement vite, on s’en prend plein la tête et on en redemande en enchaînant les pages. « Juste au cas où vous hésitez encore. »


« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier – Éditions Hugo Poche.

« Rebecca » de Daphné du Maurier

classique, Littérature étrangère

« On dit que les humains sortent meilleurs et plus forts de la souffrance et que, pour progresser en ce monde ou en tout autre, il faut subir l’épreuve du feu. »


« Rebecca » est un roman qui vous transporte du début jusqu’à la fin, tant par l’écriture que par l’atmosphère générale du récit. Pas étonnant qu’il ait été en rupture de stock et que j’ai dû attendre 10 jours avant de le recevoir.

Ce livre c’est l’histoire d’une jeune femme (dont le nom restera un mystère tout au long du roman), son rôle premier est de tenir compagnie à une insupportable bonne femme (Mme Van Hopper) sauf que son destin va prendre un tournant exceptionnel lorsqu’elle rencontre Monsieur de Winter lors d’un voyage à Monte-Carlo. 

Après plusieurs rencontres secrètes avec la jeune femme, Maxim de Winter (mystérieux, calme, et plus âgé) s’éprend d’elle et la demande en mariage après quoi, il l’emmène dans sa célèbre propriété, Manderley, où l’ombre et la mémoire de sa défunte épouse semblent occuper tous les coins et commencent à prendre trop de place entre eux.  C’est comme s’il n’y avait pas d’espace pour la nouvelle épouse.

Ce livre est un tel chef-d’œuvre. Du début à la fin, il y a le plus fort sentiment de solitude que j’ai jamais lu, quelque chose que j’avais adoré chez Jane Eyre, quand elle était coincée à Thornfield rêvant de l’extérieur et de la liberté des hommes d’agir à leur guise. La narratrice de Rebecca est absolument isolée, elle est insignifiante au point où elle n’a pas de nom, même si son mari la rassure sur son nouveau rôle. Le lecteur est plongé dans l’obscurité à son sujet, qui elle est ? d’où elle vient ? elle est un tableau blanc, mais pas une coquille vide, au contraire, elle réfléchit trop, elle est dépassée, mais sans nom, comment pourrait-elle se faire entendre?  Et en épousant M. de Winter, le nom qu’on lui a soudainement attribué… était celui de quelqu’un avant elle, n’est-ce pas?  Sans nom, sans voix, seule dans cette grande maison où tout a cessé de vivre ou de changer depuis l’accident qui a emporté la première Mme de Winter.  Et le doute de soi qui vient avec le silence de son mari.  Est-il vraiment amoureux d’elle?  Pense-t-il à quelqu’un d’autre tout en étant avec elle?  Il est impossible de rester sain d’esprit dans cette maison.


« J’aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte. S’il y avait une femme à Londres que Maxime aimât, quelqu’un à qui il écrivit, rendît visite, avec qui il dîna, avec qui il couchât, j’aurais pu lutter. Le terrain serait égal entre elle et moi. Je n’aurais pas peur. La colère, la jalousie sont des choses qu’on peut surmonter. Un jour cette femme vieillirait, ou se lasserait, ou changerait et Maxim ne l’aimerait plus. Mais Rebecca ne vieillirait jamais. »


Dans ce roman, aucun personnage n’est fiable, nous sommes aussi perdus que la narratrice et nous avons du mal à comprendre la haine à laquelle elle est confrontée. Pourquoi Rebecca était-elle si aimée? La plupart du temps, notre cœur se brise à cause de la façon dont la narratrice est traitée par les autres personnages.

Évidemment, j’ai adoré l’intrigue de ce livre, je ne m’y attendais pas du tout. Dans les derniers chapitres, je me suis sentie, impatiente et paniquée, anticipant toutes les éventualités possibles pour cette fin plus que rocambolesque. J’ai été un peu surprise par la fin… mais pas déçue cependant. Je suppose que cela garde le sens du mystère qu’avait tout le livre et puis la réalité n’a pas toujours une fin claire non . Tout ça pour dire que cela m’a définitivement donné envie de lire d’autres livres de Daphné du Maurier.


« Rebecca » de Daphné Du Maurier – éditions le livre de poche.